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Angela Merkel et Emmanuel Macron s'opposent sur le nom du futur président de la Commission européenne.

Entre la France et l'Allemagne, les relations se tendent

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Paris et Berlin s'écharpent sur les nominations aux postes influents de l'Union européenne. Emmanuel Macron a même été accusé d'être "anti-allemand" par un responsable politique de la CDU, le parti d'Angela Merkel.

Angela Merkel et Emmanuel Macron s'opposent sur le nom du futur président de la Commission européenne.
Angela Merkel et Emmanuel Macron s'opposent sur le nom du futur président de la Commission européenne. Crédits : Kenzo Tribouillard - AFP

On parle de « couple franco-allemand », ou de « moteur franco-allemand », mais les métaphores sirupeuses ou mécaniques illustrent mal, ces temps-ci, l'état des relations. Elles sont fraîches, très fraîches, peut-être comme jamais depuis quarante ans. 

Hier, Emmanuel Macron a tout bonnement été accusé de "devenir anti-allemand". 

Ces invectives ne viennent pas d'un huitième couteau anonyme à Berlin. Non, elles émanent de Daniel Caspary, le chef de file des eurodéputés de la CDU (le parti d'Angela Merkel). 

Comment en est-on arrivés là ?

Au centre des tensions, la répartition des postes dans les institutions européennes. 

Il s'agit de trouver un consensus pour désigner les visages de quatre fonctions très importantes : président de la commission, chef de la diplomatie, président du Conseil et président du parlement européen. 

Vous savez que les 28 pays européens se sont séparés sans trouver d'accord, le week-end dernier. 

Ils se retrouveront ce dimanche pour ce qu'on appelle dans le jargon un "sommet de la dernière chance". 

Or, la France bloque le candidat poussé par Angela Merkel à la Commission. 

Paris brandit son véto dans des termes assez peu diplomatiques. « Manfred Weber, il est nul et dépourvu d'expérience », m'a lâché une source au sein de l'Exécutif français. C'est "un ectoplasme" a même tranché Nathalie Loiseau, l'ancienne ministre devenue eurodéputée En marche. 

Procès en "inexpérience" d'un côté, en "germanophobie" de l'autre : comment expliquer cet accès de violence verbale, entre deux pays qui n'ont de cesse de célébrer leur amitié et leur unité depuis des décennies ?

Il y a plusieurs explications. D'abord, Angela Merkel est affaiblie. Son parti a obtenu son plus mauvais score aux élections européennes. Elle est en fin de cycle : c'est son dernier mandat à la Chancellerie. Elle a déjà annoncé qu'elle ne se représenterait pas.

Par ailleurs, la France estime que les Allemands sont déjà bien servis parmi les postes à responsabilités. Ils dirigent de nombreuses institutions : la Cour des comptes, le Mécanisme européen de stabilité (MES), la Banque européenne d'investissement...

Comme le note le journaliste Jean Quatremer dans Libération, les Allemands détiennent aussi des postes moins visibles mais très influents. 

Le secrétaire général du Parlement européen est allemand, tout comme le secrétaire général de la Commission européenne. Même chose au Service européen d'action extérieure. Bref, voici venu le temps d'un léger rééquilibrage, semble penser Emmanuel Macron. 

Comment ce déséquilibre a-t-il pu s'installer ? 

C'est un mélange de désintérêt français pour la machinerie européenne, de faiblesse politique, et peut-être aussi une trop grande révérence pour l'amitié franco-allemande. Comme s'il valait mieux transiger que de froisser nos amis. Et puis après tout, si nous sommes un couple, la nomination d'un Allemand, n'est-ce pas déjà un peu celle d'un Français ? 

Désormais, la logique macroniste est toute autre. 

Parmi les quatre postes-clés en jeu, l’Élysée est catégorique : "ce sera soit 1 partout, soit 0 à 0". Traduction : soit un Français et un Allemand nommés, soit aucun des deux. 

Voilà donc une crispation supplémentaire dans des relations qui n'en manquaient pas. Ces derniers mois, Paris et Berlin se sont opposés sur beaucoup de dossiers : le budget de la zone euro, le traité de libre-échange avec les États-Unis, les armes envoyées dans la péninsule arabique... 

Sans parler du désaccord sur les modes de nominations (Emmanuel Macron a rejeté le système du "spitzenkandidat, détaillé ici).

Nous sommes donc bien loin de la lune de miel entre Giscard et Schmidt, de la main qui unit Mitterrand et Kohl. 

Certes, la relation franco-allemande a déjà connu des tumultes : Pompidou et Brandt ne s'entendaient guère, Chirac et Schröder ont mis de longs mois à s'apprivoiser. 

Mais les invectives publiques marquent un tournant. Au sein de ce couple franco-allemand, il risque d'y avoir encore de la vaisselle cassée d'ici le sommet de dimanche. 

C'est d'ailleurs un paradoxe comme la politique sait en réserver. 

De tous les chefs d'Etat de la Vème République, Emmanuel Macron est celui qui a mené la campagne présidentielles la plus pro-européenne. 

Il est maintenant celui qui semble prêt à aller le plus loin, pour défendre sa vision et ses intérêts, dans la confrontation avec l'Allemagne.

Frédéric Says

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