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"Les nationalistes sont déjà là, ils sont déjà grands, et dans beaucoup de pays ils ont déjà gagné" a lancé Emmanuel Macron le 26 octobre 2018, au cours d'un déplacement.

Européennes : Emmanuel Macron en héraut du "no pasaran"

4 min
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Le chef de l’État alerte sur les risques démocratiques que provoquerait la victoire des nationalistes au scrutin européen de mai prochain.

"Les nationalistes sont déjà là, ils sont déjà grands, et dans beaucoup de pays ils ont déjà gagné" a lancé Emmanuel Macron le 26 octobre 2018, au cours d'un déplacement.
"Les nationalistes sont déjà là, ils sont déjà grands, et dans beaucoup de pays ils ont déjà gagné" a lancé Emmanuel Macron le 26 octobre 2018, au cours d'un déplacement. Crédits : Bertrand Guay - AFP

Comment éviter d'être balayé par le souffle de la déconstruction européenne, quand on est soi-même le chantre infatigable de la construction européenne ? 

Comment l'emporter avec un projet auquel plus grand-monde ne semble croire ouvertement en Europe, depuis les Anglais brexiters jusqu'aux Italiens salvinisés, et des partisans du Hongrois Viktor Orban aux nationalistes suédois ? Tout cela, au moment où l'alliée théorique, Angela Merkel, est en difficulté et sous la pression de son aile droite ? 

Emmanuel Macron, face à cette masse eurosceptique, a choisi de faire du judo : il utilise la force de l'adversaire pour tenter de le mettre à terre. Si les partis hostiles à l'Union européenne sont à deux doigts de la victoire, alors il se campe en seul recours. Si la maison brûle, ce sera lui le pompier. « Moi ou le chaos », pourrait-on résumer. Il faut d'ailleurs voir le clip vidéo du gouvernement pour ces élections européennes ; il se coule parfaitement dans cette rhétorique. Clip vidéo officiel diffusé sur internet : 

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En bande son, vous l'entendez, une musique alarmiste. Comprendre : l'enjeu est crucial. Les premières images sont celles de migrants. A l'écran, une question, posée sous la forme d'alternative : 

Immigration : maîtriser ou subir ? 

L'on voit ensuite un glacier qui fond, une cheminée qui pollue... et cette autre question :

Climat : agir ou ignorer ? 

Le film se clôt sur un dernier choix, incrusté à l'écran : 

Europe : Union ou division ?

Et ce slogan final : "En Mai 2019, l'Europe changera. A vous de décider dans quel sens".

Dans ce clip, seules deux personnalités européennes sont montrées. Il ne s'agit pas de Jean-Claude Juncker, président de la Commission, ou d'un eurodéputé, d'ailleurs le parlement européen n'apparaît même pas. Il s'agit de Matteo Salvini et Viktor Orban. Ces dirigeants italien et hongrois, eurosceptiques, qu'Emmanuel Macron assume de désigner comme ses adversaires.

Ce clip a d'ailleurs fait réagir Matteo Salvini...

Sur Twitter, le ministre de l'intérieur italien le dénonce ainsi : 

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("Le gouvernement français publie, avec l’argent des contribuables, un clip officiel pour les Européennes en m’utilisant comme un épouvantail. Macron et ses amis doivent avoir très peur: en 2019, un printemps des peuples qui va les balayer les attend!”)

En réalité, Macron et Salvini sont bien trop heureux de pouvoir s'afficher l'un l'autre comme des ennemis exclusifs. Ils ne sont d'accord sur rien, sauf sur le nouveau clivage : tous deux promeuvent un combat total entre nationalistes et pro-européens, entre patriotes et progressistes, comme ils se définissent. Ce qui permet d'éclipser du débat toute autre forme d'opposition. Par exemple la gauche anti-libérale. D'ailleurs dans les questions binaires du clip de campagne, il manque des propositions : sur l'immigration, le choix est laissé entre "maîtriser" ou "subir" ; mais pas "accueillir". Sur l'Europe, l'alternative se trouve entre "l'union" et "la division". Pas un mot de la renégociation des traités. Il est vrai que les propositions d'approfondissement de l'Union, élaborées par Emmanuel Macron dans un discours soigné à la Sorbonne, l'an dernier, n'ont pas trouvé de traduction politique concrète pour l'instant – faute de partenaires et surtout de consensus. 

Dès lors, mener une campagne en alertant sur le risque de basculement de l'Europe est sans doute la moins mauvaise des stratégies. 

Dans cette rhétorique, Emmanuel Macron est au couple Orban-Salvini ce que Jacques Chirac fut à Jean-Marie Le Pen en 2002. Une sorte de héraut du « No pasaran » enveloppé dans la bannière aux douze étoiles européennes. Emmanuel Macron se pose en défenseur de la fragile Europe. En gardien du magasin de porcelaine, face aux éléphants qui menacent de tout briser. 

"Attention à la vaisselle cassée", semble nous avertir le chef de l’État. Le problème, c'est qu'un tel message est ambivalent. Il peut aussi être reçu comme une formidable incitation par les électeurs dont le plus grand souhait est de renverser la table.

Frédéric Says

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