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Dans certains quartiers, "nous ne sommes plus en République", alerte Martine Aubry, la maire PS de Lille.

Insécurité : le PS a-t-il fait son aggiornamento ?

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Les déclarations alarmistes sur la situation dans les "quartiers" se multiplient.

Dans certains quartiers, "nous ne sommes plus en République", alerte Martine Aubry, la maire PS de Lille.
Dans certains quartiers, "nous ne sommes plus en République", alerte Martine Aubry, la maire PS de Lille. Crédits : François Lo Presti - AFP

Dans le tumulte des petites phrases et du buzz, il est des déclarations qui passent injustement sous les radars. Elles sont pourtant plus instructives que la plupart des débats sitôt éclos, aussitôt fanés. Il en va ainsi des déclarations de deux personnalités issues du PS sur la sécurité. 

D'abord Martine Aubry : souvenez-vous, la maire de Lille a souvent été accusée de laxisme, d'angélisme par ses adversaires de droite. Pourtant cette semaine, ce n'est pas exactement la tonalité de ce discours de Martine Aubry : 

"Il faut absolument que nous ayons plus de policiers nationaux mais aussi de CRS, a-t-elle estimé lors d’une conférence de presse à Lille. Non pas que je sois une fan absolue des CRS partout mais dans  certains cas, je pense aux tours de Lille-sud qui sont tenues par des dealers. Il n’est pas pensable que dans une ville, il y ait des tours où des assistantes sociales, des médecins ne puissent plus  renter, où les amis, les parents, les familles qui y habitent ne  puissent plus rentrer. On n’est plus dans une République, voilà."

Le constat n'est pas si différent chez une autre personnalité issue du Parti socialiste, qui s'en est émancipée : Gérard Collomb. On s'est bien sûr beaucoup intéressé à son départ, à son ping pong inédit avec le président de la République. On a moins relevé ce passage, dans son dernier discours, sur le perron du ministère, comme un testament crépusculaire. 

"Le terme de reconquête républicaine prend, dans ces quartiers, tout son  sens. Parce que oui aujourd'hui, c'est plutôt la loi du plus fort qui  s'impose, [celle] des narcotrafiquants, des islamistes radicaux, qui a  pris la place de la République".

Martine Aubry et Gérard Collomb nous décrivent un pays au bord de la rupture, dont des parcelles entières ne sont plus sous l'autorité de la République. Sur le fond, chacun jugera la pertinence de ces constats, de la justesse de ces mots. Mais on ne peut s'empêcher de penser au chemin qu'ont fait les responsables de la gauche sur la question de la sécurité. 

Qu'il semble loin, le temps où Lionel Jospin se bornait à évoquer un simple « sentiment d'insécurité », c'est à dire une notion parfaitement subjective voire imaginaire (même si le constat était en réalité plus nuancé). 

Qu'il semble loin, le temps où Ségolène Royal avait failli être brûlée en place publique par ses camarades pour avoir fait campagne sur « l'ordre juste ».

Qu'il semble loin, le temps où Jean-Pierre Chevènement déclenchait une polémique nationale parce qu'il employait le mot de « sauvageons » pour qualifier les jeunes délinquants. 

Désormais, voici l'ancien première secrétaire du PS qui explique que des bandes régulent la vie publique. Par comparaison, le terme de « sauvageons » semble presque un euphémisme bucolique. Le PS est-il condamné à répéter ce que disait déjà la droite il y a dix ans ? 

Comment comprendre de cette évolution ? 

Il y a plusieurs hypothèses. Est-ce à dire que pendant des années, le PS a sous-estimé la gravité de la situation, et qu'il se réveille enfin ? 

Est-ce uniquement parce qu'il est désormais dans l'opposition, qu'il peut se permettre de charger le pouvoir central sur ses lacunes sécuritaires ? 

Est-ce la victoire idéologique interne d'un courant socialiste sur un autre (les "sécuritaires" contre les "sociétaux"), mettant fin à cette querelle imprécise où l'on met en balance l'ordre et le respect des libertés publiques ? 

La situation de certains quartiers est-elle devenue si intenable qu'il serait désormais impossible de la nier ? 

Il y a en tout cas quelque chose qui ressemble à la disparition d'un complexe à gauche, un complexe à enfourcher les thèmes de sécurité, de discipline et d'ordre. 

On le constate en lisant Le Figaro de ce matin. Le quotidien revient sur le nouveau système de verbalisation mis en place par Anne Hidalgo. Un système plus précisément de vidéo-verbalisation. Autrement dit, les agents de la ville utiliseront les caméras de surveillance pour vous envoyer des PV. Circulez dans une voie de bus, refusez la priorité à un piéton sur un passage, et hop, une amende tombera du ciel. Ou plutôt de la grande salle de commandement, explique le Figaro, qui la qualifie de « Big brother numérique ». Néanmoins, qui entend la gauche dénoncer cette vaste mise en surveillance électronique ? Qui entend le Parti socialiste protester contre ce contrôle à distance des faits et gestes via des caméras ? 

On se souvient pourtant des cris d'orfraie au PS quand Christian Estrosi avait fait la même chose il y a quelques années à Nice. La sécurité : voilà un nouveau clivage qui est peut-être en train de s'amoindrir, sinon de disparaître.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
41 min

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