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Débat radio-télévisé France 2/ France Inter en vue des élections européennes 2019

Un débat sur l'Europe parasité

4 min
À retrouver dans l'émission

Le premier débat, hier soir, diffusé sur France 2 et France Inter et qui lance la campagne pour les élections européennes, s'est révélé un exercice un peu cacophonique, pas facile à suivre, parce qu'il a été parasité sur la forme et sur le fond par tout un tas de contraintes et de considérations.

Débat radio-télévisé France 2/ France Inter en vue des élections européennes 2019
Débat radio-télévisé France 2/ France Inter en vue des élections européennes 2019 Crédits : Bertrand Guay - AFP

D'abord, ils étaient douze candidats. C'est beaucoup. 

A raison d'un temps de parole limité à une minute trente par intervention, plus trente secondes de "droit de réplique", plus les questions des journalistes, le résultat est qu'un candidat pouvait espérer s'exprimer, au mieux, une fois toutes les vingt ou vingt-cinq minutes, qu'il fallait évidemment parfois jouer des coudes pour s'imposer Et que les présentateurs, notamment Thomas Sotto, faisait la police en permanence :

...Attendez, Madame Loiseau, vous êtes très en avance par rapport à Mme Aubry... Monsieur Dupont-Aignan, non, s'il vous plaît, vous êtes à quatre minutes, sinon vous allez nous quitter avant les autres, ce serait dommage... on va être plus sévère parce que vous ne respectez pas la ligne rouge, quand c'est rouge, maintenant, on coupe les micros s'il vous plait...

Si on fait les comptes, malgré un débat qui a duré environ trois heures dix, chacun des candidats a pu s'exprimer au total une dizaine de minutes. 

Ils le savaient à l'avance. 

Dès lors, pour émerger, pour apparaître au dessus du lot, un certain nombre d'entre eux avaient préparé quelques phrases courtes et percutantes destinées à marquer les esprits. 

Le communiste, Ian Brossat : 

On nous a vendu l'Europe et on nous refourgué le libéralisme. On nous a vendu ça comme un carrosse et on se retrouve avec une citrouille

Le souverainiste, Nicolas Dupont Aignan : 

L'Europe, c'est comme un immeuble. Le syndic de copropriété, avec les propriétaires, décide de supprimer toutes les portes des appartements. Est-ce que vous acceptez de supprimer les portes de votre appartement, de laisser juste un vague code en bas, parce qu'il n'y a pas de frontière européenne contrôlée et puis l'immeuble devient un squat et on vient se servir dans votre frigidaire. Ca suffit !

Pour essayer d'exister, il y avait aussi la possibilité de couper la parole des autres débatteurs. Certains, hier soir, s'en étaient fait une spécialité, notamment la candidate de la République En Marche, Nathalie Loiseau :  

... - quand on connait les conditions de l'élection de Monsieur Macron et ses amis du pouvoir, ceux qu' il engraisse... - N'insultez pas les électeurs, s'il vous plaît... - Madame Loiseau, Madame Loiseau s'il vous plaît. A chaque fois, vous les interrompez... - Oui, Madame Loiseau aime bien interrompre...

Globalement, il fallait s'accrocher et se concentrer pour ne pas se laisser perturber par tous ces éléments qui ont, sur la forme, parasité les discussions.  

Le débat de fond a également été parasité par des considérations qui n'ont rien à voir avec les projets européens des candidats  

Il y a tout un tas d'éléments qui sont venus perturber ce que les candidats pouvaient avoir à dire. 

D'abord, les petits candidats avaient besoin de combler à la fois un déficit de notoriété et un déficit de crédit dans l'opinion. 

Et du coup, ils martelaient à longueur d'intervention un message, toujours le même, comme s'ils voulaient l'imprimer dans l'esprit des téléspectateurs.  

C'était notamment le cas des souverainistes François Asselineau et Florian Philippot :  

- On a comme d'habitude, tous les cinq ans, le concours : à celui qui aura la meilleure autre Europe. Nous devons sortir de cette prison des peuples qui ne fonctionne pas"... - Moi, c'est simple, je veux que les gens vivent bien, vivent dans un univers sain. C'est faisable, mais c'est pas faisable avec l'Union Européenne

En comparaison, les candidats crédités de plus fortes intentions de vote dans les enquêtes d'opinion, ceux qu'on appelle un peu abusivement les "gros candidats", nous ont délivré hier soir des messages beaucoup plus alambiqués, parfois difficilement accessibles à l'entendement.  

François Xavier Bellamy, par exemple, pour Les Républicains, s'est prononcé contre l'intégration de la Serbie à l'Union Européenne alors qu'un certain nombre de membres du parti qu'il représente défendent la position inverse.  

Nathalie Loiseau, quant à elle, s'est déclarée favorable à l'interdiction du glyphosate en 2023. Et elle a expliqué par la suite que son programme prévoyait la réduction par deux de l'utilisation du glyphosate en France et en Europe pour 2025. Incompréhensible.  

Enfin, le candidat du Rassemblement National, Jordan Bardella, a condamné, déprécié, incriminé tout ce qui pouvait avoir trait à la construction européenne tout en expliquant qu'il ne souhaitait pas en sortir. Ce qui évidemment lui a été reproché :  

Les britanniques ont fait un choix. Ce choix doit être respecté... Aujourd'hui, l'élargissement est allé beaucoup trop loin, il est temps de dire "stop"... On se demande pourquoi le Front National ne propose pas de sortir de l'Union Européenne si le bilan est si positif...

L'explication à cette étrange prise de position du candidat du Rassemblement National est qu'il doit tenir compte de considérations qui n'ont rien à voir avec l'Europe.  La présidente de son parti, Marine Le Pen, conserve des ambitions nationales et vise la présidentielle de 2022. Or, elle a vu, face à Emmanuel Macron en 2017, que le fait de préconiser une sortie de l'Europe était une impasse. On a donc un discours qui ne correspond plus à sa conclusion.  

C'est un peu la même chose pour François Xavier Bellamy qui doit composer avec le passé de son parti et les échéances électorales et nationales à venir. 

Et on a vu avec Nathalie Loiseau le décalage entre le discours qu'elle estime devoir porter et l'exercice du pouvoir. 

C'est donc à travers tous ces filtres qu'il fallait écouter les candidats, hier soir, pour y comprendre quelque chose à ce qu'il propose et à la manière dont l'Europe s'inscrit dans leur champ de vision.

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