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Ricardo, jeune militant indépendantiste, district de la Rivière Salée, le 24 septembre 2020

La France pourrait-elle perdre la Nouvelle-Calédonie ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Un deuxième référendum se tient ce dimanche 4 octobre en Nouvelle-Calédonie. Il est possible que l'écart se resserre entre le OUI et le NON à l'indépendance. Les Calédoniens avaient voté pour le maintien de l'archipel au sein de la République française le 4 novembre 2018, avec un score de 56,67%.

Ricardo, jeune militant indépendantiste, district de la Rivière Salée, le 24 septembre 2020
Ricardo, jeune militant indépendantiste, district de la Rivière Salée, le 24 septembre 2020 Crédits : Théo Rouby - AFP

La situation a-t-elle évolué depuis la première consultation, il y a deux ans ? Et surtout, a-t-elle évolué au point de gommer l’écart qui s’était manifesté entre le NON et le OUI en 2018 ? Si l’on écoute les responsables politiques sur place et les conseillers en charge de la question à Paris, plus personne ne se risque au moindre pronostic.

Plusieurs éléments laissent penser que le vote en faveur du OUI à l’indépendance est en mesure de progresser.

Premièrement, l’Etat français est moins présent, moins impliqué qu’il y a deux ans. Un changement majeur est intervenu juste avant l’été, le remaniement. Edouard Philippe a quitté Matignon. Or, il était un Premier ministre très au fait, très engagé, dans ce dossier et il avait su s’attirer la considération et le respect de presque tous les acteurs.

Le nouveau Premier ministre, Jean Castex, a lui d’autres chats à fouetter indique à demi-mot son entourage. Et surtout il n’y connait pas grand-chose. Interrogé sur le sujet lors des Questions Au Gouvernement, à l’Assemblée nationale, il a répondu de façon très convenu, le nez penché sur la petite fiche qu’on avait préparé pour lui et renvoyant à une prise de parole du président de la République prévue à l'issue du scrutin.

Il y a donc, depuis quelques mois, un certain flottement dans la gestion de ce dossier du côté du pouvoir exécutif. Le ministre de l’Outre-Mer, Sébastien Lecornu, en a désormais la charge mais il lui faut un peu de temps pour s’en emparer et il n’a pas pu se rendre sur place, cet été, à cause de l’épidémie de Covid19. 

Deuxièmement, les tensions sont très fortes entre les deux camps, indépendantistes et loyalistes, plus encore qu’il y a deux ans. 

Et ça parce qu’ont eu lieu des élections provinciales en 2019. Les équilibres politiques ont changé. Ce sont les plus radicaux des loyalistes qui ont pris le pouvoir sur les modérés et qui font désormais face aux Kanaks indépendantistes. Ce qui a eu pour effet de faire naître des invectives entre les deux camps qui appellent, aujourd'hui, à en découdre par bulletins de vote interposés. Quel effet cela peut-il avoir sur la mobilisation des électorats ? Nous le verrons dimanche.

Un surcroît de mobilisation est prévisible dans le camp indépendantiste

Il semble s’opérer une mobilisation assez conséquente dans les iles Loyauté, à l’Est de Grande Terre, où la population kanake est particulièrement présente. Or, lors du précédent scrutin, l’abstention y avait été beaucoup plus forte qu’ailleurs. Cela pourrait être différent cette fois-ci. D’ailleurs, on constate dans les bureaux délocalisés, à Nouméa et sur Grande Terre, où les Kanaks des îles peuvent allés voter, un afflux d’inscriptions, 2 600 de plus qu’au précédent scrutin. C'est sans doute la preuve qu’il se passe quelque chose.

Une autre inconnue réside dans les effets que peut avoir la crise économique sur place, conséquence de la crise sanitaire. On avait constaté, lors du référendum il y a deux ans, que dans la population non kanake, une part importante des chômeurs, des travailleurs modestes, avaient voté OUI à l’indépendance. Ca représente plusieurs milliers de personnes. La question est de savoir si, avec la crise, ce vote est en mesure de s’amplifier. 

Plusieurs éléments d’observation plaident donc en faveur d’une progression du OUI à l’indépendance. Maintenant, est-ce en mesure d’inverser le résultat de 2018 ? la Nouvelle Calédonie peut-elle décider de couper les ponts avec la France ? C’est peu probable. Il y avait quand même plus de 18 000 voix d’avance en faveur du NON il y a deux ans.

Mais si l’écart se resserre, ça peut installer une dynamique en faveur du OUI dans la perspective d’un troisième référendum qui est prévu par les traités. Et puis surtout, ça peut alimenter, un peu plus encore, les tensions entre les deux camps, indépendantistes et loyalistes, qui, à mesure qu’on approche du terme du processus initié par Michel Rocard il y a plus de trente ans, semblent de moins en moins avoir pour projet de se réconcilier.

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