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Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à la télévision en juin 2012

Sale temps pour les opposants

4 min
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Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon tentent de mettre en difficulté Emmanuel Macron en dénonçant sa gestion de la crise liée à la pandémie de coronavirus. Mais leurs critiques renvoient l'image d'un jeu politicien inapproprié.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à la télévision en juin 2012
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à la télévision en juin 2012 Crédits : Philippe Huguen - AFP

Marine Le Pen ne désarme pas. Elle ira déposer une gerbe, aujourd’hui, au pied de la statue de Jeanne d’Arc, place Saint Augustin à Paris. Il s’agit notamment pour elle de montrer que l’épidémie de coronavirus n’a pas eu raison de cette tradition instituée par le Front National alors qu’elle a entraîné l’annulation des manifestations syndicales du 1er mai.

Par ailleurs, elle continue à pilonner le pouvoir exécutif, en particulier Emmanuel Macron, pour sa gestion de la crise sanitaire. Elle s’y applique scrupuleusement depuis un mois et demi. Elle a encore déclaré, mercredi, que le confinement est un échec après avoir, mardi, voté contre le plan présenté par Edouard Philippe à l’Assemblée Nationale.

Marine Le Pen essaie de faire exister sa parole et sa ligne, persuadée que ce qui est en train de se passer avec le Covid-19 valide son projet politique souverainiste en même temps qu’il met en lumière l’échec de l’adaptation à la mondialisation promue et incarnée jusqu’ici par Emmanuel Macron.

Pour autant, cette critique systématique de l’action de l’exécutif n’a aucune chance de prospérer dans l’opinion. Marine Le Pen est inaudible au delà du camp qui l'écoute assidûment. 

Tout comme l’est Jean-Luc Mélenchon qui s’en est vigoureusement pris à Emmanuel Macron, mardi, depuis les bancs du palais Bourbon, l’accusant d’une "gestion calamiteuse". Mélenchon parle toujours aussi fort mais aujourd’hui, personne ne l’entend.

Cette crise sanitaire constitue un sale temps politique pour les opposants. Et ça, quels que soient les critiques et le degré d’approbation ou de désapprobation de l’action de l’exécutif dans l’opinion ; ils n’en profitent pas.

La raison en est qu’à travers leur dénigrement systématique de l’action d’Emmanuel Macron, ils attaquent également la puissance publique qu’il représente et qui est la seule garante de la sécurité des citoyens face à l’épidémie. Et puis leur attitude est perçue comme un jeu politicien inapproprié en ces temps difficiles et n’étant pas à la hauteur des enjeux.

Le résultat est qu’ils s’adressent à leurs partisans mais qu’ils agacent les autres. C’est un peu comme s’ils se confinaient politiquement avec leurs militants et la part de leur électorat le plus fervent. Même parmi ceux qui ne soutiennent pas le chef de l’Etat, beaucoup estiment que l’opposition politique n’est pas d’actualité.

Parce qu’il y a mieux à faire. Parce que l’urgence impose de gérer la crise sanitaire. On est dans l’urgence, dans l’immédiat, et le fait que certains responsables publics préparent l’avenir et essaient de profiter de cette crise pour faire prospérer leur petite entreprise politique apparaît totalement déplacé.

La politique n’a pas pour autant disparu avec l’arrivée du coronavirus

Au contraire, elle a repris le pas puisqu’on a décidé de pratiquement mettre à l’arrêt l’économie. C’est bien un choix politique qui a conduit à décider d’essayer de préserver la vie du plus grand nombre de citoyens.

Et c’est encore un choix politique qui est fait quand il est décidé de relancer la machine en organisant le déconfinement pour essayer de faire en sorte que la crise économique à venir ne génère pas de plus graves dégâts que ceux qu’on a voulu éviter en limitant la crise sanitaire.

La politique a repris ses droits en ce sens qu’elle conduit le pouvoir en place à faire des choix, non pas entre ce qui est souhaitable et ce qui ne l’est pas, mais entre deux choses qui ne sont pas souhaitables.

Et elle commande, entre ces deux choses qui ne sont pas souhaitables, d’essayer de choisir la moins pire.

Sur ce point, lire ou relire l’entretien publié le 7 avril 2020 avec le philosophe Pierre-Henri Tavoillot : "Les démocraties deviennent plus faciles à gouverner en temps de crise" (Lien ci-dessous).

Alors bien sûr, il est possible et il est même nécessaire de demander des comptes sur les décisions prises et c’est là pleinement le rôle des oppositions.

Le Sénat a d’ores et déjà programmé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la pandémie. Mais elle sera créée après coup, une fois que l’urgence sera passée.

En attendant, un débat idéologique sur l’organisation de la société et la présentation de projets alternatifs dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022 est pour l’heure impossible. Et ce sera peut-être le cas pour de longs mois à venir.

Car la crise économique qui s’annonce sera vraisemblablement dévastatrice. L’activité va repartir mais doucement et partiellement. Des entreprises vont faire faillite. De nombreuses personnes vont se retrouver au chômage ou dépendantes des minimas sociaux. L’essentiel sera de savoir comment on gère la situation.

Dès lors, on peut imaginer que les questions comme, par exemple, la transition énergétique seront (peut-être pas absentes du débat public mais) reléguées au second plan, derrière l’urgence économique et sociale.

Quel rôle pourront alors tenir les formations politiques d’opposition ? Que pourront-elles dénoncer, proposer, défendre sans apparaître en décalage et dans un calcul politicien inapproprié ?

La crise sanitaire et la crise économique qui va suivre pourraient bien chambouler le jeu et la vie politique française pour un long moment.

Chroniques

8H20
38 min

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