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Jacques Maire est l'un des co-rapporteurs thématiques du projet de loi qui institue un régime universel de retraites par points.

Ce que dit la polémique sur le député Jacques Maire et ses actions Axa

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Le parlementaire LREM est soupçonné par la France insoumise de "tirer un bénéfice privé" de la réforme des retraites.

Jacques Maire est l'un des co-rapporteurs thématiques du projet de loi qui institue un régime universel de retraites par points.
Jacques Maire est l'un des co-rapporteurs thématiques du projet de loi qui institue un régime universel de retraites par points. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Connaissez-vous Jacques Maire ? Ce député LREM est l'un des rapporteurs du projet de loi de réforme des retraites. Un poste important, qui consiste à améliorer le texte présenté par le gouvernement, à aiguillonner les amendements qui pourront le modifier. 

Mais jusqu'ici, Jacques Maire était resté relativement dans l'ombre, la lumière étant captée par les passes d'armes entre l'exécutif et l'opposition. Le voici depuis hier sous les projecteurs. Lui et son patrimoine financier. 

C'est la France insoumise qui a levé le lièvre. Jacques Maire est actionnaire du géant de l'assurance AXA. Il possède précisément 13 836 actions, pour une valeur estimée à 359 000 euros. 

Jusqu'ici, rien de caché, c'est le député lui-même qui a déclaré ce patrimoine, comme c'est la loi, à la Haute autorité pour la transparence. Mais au moment d'examiner la réforme des retraites, il existe un risque de "conflit d'intérêt", dénonce la députée insoumise Mathilde Panot : 

"Comme on peut vous comprendre ! L'assurance Axa elle-même profite de cette période politique pour faire de la publicité sur son épargne-retraite ! Avec, pour argument, la dégradation attendue du niveau de pension, à cause de la réforme. (...) Monsieur Maire, vous ne pouvez pas continuer à être rapporteur de cette loi, sans y jeter un soupçon". 

Autrement dit, ces actions financières feraient peser un soupçon sur son action politique. 

Comment le député Jacques Maire répond-il à cela ? 

Réponse en deux temps : son entourage a d'abord indiqué aux journalistes de "Checknews" qu'il avait vendu ces actions. 

Changement de version hier, puisque le parlementaire confirme disposer encore aujourd'hui de ce patrimoine, constitué selon lui lors son passage professionnel chez Axa pendant près de 10 ans. “Je n’ai pas passé ma vie à courir les mandats électoraux", se justifie-t-il. "Les Français ne veulent pas de députés qui soient des professionnels de la politique pendant quarante ans”. Il annonce saisir la déontologue de l'Assemblée nationale. 

Intérêts

Cet épisode, s'il ne change pas la face du monde, ni même le fond des débats sur les retraites, n'est pas pour autant anecdotique. 

Bien sûr, les soupçons de conflits d'intérêt ne sont pas nouveau. Chez Maupassant, dans Bel Ami, on croise un patron de presse qui confond son portefeuille boursier et sa ligne éditoriale. 

Et lors de la dernière présidentielle, François Fillon a dû affronter une controverse similaire. Parmi ses conseillers, se trouvait l'ancien patron d'Axa, devenu l'un des rédacteurs du programme présidentiel qui prévoyait de favoriser la place des assurances privées au détriment de la sécurité sociale. 

Plus récemment, le haut commissaire Jean-Paul Delevoye a dû démissionner à cause de ces soupçons de conflit d'intérêt, comme si une malédiction poursuivait la réforme des retraites. 

Mais dans l'affaire Jacques Maire, s'entrecroisent trois phénomènes de notre vie politique, qu'il me semble intéressant de démêler : 

1 – l'entrée en politique de non-professionnels de la politique, à l'occasion de la vague Macron en 2017. C'était revendiqué par En Marche, favoriser les candidats issus de la société civile. Et sans surprise, on y retrouve donc beaucoup d'élus venus du monde de l'entreprise.  

2 – La transparence : pourquoi sait-on que Jacques Maire dispose de ce paquet d'action ? Eh bien c'est grâce à François Hollande, ou plutôt à la loi qu'il a fait voter, et qui oblige les parlementaires à une déclaration publique de leurs intérêts et de leurs avoirs. 

3 – les allers-retours entre le secteur public et le secteur privé. La majorité macroniste veut les encourager. Elle estime que les compétences doivent circuler. Que pour attirer les talents dans le public, il faut aussi leur laisser la liberté d'aller dans le privé. C'est ainsi que la secrétaire générale du ministère des Finances est issue de la Fédération française bancaire. Jacques Maire, avant son passage chez Axa, avait ainsi appartenu à des cabinets ministériels. 

Le voici désormais au centre de ce triangle des Bermudes, ballotté par une polémique qui dépasse de beaucoup son simple cas. 

La loi n'aide pas beaucoup à éclaircir cette situation. Elle n'interdit pas à un parlementaire de posséder des actions... mais elle précise qu'un conflit d'intérêt, c'est une "situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts (...) privés qui est de nature à influencer l’exercice indépendant d’une fonction" ou à "paraître l'influencer". 

Paraître ? L'on voit ici les batailles d'interprétations que peuvent soulever cette définition. Entre le laxisme et le purisme, reste une notion très fragile, très incertaine, mais indépassable : l'éthique personnelle.

Frédéric Says

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