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Edouard Philippe a annoncé le retrait de la mesure polémique. La veille, Gérald Darmanin et Sibeth Ndiaye l'avaient pourtant justifiée lors d'interviews dans les médias.

Le gouvernement est-il condamné à l'immobilisme ?

4 min
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L'exécutif a dû revenir sur une mesure budgétaire controversée. Edouard Philippe a reconnu un "manque de concertation", loin de la méthode revendiquée pour "l'acte II du quinquennat".

Edouard Philippe a annoncé le retrait de la mesure polémique. La veille, Gérald Darmanin et Sibeth Ndiaye l'avaient pourtant justifiée lors d'interviews dans les médias.
Edouard Philippe a annoncé le retrait de la mesure polémique. La veille, Gérald Darmanin et Sibeth Ndiaye l'avaient pourtant justifiée lors d'interviews dans les médias. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Si vous cherchez un sport pour renforcer la souplesse des adducteurs, alors ne cherchez plus : devenez ministre. Certains d'entre eux ont frôlé l'élongation ces derniers jours. 

En particulier à propos d'une mesure polémique du prochain budget. En un mot, il s'agissait de supprimer des exonérations dont bénéficient les personnes âgées qui emploient des salariés à domicile. Le gouvernement a eu beau expliquer que cette suppression ne s'appliquait pas aux personnes dépendantes, rien n'y a fait, la controverse était enclenchée et Edouard Philippe a dû faire machine arrière hier à l'Assemblée : 

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Manière de reconnaître que c'était une erreur. Le problème, c'est que le chef du gouvernement avait laissé ses ministres monter au front, la veille, pour défendre la mesure. Sibeth Ndiaye ou Gérald Darmanin ont multiplié les arguments pour la justifier (respectivement sur LCI et BFM TV). Une décision qui était donc excellente la veille... jetée aux oubliettes le lendemain. 

L'exécutif a préféré s'épargner une polémique, qui aurait pris tout l'espace médiatique. Elle aurait occulté ses mesures en matière de pouvoir d'achat. Et notamment les 5 milliards d'euros de baisse de l'impôt sur le revenu. Est-ce un effet de l'acte II du quinquennat, celui de l'écoute revendiquée, affichée, plastronnée ? Ou bien une crainte de nourrir à nouveau les gilets jaunes ; l'an dernier, la hausse de la taxation des retraités avait contribué à peupler les ronds-points. Alors le gouvernement "En Marche" est-il à l'arrêt ? Toujours est-il que l'équipe gouvernementale cherche ces jours-ci à ne donner aucune prise aux procès en arrogance. 

Mais il arrive parfois que des mesures censées plaire aux gilets jaunes reviennent en boomerang à la face du gouvernement... 

Oui, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont décidé de supprimer certains avantages accordés jusqu'ici aux anciens premiers ministres.   Par exemple, ces derniers disposaient à vie d'un secrétaire particulier. Cet avantage sera désormais limité à une durée de dix ans. Mais à la parution de ce décret, que croyez-vous qu'il arriva ? Chacun s'est focalisé sur les autres avantages, qui eux, n'étaient pas remis en cause ! 

Les ex-premiers ministres ont le droit à un chauffeur à vie ? Comment est-ce possible, voilà un privilège honteux ! ont grogné des milliers de comptes sur les réseaux sociaux. Sans compter les déformations et autres fake news.

Cet épisode est intéressant politiquement. Voilà un gouvernement qui fait un pas sur un sujet dont plus personne ne parlait, les avantages des anciens chefs de gouvernement. Et d'un coup, cela réveille tous ceux qui pensent qu'il fallait abolir intégralement toute forme de distinction pour les ex-serviteurs de l’État. 

Autrement dit, d'un strict point de vue tactique, le gouvernement aurait mieux fait de ne rien toucher : personne n'aurait protesté. 

Boomerang

Cet épisode a des précédents. Autre mesure boomerang : quand François Hollande a décidé de diminuer le salaire des ministres et du président, en 2012, une partie de l'opinion a salué le geste... Mais une autre partie a découvert combien gagnait ceux qui nous dirigent. Et devinez quoi : c'était encore beaucoup trop. 

Les pétitions en ligne se sont multipliées, avec des calculs approximatifs sur le coût budgétaire d'un ministre, pour démontrer qu'il y avait là encore sans doute des économies à réaliser. 

Deux enseignements à cela. Politiquement, mieux vaut parfois une injustice discrète qu'un progrès visible. La première sera oubliée, le second sera critiqué. Deuxième enseignement : dans notre démocratie hystérisée, l'on assiste à une haine de la solution médiane, ce que Aron appelait la « décision raisonnable ». Elle ne satisfait personne, ni les jusqu'au-boutistes, ni les conservateurs. 

Ce qui pousse finalement nos dirigeants, trop souvent, à préférer bomber le torse, se tenir droit et répéter cette insupportable expression « j'assume », plutôt que d'avancer une solution, fût-elle imparfaite. 

La rigidité possède, entre autres mérites, celui de ne pas faire forcer les adducteurs.

Frédéric Says

Chroniques
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41 min
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