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Edouard Philippe présente son plan de déconfinement à l'Assemblée Nationale - 28/04/20

Déconfinement : comment prévoir l'imprévisible ?

4 min
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Il apparaît que le plan de déconfinement présenté hier par Edouard Philippe est adaptable et modifiable à tout moment. Il n'est, par exemple, plus tout à fait sûr que le déconfinement soit lancé le 11 mai comme c'était initialement prévu.

Edouard Philippe présente son plan de déconfinement à l'Assemblée Nationale - 28/04/20
Edouard Philippe présente son plan de déconfinement à l'Assemblée Nationale - 28/04/20 Crédits : David Nivière - AFP

Il y avait un petit côté "j’aimerais bien vous y voir" dans le discours du Premier ministre, hier après-midi, à l’Assemblée Nationale lorsqu’il a présenté le plan de déconfinement censé démarré le 11 mai.

Dans ce discours, d’une heure environ, Edouard Philippe a fustigé tous ceux qui savent après coup les décisions qu’il aurait fallu prendre. Il a expliqué avoir "été frappé, depuis le début de cette crise, par le nombre de commentateurs ayant une vision parfaitement clair de ce qu’il aurait fallu faire à chaque instant. La modernité, s’est encore moqué le Premier ministre, les a souvent fait passés du café du commerce aux plateaux de télévisions."

Et il a rappelé aux députés que leur rôle n’était pas d’être relégués au rang de commentateur mais de prendre leur responsabilité en se prononçant sur la stratégie qui leur était présentée et en votant.

Il a également renvoyé les scientifiques, aujourd’hui assez sceptiques sur le déconfinement, à leurs cahiers et à leurs statistiques. Il a rappelé, sur la question des masques, qu’au départ, nombre d’entre eux déconseillaient le port du masque pour l’ensemble de la population. Ce, qu’à l’époque, "nous avons répété" a concédé Edouard Philippe. Aujourd’hui, a-t-il encore ajouté, les scientifiques, parfois les mêmes, préconisent l’inverse, c’est-à-dire des masques pour tout le monde, "nous le disons aussi".

Ce faisant, il a essayé de mettre en valeur la difficulté de sa tâche. Difficulté qui est de prendre des décisions sans avoir toutes les données et les informations et qui est de prévoir l’imprévisible.

Comment peut évoluer l’épidémie ? On ne sait pas. Combien de temps y serons-nous confrontés ? On ne sait pas.  Ce qu’on sait, en revanche, c’est que si on reste calfeutré chez soi, l’économie, la société, peut s’effondrer. Edouard Philippe a évoqué d’un "risque d’écroulement" et ça pourrait être bien pire que la crise sanitaire.

C’est la raison pour laquelle il a parlé de "cette ligne de crête" qu’il conviendrait d’emprunter entre la nécessité de protéger la population et celle de relancer la machine. Or, sur une ligne de crête, on avance d’un pas chancelant et incertain.

Et c’est bien l’impression qu’a donné le Premier ministre, hier après-midi, qu'il avançait d’un pas incertain, qu'il présentait un plan un peu décousu où ce qui est prévu peut changer au tout dernier moment.

Va-t-on vraiment lancer le déconfinement le 11 mai ? On n'en est plus tout à fait certain

Par exemple, le 11 mai, va-t-on vraiment lancer le déconfinement le 11 mai ? On n’en est plus tout à fait sûr. « Je le dis aux français, a prévenu le Premier ministre, si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous (c’est à dire s’il y a encore trop de nouveaux cas ou trop de malades en réanimation), nous ne déconfinerons pas le 11 mai ou nous le ferons plus strictement. » 

Pour savoir si le département dans lequel vous vous trouvez est soumis à un déconfinement plus ou moins strict, avec un classement en deux catégories, rouge ou vert, il faudra attendre le tout dernier moment, le 7 mai.

Même chose avec la rentrée scolaire, ce sera le 11 mai pour les maternelles et les primaires mais sur la base du volontariat. Les collégiens, ce sera le 18 mai et les lycéens, on ne sait pas.  Quant à la réouverture des cafés et des restaurants, on fera le point trois semaines plus tard.

Il y a finalement beaucoup de choses qu'on ne sait pas.

A travers toutes ces incertitudes et ces marges laissées à l’adaptation et à l’aménagement, il faut noter un changement de ton du chef du gouvernement à l’adresse des français.

Il est apparu comme n’étant plus ce Premier ministre qui pouvait sembler arrogant, à la tête d’une élite technocrate sachant mieux que tout le monde ce qu’il convient de faire, comme lorsqu’il imposait, à toute force, les 80 km/h malgré les alertes qui remontaient de toutes parts. 

Il y a un changement de ton du Premier ministre qui n'infantilise plus les français

Dans le discours d’hier, le citoyen, le français lambda, n’était plus celui à qui on dicte ce qu’il faut faire considérant qu’il n’y connait rien et qu’il n’y comprend rien. Il était au contraire celui qui sera responsable du bon fonctionnement du plan de déconfinement. Ce plan repose "avant tout" sur le "civisme" des français, a expliqué Edouard Philippe. "Aucun plan, aucune mesure, aussi ambitieuse soit-elle, ne permettront d’endiguer l’épidémie si les français n’y croient pas ou ne les appliquent pas."

Disant cela, le Premier ministre essaie d’endiguer ou de conjurer une autre maladie qui se diffuse à toute vitesse chez les français : Le manque de confiance dans le gouvernement pour la gestion de la crise sanitaire. Il est très fort et de plus en plus fort. De 60 à 70% des personnes interrogées, selon différentes enquêtes, disent ne pas avoir confiance.

Il faut dire que le pouvoir exécutif a tendu le bâton pour se faire battre au début de l’épidémie en organisant le premier tour des municipales en même temps que le confinement et en affirmant que les masques n’étaient pas utiles.

Le résultat est que la défiance s’est installée. Et compte tenu de cette défiance, il apparaît aujourd’hui assez difficile de prévoir comment les préconisations et le consignes pour le déconfinement seront appliquées. Ce qui ajoute un peu plus encore à l’imprévisibilité de l’évolution de ce à quoi nous sommes confrontés.

Stéphane Robert

Chroniques

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