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Le Premier ministre, Jean Castex, présente la stratégie vaccinale de l'exécutif le jeudi 3 décembre 2020

Le gouvernement face à la défiance vaccinale

6 min
À retrouver dans l'émission

La future campagne de vaccination contre la Covid-19 génère de la crainte, des doutes et des réticences. Six Français sur dix refuseraient le futur vaccin-Covid selon une enquête récente. Plus globalement, la défiance est forte, en France, contre la vaccination.

Le Premier ministre, Jean Castex, présente la stratégie vaccinale de l'exécutif le jeudi 3 décembre 2020
Le Premier ministre, Jean Castex, présente la stratégie vaccinale de l'exécutif le jeudi 3 décembre 2020 Crédits : Benoît TESSIER - AFP

La France se prépare à lancer une vaste campagne de vaccination à compter du début d’année prochaine. Le Premier ministre, Jean Castex, accompagnés d’experts et de plusieurs de ses ministres, en a détaillé les différentes étapes hier soir. Elle débutera début janvier pour les plus vulnérables et les plus exposés, puis s’échelonnera et s’élargira à l’ensemble de la population d’ici le début de l’été. 

La gouvernement a précommandé 200 millions de doses permettant de vacciner 100 millions de personnes, ce qui prend en compte une importante "marge de sécurité".

Pour autant, la vaccination ne sera pas obligatoire. L'exécutif ne veut surtout pas donner le sentiment qu’il veut injecter à toute force aux français un vaccin élaboré très vite et pour lequel nous n’avons pas de recul d’expérience. Et pour tenter de rassurer la population, Jean Castex a ainsi multiplié la mise en avant des garde-fous et de mesures de précaution qui encadrent le plan de bataille exposé hier soir. 

Il a notamment fait valoir que le gouvernement ne décide pas de tout dans cette affaire :

La décision d'autoriser, ou non, un vaccin ne relève pas directement du gouvernement, mais appartient aux autorités scientifiques indépendantes qui sont en charge de l'évaluation des produits de santé. Autre exemple, le choix des personnes qui devront être vaccinées en priorité n'incombe pas au gouvernement, mais à la Haute Autorité de Santé sur la base d'une expertise indépendante que nous entendons respecter.

Encore une fois, comme en mars dernier, le chef du gouvernement s’est appuyé et s’est réfugié derrière la parole scientifique pour justifier les décisions qui ont été et qui vont être prises. Pourquoi ? Parce qu’il faut rassurer, qu’il faut convaincre et ça s’annonce compliqué.

Une enquête, réalisée il y a quelques jours, par l’institut IFOP, pour le Journal du Dimanche, révélait que 59% des personnes interrogées n’avaient pas l’intention de se faire vacciner. Autrement dit, six personnes sur dix. Or, le but recherché est l’immunisation d’une partie suffisamment importante de la population pour contrôler l’épidémie. Le Conseil Scientifique a fixé un seuil à 65%. On perçoit donc clairement la difficulté : avec un tel taux de rejet de la vaccination, nous sommes potentiellement très loin du compte.

Ce chiffre sur la crainte et la défiance vis-à-vis des vaccins COVID corrobore plusieurs enquêtes réalisées ces dernières années. Des enquêtes qui toutes placent la France dans le peloton de tête des pays où la défiance vaccinale est la plus forte. Un français sur trois, affirmait notamment la revue Lancet l’an dernier, pensent que les vaccins ne sont pas sûrs.

il faut tout de même relativiser cette défiance. Il n’y a pas, aujourd’hui, en France, six personnes sur dix opposées au principe de la vaccination. Six sur dix, c’est contre les vaccins COVID-19 qui sont très nouveaux et dont on sait encore assez peu de choses. Il y a donc une crainte et une méfiance assez légitimes, somme toute, vis-à-vis des techniques utilisées (L’ARN messager, c’est très nouveau), ou encore vis-à-vis de potentiels effets secondaires. Aujourd’hui, on a seulement quelques mois de recul sur les injections tests qui ont réalisées. Que de nombreuses personnes se méfient et se montrent réticentes, c’est assez naturel. 

En revanche, il y a d’authentiques défiants vis de la vaccination et des vaccins en général. Et ils semblent être de plus en plus nombreux : 20, 25% selon différentes études effectuées. C’est beaucoup.

Et cette défiance est à l’origine de tout un tas de théories complotistes qui fleurissent sur internet, sur les réseaux sociaux. Certaines expliquent que les vaccins COVID-19 sont une manière de préparer les populations à l’injection future de nanoparticules afin d'instaurer un système généralisé de surveillance et d’asservissement.

La défiance vis à vis de la vaccination n'est pas nouvelle

Déjà au XIXème siècle? on accusait Pasteur de rechercher le profit et de créer des vaccins pour enrichir les laboratoires. L’affaire de la vaccination contre l’hépatite B en 1994 et 1998, encouragée par les autorités sur la base de fausses informations, a généré de fortes suspicions dans l’opinion (suspicions de collusion entre responsables politiques et laboratoires pharmaceutiques). Ces doutes et suspicions ont ensuite été alimentés par les gigantesques commandes de vaccins, en 2009, contre la grippe H1N1. Il n’y avait alors pas eu de pandémie.

Mais ce qui alimente également le potentiel refus de la vaccination, tout particulièrement en France, est un problème éminemment politique, lié à la confiance dans les institutions.

Plusieurs études montrent que le degré de confiance institutionnelle détermine l’acceptation des politiques publiques et en particulier des politiques sanitaires. C’est valable dans de nombreux pays. Or, en France, le degré de confiance dans nos institutions est particulièrement faible. Et surtout, il décroit depuis 20 ans.

Une enquête, réalisée par IPSOS, intitulée « fractures françaises », déjà évoquée précédemment dans ce billet, montre notamment que 78% des français interrogés pensent que les hommes et les femmes politiques agissent essentiellement pour leurs intérêts personnels.

L’acceptation de la vaccination est donc une question de confiance. Or, en France, on n’a pas confiance dans les institutions, pas confiance dans les responsables publics, pas confiance dans les médias. 

Reste tout de même encore une certaine confiance dans la science et la parole scientifique. C’est la raison pour laquelle Jean Castex s’est une nouvelle fois, hier soir, appuyé sur les scientifiques pour présenter sa stratégie vaccinale. Mais cette confiance s’amenuise, en particulier depuis quelques mois. On est passé de 95% en début d’année à 75% aujourd’hui. C’est un peu comme si, à l’image de la maladie, la défiance elle-aussi était contagieuse.

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