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Gérald Darmanin, le 26 novembre 2018.

La fausse note de Gérald Darmanin

3 min
À retrouver dans l'émission

Le ministre des Comptes publics a-t-il affirmé qu'on ne pouvait pas dîner à deux pour moins de 200€ à Paris ? Non, mais Gérald Darmanin subit le procès en déconnexion adressé - parfois à juste titre - aux responsables politiques.

Gérald Darmanin, le 26 novembre 2018.
Gérald Darmanin, le 26 novembre 2018. Crédits : Ludovic Marin - AFP

C'est le cauchemar de tout responsable politique. Une phrase extraite d'un long propos, qui se met à faire polémique sur les réseaux sociaux. Une phrase qui vous poursuit comme une ombre virtuelle, impossible de s'en défaire. C'est ce qui est arrivé à Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics. Après cette sentence, ouvrez les guillemets :   « nous devons tous intégrer et pas seulement expliquer, ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois quand les additions dans les restaurants parisiens tournent autour de 200 euros lorsque vous invitez quelqu’un et que vous ne prenez pas de vin. » 

Un repas pour 2 à 200 euros ? Immédiatement, le ministre a reçu des milliers de message de colère. Des journalistes taquins ont dressé la liste des restaurant où manger pour 15 euros. 

Alors que faire dans ces cas-là ? Tenter de rattraper le coup, c'est donner encore plus d'écho à la polémique ; ne rien dire, c'est paraître honteux et donc la justifier. Heureusement pour lui, le journal Libération et son service de vérification des faits a remonté un peu le fil, et a retrouvé la tirade initiale de Gérarld Darmanin, lors d'un échange à la Sorbonne. 

Libération livre un verbatim assez long, où l'on comprend que le ministre a précisément tenté de dénoncer la déconnexion des élites qui se régalent d'un dîner à deux pour un quart de SMIC. Mais c'est bien sûr trop tard. La phrase est imprimée dans la rétine de Facebook et Twitter, à des dizaines de milliers d'occurrences. 

Pain au chocolat 

Pourquoi cela prend aussi vite et aussi fort ? Il y a au moins trois raisons. La première, c'est le contexte des gilets jaunes, et plus globalement cette dénonciation aiguë des élites qui se gaveraient en oubliant la condition des plus modestes. Quel meilleur exemple que cette petite phrase ? 

Ensuite, peut-être est-ce parce que Gérald Darmanin a lui même beaucoup insisté sur ses origines modestes, sa maman femme de ménage. Ses contempteurs trouvent là une brèche dans le storytelling. 

Mais la principale raison de cette curée, c'est sans doute parce que la déclaration de Gérald Darmanin arrive après bien d'autres du même acabit, et cette fois-ci d'authentiques boulettes. L'exemple le plus célèbre est celui de Jean-François Copé : 

"Le coût d'un pain au chocolat ? Je n'en ai aucune idée... Cela doit être 10 ou 15 centimes ?"

Jean-François Copé avec Thomas Sotto sur Europe 1. Vous connaissez la prophétie de François Mitterrand : après moi, ce seront tous des comptables... Eh bien non, pas vraiment. Ou alors des comptables approximatifs. Nathalie Kosciusko-Morizet avait eu du mal à faire oublier cette déclaration :  

"Combien coûte un ticket de métro ? Euh... 4 euros et quelques ?"

Après cette bourde, selon plusieurs témoignages, les ministres s'étaient un peu affolés et les conseillers en communication leur avaient dressé des listes du coût des objets de la vie courante : baguette de pain et litre de sans-plomb.

Mais dans le doute, il y a aussi la méthode de ne pas répondre. C'est ce qu'a fait Manuel Valls il y a quelques jours face à une journaliste catalane qui lui demandait le prix du ticket de bus à Barcelone. A l'inverse, il y a ceux qui potassent. Et qui pour le coup, ont une connaissance si approfondie... qu'elle en devient un peu suspecte. Prenez Édouard Philippe, l'autre jour sur RTL pour présenter la prime automobile : 

"Un Français qui a acheté une voiture au milieu des années 2000. On va dire une 206 diesel. (...) Avec la super-prime que nous créons, il va pouvoir acheter un véhicule d'occasion plus récent. Aujourd'hui, une C3 essence d'occasion, vous pouvez l'acheter à 5000 à 5500 euros. Ça veut dire que le reste à charge pour le Français, ce sera 1000 à 1500 euros". 

Un Premier ministre reconverti en spécialiste Argus des cylindrées des années 2000 ? Pourquoi pas. Voilà donc les raisons qui ont amené cette polémique autour de Gérald Darmanin : finalement, dans cette affaire de restaurant trop cher, c'est lui qui paye l'addition pour tous les autres.

Frédéric Says

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