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Gérard Larcher et Emmanuel Macron lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme le 19 septembre à Paris

Le Sénat mort ou vif

4 min
À retrouver dans l'émission

Le Sénat est engagé dans une bataille avec Emmanuel Macron dans le cadre de la réforme des institutions. Et de nombreux sénateurs ont le sentiment de jouer leur peau dans cette affaire.

Gérard Larcher et Emmanuel Macron lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme le 19 septembre à Paris
Gérard Larcher et Emmanuel Macron lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme le 19 septembre à Paris Crédits : Ludovic Marin - AFP

Selon des informations émanant de plusieurs sources parues ces derniers jours, le Sénat s'apprêterait à jouer un vilain tour au pouvoir exécutif et à la majorité qui le soutient à l'Assemblée Nationale. 

En effet, les sénateurs vont réexaminer, en seconde lecture, la semaine prochaine, la loi anti-casseurs adoptée par les députés le 5 février dernier. 

Cette loi prévoit, entre autres, de faire de l'action de dissimuler son visage dans une manifestation un délit et d'autoriser les préfets à prononcer des interdictions de manifester préventives. Elle avait divisée les députés "La République En Marche" de la majorité. Une cinquantaine d'entre eux s'étaient abstenus. Et ils attendaient le retour de la loi à l'Assemblée, dans le cadre de la navette parlementaire, pour la modifier. 

Mais c'était sans compter la malice des sénateurs qui s'apprêtent à voter conforme le texte qui leur sera présenté, entraînant l'adoption définitive de la loi et plongeant ainsi le gouvernement et sa majorité dans l'embarras. 

Il faut bien voir que cette loi anti-casseurs a été récupérée par l'exécutif afin de répondre aux violences d'un certain nombre de gilets jaunes dans les manifestations. Mais à l'origine, elle avait été présentée par la droite sénatoriale, en particulier par le patron du groupe "Les Républicains" au Sénat, Bruno Retailleau :  

Ce que j'essaie de faire, c'est de pouvoir condamner ces gens là qui profitent de ce droit, de cette liberté de manifester pacifiquement pour piller, pour casser du flic, pour casser des victrines chez les commerçants. Je veux casser les casseurs

Les sénateurs, ces dernières semaines, ces derniers mois, ont multiplié les entraves à l'action du gouvernement. 

Le 11 février dernier, notamment, ils ont voté la loi PACTE (loi pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) portée par le ministre de l'économie, Bruno Le Maire. Mais ils l'ont amputée du volet qui prévoit les privatisations d'Aéroport de Paris et de la Française des Jeux. Pour ce faire, la droite a reçu l'appui des sénateurs de gauche, notamment du socialiste et ancien ministre Patrick Kanner : 

Nous préconisons de garder publiques, pour continuer d'enregistrer les bénéfices, ces entreprises florissantes. Monsieur le ministre, vous ne pouvez pas avoir raison tout le temps et contre tout le monde. Ecoutez pour une fois le Sénat. Ne bradez pas notre patrimoine. C'est le patrimoine des français

La loi PACTE doit maintenant retourner à l'Assemblée pour être examiner en lecture définitive par les députés le 5 mars prochain. 

Et puis il y a l'affaire Benalla.  

L'affaire Benalla sur laquelle la commission d'enquête sénatoriale a rendu ses conclusions la semaine dernière et qui a pointé les nombreux dysfonctionnements des services de l'Etat. Alexandre Benalla, selon les sénateurs a bénéficié d'une étrange complaisance durant de nombreux mois. Jean Pierre Sueur est le vice président socialiste de cette commission : 

Tout s'est mis à dysfonctionner. Depuis l'Elysée, jusqu'au ministère de l'intérieur, à la préfecture de police, au Quai d'Orsay et même dans les ambassades

A l'issue du compte-rendu de leurs travaux, les sénateurs de cette commission Benalla ont décidé, selon la procédure, de confier au bureau du Sénat le soin de saisir la justice.  

D'une part, pour le faux témoignage caractérisé d'Alexandre Benalla et d'autre part, pour les contradictions et les incohérences relevées dans les déclarations des très du président de la République que sont le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, le directeur de cabinet, Patrick Sztroda et le général en chef chargé de la sécurité du président, Lionel Lavergne. 

Autrement dit, les sénateurs ont offert au président du Sénat, Gérard Larcher, et aux vingt-quatre autres sénateurs qui siègent au bureau, la possibilité de déclencher la machine judiciaire à l'encontre de ceux qui entourent au plus près Emmanuel Macron. 

Il faut voir que tout ça s'inscrit dans le cadre d'une guerre déclenchée par le chef de l'Etat depuis son élection il y maintenant vingt-et-un mois. Une guerre politique larvée, sous jacente, dont l'arme principale est la réforme des institutions.  

Cette réforme prévoit de réduire le nombre de parlementaires et aussi d'affaiblir les pouvoirs du parlement affirment les sénateurs. 

A l'origine, certains sénateurs avouent d'ailleurs que la commission Benalla au Sénat s'est constituée, cet été, essentiellement pour reporter l'examen de la réforme des institutions qui était à l'ordre du jour. Et c'est précisément, dans un premier temps, ce qu'elle a réussi à faire avant de mettre au jour tous les dysfonctionnements. 

Et puis un autre épisode a particulièrement inquiété le Sénat : 

Dans sa "lettre aux français" publiée mi-janvier, Emmanuel Macron a posé ces deux questions : "quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil économique social et environnemental, doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? et faut-il les transformer et comment ?". 

Quelques jours plus tard, Gérard Larcher est allé voir Emmanuel Macron et lui a demandé : "vous voulez la peau du Sénat ?". "Non, pas du tout" a répondu le chef de l'Etat. 

Mais le Sénat a pourtant bel et bien l'impression de jouer sa peau dans cette affaire. 

D'autant que les gilets jaunes, parmi leurs revendications, réclament sa suppression.  Et que dans le cadre d'un éventuel référendum à l'issue du Grand Débat voulu par le chef de l'Etat, il est envisagé de soumettre aux français quelques questions sur les institutions. 

La bataille n'est donc pas terminée. 

Attention quand même. C'est précisément dans un affrontement avec le Sénat et sur la question de sa transformation que le général De Gaulle s'était cassé les dents il y a tout juste 50 ans...   

Stéphane Robert

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