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Nicolas Sarkozy a vendu quelque 300 000 exemplaires de son livre "Passions".

Pourquoi les présidents écrivent-ils ?

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Leurs livres de mémoires s'arrachent par centaines de milliers. Comme un démenti à l'idée que les Français n'aimeraient plus la politique.

Nicolas Sarkozy a vendu quelque 300 000 exemplaires de son livre "Passions".
Nicolas Sarkozy a vendu quelque 300 000 exemplaires de son livre "Passions". Crédits : Philippe Lopez - AFP

Ces jours-ci, on va beaucoup parler de la rentrée littéraire, des nouveaux talents, des 511 romans (!) promis aux librairies. 

Mais parmi ceux qui ont l'honneur d'apposer leur nom sur une couverture, je voudrais ce matin m'intéresser à cette catégorie particulière : les présidents-écrivains. 

Une catégorie particulière à la France, si l'on en croit le journal italien Il Foglio. Le livre politique est "une grande tradition française", écrit le quotidien milanais, et même "un passage obligé pour un grand homme d’État". Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que ces ouvrages se vendent... Et se vendent bien !

300 000 exemplaires pour Nicolas Sarkozy et son livre Passions. Pas loin du demi-million pour Jacques Chirac et ses mémoires. 140 000 unités pour les Leçons du pouvoir, signées François Hollande. 

Des scores dont n'osent rêver les 511 romanciers de la rentrée, sauf bien sûr à obtenir le prix Goncourt, la potion magique des ventes. 

Ce palmarès politico-littéraire tord le cou à deux idées reçues : les Français n'aiment plus lire et les Français n'aiment plus la politique. 

Mais alors comment expliquer ce phénomène ?

Le journal italien Il Foglio avance quelques hypothèses. Selon lui, la France conserve une « volonté généralisée de débattre sur les idées, une volonté qui n'a jamais faibli », un débat encore « dense et palpitant », écrit le quotidien, assez admiratif. 

Et puis, il reste un goût pour les coulisses du pouvoir. Un goût partagé d'ailleurs par les présidents-écrivains et par les lecteurs. 

Les premiers, parce qu'ils ont la sensation de rétablir quelques vérités sur leur action, tout en glorifiant celle-ci. Ainsi dans son dernier livre, Nicolas Sarkozy s'attache à décrire par le menu ses conversations avec un George Bush alité, après une malaise. Ou comment il morigène Vladimir Poutine, à l'intérieur même du Kremlin, à propos de la Géorgie.

Les lecteurs, aussi, conservent ce goût des coulisses. Parce qu'ils savent que la fonction de chef d’État est celle qui oblige le plus à retenir ses mots, quitte ensuite à les écouler au fil des pages. Et aussi parce que la politique est restée "très monarchique en France", comme l'analyse Muriel Beyer, la fondatrice des Editions de l'observatoire. Dès lors, il y a une sacralisation et une fascination, explique-t-elle à Il Foglio. 

Certes, ces ouvrages sont de qualité et de profondeur inégales. Dans le meilleur des cas : de l'autocritique. Dans le pire : de l'auto-fiction. 

Sans parler des mémoires de chefs d'Etat écrits à leur corps défendant, comme le fameux « Un président ne devrait pas dire ça », alimenté par les confidences de François Hollande à deux journalistes. 

Que cherchent les présidents en écrivant ces récits ? 

Il y a bien sûr une volonté d'écrire soi-même l'Histoire. Ou au moins de laisser son témoignage pour les futurs historiens, qui y piocheront -avec circonspection - des instants de vérité. 

Mais en publiant leurs souvenirs, les présidents sont-ils seulement tournés vers le passé ou bien aussi vers l'avenir ? Car le livre politique peut être l'instrument du retour. On peut penser à Valéry Giscard d'Estaing, qui sort un ouvrage (Le pouvoir et la vie) en 1988, à l'abord de la présidentielle, sept ans après sa défaite.

Un livre, c'est aussi une tournée promotionnelle dans toute la France, avec des files de partisans qui rêvent d'une dédicace. 

Bref, c'est presque une campagne qui ne dit pas son nom. Les ventes de livre rassurent les ex-chefs d’État sur leur cote. Les anciens présidents peuvent ainsi faire valoir une popularité, dans l'optique d'un éventuel retour. 

Ils écrivent, mais ils n'ont pas forcément tourné la page.

Frédéric Says

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