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Confiance dans les institutions : le CEVIPOF a comparé la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Il en ressort un portrait assez sombre de notre pays.

Plongée dans la France découragée

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Une étude menée par le CEVIPOF et OpinionWay renseigne sur la désillusion démocratique française.

Confiance dans les institutions : le CEVIPOF a comparé la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Il en ressort un portrait assez sombre de notre pays.
Confiance dans les institutions : le CEVIPOF a comparé la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Il en ressort un portrait assez sombre de notre pays. Crédits : Sébastien Bozon - AFP

Quand Marianne se regarde dans le miroir, cela fait peur. Les sondages sur l'état du Pacte républicain en France montrent ceci : lassitude, défiance et rejet. 

Ce n'est pas une nouveauté, mais la dernière livraison de l'étude du CEVIPOF (Centre de recherche politique de Sciences Po) vient le documenter - même si il y a aussi quelques motifs d'espoir, on y reviendra. 

Globalement, le tableau est gris. Les Français sondés sont 2/3 à estimer que la démocratie fonctionne mal. La même question a été posée à nos voisins allemands et britanniques : eux sont moins de 50% à partager ce sentiment. 

Un quart des Français di même ressentir du "dégoût" pour la chose politique, contre seulement 8% en Allemagne. 

Et quand le sondage porte sur la confiance dans l'institution gouvernementale, là encore le tableau est plus sombre en France que chez nos voisins. 27% de confiance dans le gouvernement chez nous ; contre plus de 40% en Allemagne et en Grande-Bretagne. 

Y a-t-il une préférence française pour le rejet ? Le Gaulois est-il par essence "réfractaire", comme l'avait affirmé Emmanuel Macron ?

En réalité, plus si réfractaires. Ce qui est frappant dans cette étude, c'est que la méfiance touche non seulement les institutions et le vote... mais elle s'applique aussi aux formes d'actions contestataires, comme les manifestations, les boycotts, la désobéissance...

Par exemple : manifester, est-ce un bon moyen de se faire entendre ? Seuls 23% des sondés pensent que oui, c'est un plus bas historique.

- Boycotter des entreprises ? 28% y croient, là encore plus bas historique. 

- Faire grève ? 23 % croient à ce moyen d'action, c'était 27% il y a un an. 

Comme si le mécontentement ne trouvait plus de moyen d'expression, plus de débouchés, ni par le vote, ni en dehors du vote. 

Ce n'est ni la violence ni l'anarchie, mais l'indolence et l'apathie.

Ou plus précisément, l'acédie. L'acédie, c'est cette mélancolie, mélange de découragement et d'indifférence. 

On en trouve un exemple d'acédie dans les archives de l'INA, avec ce jardinier interrogé par le journal télévisé à l'occasion de la Saint-Valentin. Un micro-trottoir dont les réponses ont fait le bonheur des internautes :

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Méfiance envers l'autre

Ce qui parachève cette méfiance, c'est qu'elle ne s'adresse pas qu'aux institutions, mais qu'elle affecte les individus entre eux. 

Pour 2/3 des Français, je cite, « la plupart des gens cherchent à tirer profit les uns des autres ». Tandis qu'en Allemagne et au Royaume-Uni, cette vision est minoritaire. 

Ce qui crée une sorte de cercle vicieux du repli. Si vous êtes témoin d'une agression, vous intervenez d'autant plus que vous êtes sûrs que d'autres vont intervenir aussi. Et inversement. 

De même, il est saisissant de lire que les Français se disent plus inquiets quant à leur mode de vie, qui serait menacé. 

Bien plus inquiets que les Britanniques, qui ont pourtant enclenché le processus du Brexit. 

A ce propos, il est intéressant de constater que l'Union européenne est une institution plutôt populaire en France ; ou plus précisément, moins impopulaire que beaucoup d'autres. L'UE est jugée plus positivement que le Sénat, que l'Assemblée, que le gouvernement. 

Une bonne nouvelle, le sentiment que la situation économique s'améliore, est en nette hausse dans notre pays. Mais l'hirondelle du PIB ne fait pas le printemps du bonheur collectif. Cela ne suffit à dérider nos citoyens. 

Globalement, cette étude dresse, et confirme, le portrait d'une France où l'on est sombre pour l'avenir de la société, mais globalement optimiste pour soi-même. Plus confiant dans l'aptitude individuelle que collective à progresser. 

Dès lors, pour les candidats aux municipales, le plus dur commencera après le 22 mars. 

Les gagnants pourront se satisfaire de leur score, bien sûr ; mais il ne faudra jamais manquer de le pondérer avec les abstentionnistes et les non-inscrits. 

Autrement dit, ceux qui se sont mis hors-jeu de la démocratie.

Frédéric Says

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