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Gérard Larcher, Edouard Philippe, François de Rugy, Emmanuel Macron et le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler évoquent le projet de réforme des institutions, le 30 mars 2018.

Institutions : le risque d'une réforme en chambre

3 min
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Elle se voulait rapide et audacieuse ; elle risque d'être longue et laborieuse. La réforme des institutions voulue par Emmanuel Macron bute sur le scepticisme du Sénat.

Gérard Larcher, Edouard Philippe, François de Rugy, Emmanuel Macron et le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler évoquent le projet de réforme des institutions, le 30 mars 2018.
Gérard Larcher, Edouard Philippe, François de Rugy, Emmanuel Macron et le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler évoquent le projet de réforme des institutions, le 30 mars 2018. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Il faut lire l’interview de Gérard Larcher ce matin dans le Figaro. Personne n’est surpris d'entendre l’habile et débonnaire président du Sénat plaider contre la diminution de 30% du nombre de parlementaires. Élu des Yvelines, il craint que la "France des territoires", selon son expression, soit la grande oubliée du projet. Il est plus satisfait par la dose de proportionnelle minimale choisie par Emmanuel Macron : 15%. Gérard Larcher affirme avoir été entendu sur ce point. Bref, le président du Sénat, 2ème personnage de l'Etat, élu du parti Les républicains, compte bien défendre jusqu'au bout ses positions. 

A dire vrai, cette interview est à la fois rassurante et désolante.    Rassurante, parce que cela prouve, dans ce "nouveau monde" politique qui se veut si véloce, si efficace, parfois si sûr de fait, qu’il reste bel et bien des contre-pouvoirs.    Désolante, parce que cela donne l’image d’un marchandage institutionnel, mâtiné d’entre-soi. Et l'on comprend, à lire Gérard Larcher, que c'est un long chemin de croix qui attend cette réforme des institutions. 

Pourtant, le projet du gouvernement contient des propositions relativement consensuelles...

La dose de proportionnelle, Nicolas Sarkozy et François Hollande l’avaient promise sans la faire. Les éléphants socialistes qui ont rejoint Emmanuel Macron le savent. 

Autre exemple : la suppression de la Cour de justice de la République fait largement consensus dans la classe politique. 

La baisse du nombre de parlementaire quant à elle a irrigué les programmes des principaux candidats à la présidentielle. Et pourtant, il semble désormais acquis que cette réforme sera laborieuse à adopter. Techniquement, il faut que le Sénat, à droite, vote les textes dans les mêmes termes, que l’Assemblée nationale macroniste. 

Pour les sujets qui touchent directement à la constitution, il faut même rassembler les 3/5ème des parlementaires. 

Pour ces raisons, Édouard Philippe se veut très prudent sur le calendrier. Tel le chef de chantier qui rallonge régulièrement les délais, le Premier ministre évoque désormais une adoption de la réforme en 2019. La bataille sera longue. Emmanuel Macron espérait le pont d’Arcole. Ce sera davantage la longue marche d’Hannibal avec ses éléphants. 

Cette laborieuse réforme risque aussi de donner l'impression que le gouvernement met de côté les sujets de préoccupation quotidienne...

En théorie, toutes les mesures proposées dans ce projet sont plébiscitées dans les sondages (en particulier la réduction du nombre de parlementaires). Mais en sera-t-il de même dans la pratique ? Ce long chemin de croix institutionnel ne lassera-t-il pas les Français ? Ne va-t-il pas donner à voir un monde politique qui se regarde le nombril ? Tenez, à quelques kilomètres seulement de la terre d’élection de Gérard Larcher, dans les Yvelines, c’est une école maternelle qui vient de brûler à Chanteloup-les-Vignes. Le journal Le Monde (article réservé aux abonnés) raconte le soin presque méticuleux avec lequel l’incendie a été allumé. Il relate aussi les graffitis alentour, très violents envers la maire de Chateloup, menacée et invitée à quitter la ville. Comment ne pas voir un écho à la démission la semaine dernière du maire de Sevran en Seine-Saint-Denis ? Stéphane Gatignon disait sa lassitude et son impuissance. Face à cela, que vaut le marchandage des 15 ou des 20% de proportionnelle ? Que vaut le ravaudage de tel ou tel alinéa secondaire ? Le symbole risque d'être terrible : alors que la contestation progresse, que l'urgence sociale s'affirme, le gouvernement serait bloqué sur des négociations sans fin. Comment ne pas penser au débat sur la déchéance de nationalité : une initiative présidentielle qui devient au fil des blocages le pire des boulets ? Ce nouveau monde rutilant du macronisme, de la "conquête" et des "start-up," serait ainsi finalement coincé dans un étau entre Gérard Larcher et François Bayrou ? 

Il est à craindre que les représentants donnent l’image de palabrer en vase clos, de marchander en chambre. Et de réparer les serrures du Parlement pendant que dehors quelque chose gronde...

Frédéric Says

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