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Directeur de l'ONG WWF, ex-cadre des Verts, Pascal Canfin rejoint la liste LREM pour les élections européennes. Face aux critiques, il assure avoir obtenu des "garanties" d'Emmanuel Macron.

En vert et contre tous

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Le ralliement de plusieurs personnalités écologistes à la liste "En Marche" pour les européennes suscite les critiques.

Directeur de l'ONG WWF, ex-cadre des Verts, Pascal Canfin rejoint la liste LREM pour les élections européennes. Face aux critiques, il assure avoir obtenu des "garanties" d'Emmanuel Macron.
Directeur de l'ONG WWF, ex-cadre des Verts, Pascal Canfin rejoint la liste LREM pour les élections européennes. Face aux critiques, il assure avoir obtenu des "garanties" d'Emmanuel Macron. Crédits : Thomas Samson - AFP

Se sont-ils vendus pour un plat de lentilles (bio) ? Depuis hier soir, les écologistes qui ont rejoint la liste LREM pour les élections européennes sont les cibles d'attaques venues de leurs anciens camarades. 

Pascal Canfin, qui sera numéro 2 de la liste macroniste, est particulièrement visé. Ce patron d'ONG, ex-membre des Verts et ancien ministre de François Hollande, voit ressurgir ses déclarations passées. Des archives où il n'est pas tendre avec Emmanuel Macron : 

Alors pourquoi avoir changé d'avis ? Ce n'est évidemment pas lié à une ambition personnelle, bien loin de là, nous dit Pascal Canfin... mais selon lui, l'Europe permet d'agir plus efficacement qu'à l'échelle nationale :

"On sait bien que le climat ne s'arrête pas à la frontière française, la pollution de l'air non plus. Donc l'échelle européenne est évidemment la mère de toutes les batailles. Et ce qui est trop peu connu des Français - et des Européens en général -  c'est le pouvoir très important du parlement européen sur ces questions". 

Pascal Canfin assure aussi avoir reçu des "assurances" d'Emmanuel Macron pour faire du changement climatique un enjeu "central". 

Sa présence sur la liste macroniste (ainsi que celle de Pascal Durand, ancien patron d'Europe-Ecologie Les Verts) ravive en fait une question éternelle sur l'engagement politique : vaut-il mieux peser de l'intérieur ou agir de l'extérieur ? En l'occurrence, faut-il verdir "En Marche" ou marcher avec les Verts ? 

Glyphosate

Se pose ensuite une autre interrogation : quelle cohérence idéologique pour cette liste ? Elle fait cohabiter des écologistes convaincus et - par exemple - le président des Jeunes agriculteurs, Jérémy Decercle. 

Sont-ils d'accord sur le glyphosate, sur les pesticides ? La question leur fut posée hier soir. Elle provoqua une réponse quelque peu embarrassée du jeune leader agricole : 

"Avant de mettre un coin dans la relation de Pascal Canfin et moi-même, il faut déjà la laisser démarrer (rires). Nous verrons bien au moment venu quelles solutions nous aurons trouvé pour les agriculteurs de ce pays, et pour les agriculteurs européens... pour faire les bons choix." 

Pas sûr que le « Et en même temps » macronien suffise à rapprocher ces regards antagonistes. 

Plus écolo que moi tu meurs

Si vous écoutez les discours, chaque parti se prétend plus écologiste que les autres. 

Europe Ecologie les Verts met en avant, avec raison, son antériorité sur la question.
La France insoumise fait de la planification écologique son remède aux excès du capitalisme et de la crise environnementale.
Laurent Wauquiez promeut le protectionnisme européen comme un frein à la mondialisation des marchandises sans fin.
Place publique et le Parti socialiste souhaitent une "social-écologie".
Et même Marine Le Pen met en avant Hervé Juvin et l'idée du "localisme", contre l'importation de produits étrangers venus de loin par bateau ou par avion.

Prêcheurs de longue date ou convertis de la dernière heure : la foi écologique multiplie les adeptes revendiqués. Il semble loin le temps où René Dumont, le premier candidat écologiste à la présidentielle, posait tout seul avec son verre d'eau

Alors comment expliquer cette bataille pour le drapeau écolo ? Évidemment, le thermomètre et les degrés qui grimpent apportent un thème de campagne tout trouvé. Et il faudrait être sourd à l'actualité ou parfaitement égoïste pour ignorer que le sujet n'est pas seulement majeur, il est crucial. 

Mais il y a aussi des considérations bassement électorales. L'abstention est traditionnellement forte aux Européennes. Et qui va voter ? D'abord les électeurs les plus diplômés (les "CSP ", pour faire vite), traditionnellement davantage acquis à la cause environnementale. 

En 2009, au scrutin européen, la liste verte de Daniel Cohn-Bendit avait réuni 16 % des voix. Jamais ce parti n'a atteint un tel score global dans une élection nationale. 

Enfin, l'écologie fait office de bouée de sauvetage pour une gauche en crise d'identité. Elle constitue un thème éminemment moderne, au moment où des concepts comme la social-démocratie ou la lutte des classes semblent avoir un peu jauni sur la photo. 

Dans un débat politique, il est plus courant d'invoquer le devenir de l'ours blanc sur sa banquise, plutôt que le souvenir de Michel Rocard ou de Georges Marchais.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
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