LE DIRECT
Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le jeudi 5 décembre 2019.

Retraites : le bras de fer ou le gant de velours ?

3 min
À retrouver dans l'émission

La première option se dessine, au vu de l'ampleur des cortèges et de l'intransigeance de l'Exécutif.

Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le jeudi 5 décembre 2019.
Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le jeudi 5 décembre 2019. Crédits : Philippe Labrosse / Hans Lucas - Radio France

S'il est difficile de prévoir comment va tourner le mouvement social, on peut déjà dégager un certain nombre de constats qui entaillent l'optimisme du gouvernement. D'abord, ce dernier a perdu la bataille des mots. Lui aime parler de "transformation", d'"adaptation", mais concernant les retraites, le terme qui s'est imposé, c'est "réforme", ce bon vieux mot qui fleure les cortèges et les banderoles. Ensuite, les chiffres : au minimum 800 000 personnes, on l'a dit, affluence importante pour un jeudi de décembre. Sans oublier une mobilisation record dans l'Education nationale depuis 2003, bref les faits sont là. 

Le nombre de manifestants dans les grandes villes ce jeudi 5 décembre
Le nombre de manifestants dans les grandes villes ce jeudi 5 décembre Crédits : Visactu

L'exécutif a beau plaider sa cause, réaffirmer que son projet est ambitieux, qu'il est systémique et non paramétrique, c'est-à-dire qu'il vaut mieux la chirurgie plutôt que les sparadraps, le corps social garde de sérieux doutes sur le bien-fondé de l'opération. Alors tel que le bras de fer est engagé, il ne peut y avoir de solution médiane, modérée, en demi-teinte. 

Parce que d'un côté Emmanuel Macron parle des retraites comme de la "mère des réformes", je cite le Figaro de ce matin. 

Dans le camp d'en face, les manifestants n'ont eu qu'un mot à la bouche : retrait. Retrait total de la loi. Certains ont en mémoire l'époque Chirac et le CPE, ce nouveau type de contrat pour les jeunes, très décrié. Après plusieurs semaines de blocages et de défilés, le président Chirac avait été contraint de reculer, sans vraiment l'admettre : 

J'ai décidé de promulguer cette loi, mais j'ai entendu, également, des inquiétudes qui s'expriment chez de nombreux jeunes et je vais y répondre. C'est pourquoi je demande au Gouvernement de préparer immédiatement deux modifications de la loi sur les points qui ont fait débat. 

Et la loi avait été tout simplement abrogée. Mais si les manifestants se raccrochent à cette jurisprudence, pour prouver que le recul est possible, ils doivent aussi admettre que cet exemple est plutôt isolé ces dernières années, c'est même un contre-exemple. 

Les manifestations monstres n'ont pas réussi à bloquer la réforme des retraites de 2003, elles n'ont pas empêché la Loi El Khomri sous François Hollande, elles n'ont pas perturbé les ordonnances sur le code du travail plus récemment. 

Pas plus, d'ailleurs, que les manifs n'ont entravé la réforme Sarkozy des régimes spéciaux en 2008. Tiens, au passage, à l'époque, on nous disait que c'en était fini des régimes spéciaux, les voici pourtant qui reviennent sur la table. Mystère et permanence de la vie politique française. 

Que peut faire le gouvernement ? 

Déjà sortir d'une ambiguïté : cette reforme vise-t-elle, à court terme, à faire des économies ou pas ? Est-ce une réforme d'architecture, ou une réforme financière ?  

Alors si le gouvernement ne sort pas de cette ambiguïté jusqu'ici, c'est qu'il est un peu coincé. D'un côté, son seul allié syndical, la CFDT considère comme une ligne rouge la tentation de chercher des économies, Laurent Berger l'a dit hier sur France Culture. Mais de l'autre côté, si le gouvernement renonce à cette dimension d'équilibre financier, cela signifie qu'il n'y a pas péril en la demeure. Et il devient alors compliqué d'expliquer aux Français pourquoi il faudrait tout changer. 

Hier, le gouvernement a adopté une stratégie de communication assez simple : reconnaître le succès numérique de la mobilisation. Accepter le chiffre élevé du nombre de manifestants. Il espère ensuite une décrue au fil du mois de décembre. Pour pouvoir dire que le mouvement s'affaiblit. 

Avec, en arrière plan, l'idée que les arbitrages rendus mi-décembre et les fêtes de fin d'année tariront l'angoisse et la colère. 

Calcul très optimiste pour l'exécutif. Car l'ampleur des cortèges hier le montre. Le bras de fer sera musclé. Ou, si l'on veut le dire avec les mots savants de la réforme : la mobilisation n'est pas paramétrique, elle est bien "systémique". 

Chroniques

8H19
23 min

L'Invité(e) des Matins (2ème partie)

Philippe Lançon, l’écriture et la vie
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......