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Nicolas Hulot, dans son bureau de ministre de la Transition énergétique, le 18 janvier 2018.

Requiem pour le ministère de l'Ecologie

3 min
À retrouver dans l'émission

Le départ de Nicolas Hulot illustre la difficulté de ce poste.

Nicolas Hulot, dans son bureau de ministre de la Transition énergétique, le 18 janvier 2018.
Nicolas Hulot, dans son bureau de ministre de la Transition énergétique, le 18 janvier 2018. Crédits : Joël Saget - AFP

C'est sans doute l'un des fauteuils les plus inconfortables de la République. Un champ de mines à traverser en claquettes. Ils sont d'ailleurs nombreux à avoir sauté, les ministres de l’Écologie. Pas moins de 27 titulaires depuis 1971, et la création du "ministère chargé de la protection de la nature". Le prochain détenteur du maroquin pourrait sans doute s'inclure lui-même dans la liste des espèces menacées. 

Robert Poujade, le premier nommé décrivait d'ailleurs sa fonction comme le « ministère de l'impossible ». 

"Lobbies"

Un mot revient dans la bouche des "ex". Ce mot, c'est celui de lobbies. Delphine Batho, renvoyée du ministère sous François Hollande, les avait accusés directement de son limogeage.

Alors les lobbies, ce ne sont pas forcément des cohortes de bonshommes fuyants cachés dans les antichambres. Ce sont aussi, par exemple, de puissantes associations. Nicolas Hulot raconte qu'il a craqué après une réunion à l’Élysée avant hier avec les représentants et les lobbyistes de la chasse. Plus d'un million de titulaires du permis de chasser en France, autant d'électeurs potentiels. 

Les chasseurs ont investi la politique, ils veulent d'ailleurs désormais se faire appeler les « écologistes de terrain »... ce n'est pas une blague ; c'est le mot employé encore hier par la Fédération nationale des chasseurs. 

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Un lobbie, cela peut aussi être une fédération d'entreprise, une filière professionnelle, qui met son poids économique dans la balance. Ce fut le cas avec l'usine Alteo de Gardanne, près de Marseille. Objet d'un vif conflit politique entre Manuel Valls, alors chef du gouvernement et sa ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal. Cette dernière s'en était plainte dans l'émission Thalassa sur France 3 : 

"Il est Premier ministre, il a décidé le contraire de ce qu'a décidé sa ministre de l'Environnement. Je ne peux pas donner un contre-ordre. Mais en revanche, mon rôle c'est de dire que je ne suis pas d'accord". 

Une intervention qui résume le pouvoir autant que l'impuissance du ou de la ministre de l'écologie : c'est d'abord un ministère de la parole.

Mais l'explication des lobbies n'est pas suffisante. Après tout, chaque secteur gouvernemental est confronté à divers représentants professionnels ou associatifs. 

La particularité du ministère de l’Écologie ? Il est aussi un ministère-miroir de nos contradictions et de nos lâchetés... 

C'est le ministère de l'inconciliable, entre le court terme et le long terme, entre l'intérêt commun et l'intérêt individuel. 

Ainsi, qui peut dire aujourd'hui qu'il n'est pas inquiet par la dégradation de l'environnement ? 

Mais en même temps, qui est vraiment prêt à payer pour l'isolation thermique de son logement, à débourser une écotaxe substantielle ou à pratiquer exclusivement le co-voiturage pour aller au travail ? 

La dégradation du climat se fait sans bruit, à petits pas. Et les feux de forêts et les canicules ne sont reçus que comme des fugaces alertes, avant que le train gouvernemental ne reparte comme avant, cerné par les urgences du quotidien. 

Voilà pourquoi jusqu'à aujourd'hui, le titulaire du ministère de l’Écologie semble devoir alterner entre deux vocations : d'abord celle du missionnaire, ensuite celle du démissionnaire. 

Frédéric Says

Chroniques

8H19
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