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Emmanuel Macron, le 24 janvier 2019.

Le retour des bannis

4 min
À retrouver dans l'émission

Syndicalistes, journalistes, élus locaux : écartés et contournés au début du mandat, ils retrouvent grâce aux yeux d'un Exécutif en difficulté.

Emmanuel Macron, le 24 janvier 2019.
Emmanuel Macron, le 24 janvier 2019. Crédits : Emmanuel Foudrot - AFP

Y a-t-il des règles naturelles en politique, des sortes de lois de la physique indépassables ? 

Tout semble l'indiquer, ces temps-ci. Tant le quinquennat d'Emmanuel Macron, si "disruptif", si peu classique au début du mandat, semble maintenant se couler dans les coutumes de la république. 

Ainsi, le jeune président a commencé sa présidence par un vœu de silence, ou au moins de distance. Placé en surplomb des petites politcailleries, il devait incarner un chef à la parole rare et précieuse. Après vingt mois de pouvoir, Emmanuel Macron a dû se rendre à l'évidence : la distance et la discrétion ne sont plus tenables. Elles sont perçues moins comme une marque de sagesse que de désintérêt. Le président a donc retrouvé le goût des caméras et des micros. Plus de seize heures de prise de parole cumulée en deux semaines au travers des grands débats. Le président aérien s'est mué en super-premier ministre volubile. 

Le chef de l’État a dû également revenir aux recettes classiques avec les journalistes...

Emmanuel Macron, échaudé par les inconséquences de François Hollande, voulait initialement être le président qui ne parle pas à la presse. Ou alors dans des conditions qui rendent impossible le moindre déverrouillage de la communication. 

Or, que s'est-il passé hier midi à l’Élysée ? Pour la première fois, le chef de l’État a reçu cinq journalistes au palais présidentiel, pour faire du « off », comme l'on dit. C'est-à-dire des déclarations hors micro destinées à expliquer le sens de son action. 

Bref, le président qui chassa la presse au temps des sondages radieux a su bien vite la retrouver quand le temps a viré à l'orage. 

Certes, on est encore bien loin de la tape dans le dos à la Jacques Chirac, qui n'hésitait pas à proposer aux journalistes de trinquer avec lui à la santé de la viticulture [extrait sonore].

Autre temps, autre mœurs. 

L'acte 2 du quinquennat, c'est aussi le retour des élus locaux 

Souvenez-vous, au début de mandat, ils étaient au mieux considérés comme des empêcheurs de tourner en rond. Au pire comme des satrapes clientélistes, rétifs à la vague de modernité qui balayait enfin la France. 

Les élus locaux sont désormais la pierre angulaire de la reconquête du président.  Ce n'est pas un hasard s'il a commencé le grand débat national entouré des maires et de leur écharpe tricolore. D'ailleurs, dans ses confidences aux journalistes hier, le président tresse des louanges aux départements et aux communes. Ces deux vieux échelons si décriés, jusqu'à récemment, accusés d'être ringards face aux si modernes intercommunalités et aux grandes régions. 

Retour des bannis, enfin, avec les syndicats

Ils furent allégrement contournés pour la réforme du code du travail. Ils sont désormais mis en valeur. Comme des soupapes à la colère du peuple, des vecteurs fiables et raisonnables de la contestation. En un mot, tout compte fait, mieux vaut Laurent Berger que des vitrines cassées. Vive les corps intermédiaires. 

Cette liste des bannis du macronisme - de nouveau en cour - n'est pas exhaustive et surtout elle n'est pas close. Déjà, les élus favorables au cumul des mandats retrouvent droit de cité. Car le cumul (maire et député, par exemple) serait un remède contre la déconnexion du terrain, tellement reprochée aux "parisiens" pendant cette crise des gilets jaunes. Le retour du cumul des mandats (supprimé sous François Hollande) est sur la table, selon le ministre Sébastien Lecornu. 

Dans les mois à venir, l'Exécutif aura besoin d'une autre composante de la "vielle République" : le Sénat. 

Si Emmanuel Macron veut refondre les institutions, il ne pourra le faire sans la chambre haute du parlement, qui doit valider le texte de l'Exécutif, même en cas de référendum : c'est l'article 89 de la constitution. 

Voilà donc pour ce retour en grâce. Comme si les partis, les élus locaux, les journalistes, les sénateurs, les syndicats - bref tous ceux qui étaient perçus comme des résidus de l'"ancien monde" - surnageaient quand le gouvernement prend l'eau. La vague macroniste devait les submerger. Ce sont finalement eux qui servent de bouées à un exécutif en apnée.

Frédéric Says

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