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François-Xavier Bellamy, 33 ans, vient d'être désigné pour mener la liste du parti Les Républicains aux élections européennes de mai 2019.

La droite et les européennes : deux temps, trois mouvements

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Quel sens donner à la liste de candidats dévoilée par Laurent Wauquiez ?

François-Xavier Bellamy, 33 ans, vient d'être désigné pour mener la liste du parti Les Républicains aux élections européennes de mai 2019.
François-Xavier Bellamy, 33 ans, vient d'être désigné pour mener la liste du parti Les Républicains aux élections européennes de mai 2019. Crédits : Christophe Archambault - AFP

En dévoilant les premiers candidats de son parti pour les européennes, Laurent Wauquiez n'a pas oublié d'être malin. Une annonce en deux temps, précisément. D'abord, le trio qui mènera la liste : François-Xavier Bellamy, philosophe et élu local ; Agnès Evren, conseillère régionale ; Arnaud Danjean, eurodéputé sortant. Un trio sur lequel tout le monde s'est focalisé, au motif qu'il incarne le "renouvellement".

Et l'on en a oublié le deuxième temps, beaucoup moins médiatique. Un deuxième temps qui concerne le reste de la liste de candidats, et dont Laurent Wauquiez ne s'est pas vanté. Sur cette liste des européennes, derrière le trio, suivront Nadine Morano, Brice Hortefeux, Rachida Dati et Geoffroy Didier, tous en position éligible. Des candidats qui ne représentant pas franchement la nouveauté en politique, si l'on veut pratiquer la litote. 

"Deux temps, trois mouvements", disions-nous, car le trio de tête fait la synthèse de trois courants idéologiques à l'intérieur de la droite. Arnaud Danjean est un ancien juppéiste, très pro-européen. Agnès Evren est libérale, issue de la droite modérée, proche de Valérie Pécresse. Et le numéro 1, François-Xavier Bellamy, auteur, essayiste, philosophe, élu à Versailles, campe la droite conservatrice. 

Il est déjà très contesté, y compris au sein des Républicains... 

Bellamy revendique sa foi catholique et tente, tant bien que mal, de masquer ses doutes sur l'avortement : ce n'est pas la tasse de thé idéologique d'un Eric Woerth ou d'une Rachida Dati. Cette dernière qualifiait d'ailleurs François Fillon de « bourgeois de la Sarthe bien coiffé » pour les mêmes raisons. 

Dès lors, l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy semble assez peu enthousiaste sur le cas "Bellamy", qui sera son chef de file sur la liste :

"C'est un scrutin de liste. Donc c'est un projet collectif. Donc ce ne seront pas la ligne ou les convictions de monsieur Bellamy que nous devrons défendre et porter dans le cadre des élections européennes." (Rachida Dati, hier chez Léa Salamé sur France Inter)

Autrement dit, la tête de liste n'est qu'une tête... parmi d'autres sur la liste. 

Le choix de Bellamy, efficace électoralement ? 

Du strict point de vue de l'efficacité électorale, le calcul de Laurent Wauquiez n'est pas forcément absurde. Car oui - même si on semble l'oublier régulièrement - il existe toujours une France conservatrice, une France pas franchement à l'aise avec l'avortement, une France qui n'a pas digéré le mariage pour tous et qui a le sentiment que "tout fout le camp". 

N'oublions jamais que François Fillon a réuni à la présidentielle 20% des voix, plus de sept millions de bulletins, et ce malgré une collection de casseroles à en faire pâlir les cuistots de l’Élysée. 

La France de Bellamy, on peut le déplorer ou pas, c'est donc une partie non négligeable de l'électorat. Par ailleurs, c'est une partie qui vote, qui s'abstient peu. Dans le contexte d'abstention toujours élevée aux élections européennes, cela peut faire la différence. 

En revanche, le jeune candidat âgé de 33 ans est-il armé pour faire campagne ? A-t-il le cuir assez épais pour prendre des coups, pour en donner, tout en déroulant son programme pour l'Europe ? Un philosophe versaillais en pleine crise des gilets jaunes - crise de cette France qui se sent méprisée par les élites de la capitale -, n'est-ce pas choisir une tête de gondole à contre-cycle ?

Frédéric Says

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