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Donald Trump et Emmanuel Macron à Biarritz le 26 août 2019

Entre la France et l'Amérique, l'amour vache

4 min
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Les relations entre la France et les Etats Unis s'inscrivent à la fois dans le cadre d'une amitié et d'un partenariat sans cesse réaffirmés et de critiques et railleries sans cesse renouvelées.

Donald Trump et Emmanuel Macron à Biarritz le 26 août 2019
Donald Trump et Emmanuel Macron à Biarritz le 26 août 2019 Crédits : Nicholas Kamm - AFP

Depuis trois jours, la France vit à l’heure américaine. Les médias français se passionnent pour l’élection présidentielle. Les émissions spéciales s’enchainent. Des dizaines de journalistes français s’affairent sur place. Radio France, à elle seule, en a envoyé une quinzaine. Et tout le monde, ou presque, en France, sait que l’adversaire de Donald Trump s’appelle Joe Biden.

Il n’y a pas qu’en France, d’ailleurs, que ce scrutin est suivi, scruté, disséqué. Les Etats Unis restent la première puissance mondiale. Ils font toujours figure de leader des démocraties occidentales. Et malgré leur désengagement sur un certain nombre de théâtres d’opérations, ils continuent à peser sur l’avenir d’un monde dont on constate, jour après jour, qu’il apparaît de plus en plus dangereux et de plus en plus fracturé sur le plan géopolitique.

Pour toutes ces raisons, que l’on soit français, chinois, russe ou britannique, ça nous nous préoccupe de savoir qui les américains vont élire à la tête de leur pays. Car on peut raisonnablement imaginer que l’ordre ou le désordre mondial ne sera pas tout à fait le même selon que l’Amérique aura choisi Trump ou Biden, selon qu’elle aura repeint la Maison Blanche en rouge Républicain ou en bleu Démocrate.

Pour nous français, les Etats Unis attirent tout particulièrement notre attention

L’Amérique exerce sur nous une certaine fascination. 

Une enquête réalisée par l’institut IFOP, en 2008, montrait que les mots qu’emploient le plus souvent les français quand on leur demande de parler des Etats Unis sont la "puissance" et la "grandeur". Il y a donc une forme d’admiration pour celui que nous considérons comme le grand frère d’outre atlantique.

Mais c’est assez ambivalent car nous nous adonnons volontiers à la moquerie et à la critique, ce qu’ils nous rendent bien, d’ailleurs, à travers ce qu’on appelle là-bas le "french bashing".

Nous les considérons comme d’horribles capitalistes. Ils pensent que nous sommes d’affreux gauchistes. Certains considèrent même la France comme un pays communiste.

Nous critiquons leur sans-gêne et leur impérialisme. Ils nous accusent d’être arrogants et donneurs de leçons.

Nous les voyons comme des puritains qui jurent sur la bible à la moindre occasion. Nous sommes pour eux des fainéants qui travaillons 35 heures par semaine et faisons grève à tout bout de champ.

Selon un certain nombre de chercheurs, ça s’expliquerait par le fait qu’entre les Etats Unis et la France, deux modèles idéologiquement très différents s’affrontent : 

D’un côté, le modèle américain capitaliste, dérégulateur, s’appuie sur un Etat le moins interventionniste possible. De l’autre, le modèle français légifère à tout va et a besoin d’un Etat fort et protecteur pour fonctionner.

Par ailleurs, ces deux modèles constituent deux systèmes politico-culturels à prétention universaliste. Ce qui fait que la critique et le dénigrement, entre eux et nous, sont inévitables.

Je vous passe nos reproches récurrents sur l’utilisation des armes à feux et nos railleries sur la bêtise supposée de leurs présidents quand ils sont républicains. On peut citer, pour leur part, deux épisodes assez notables de ressentiment anti-français ces dernières années.

Le premier, c’est quand Dominique de Villepin leur a fait la leçon sur la guerre en Irak en 2004. Un certain nombre de restaurateurs ont alors débaptisés les frites qu’on appelle là-bas les "french fries". Ils ont banni le mot "french "et les ont renommé les "freedom fries", les "frites de la liberté". 

Et puis en 2011, Quand Dominique Strauss Kahn a croisé Nafissatou Diallo dans un Sofitel à New York, de nombreuses caricatures ont représentés DSK sous les traits de "Pepe The Pew". "Pepe The Pew",  c’est un putois, comme son nom l’indique ("Pépé le putois"), très célèbre dans la pop culture américaine. Il est sale, il pue et il essaie en vain de séduire toutes les femelles sconses qui passent à sa portée.

Les alliances franco-américaines, sur le plan diplomatique, sont elles aussi, ambivalentes

Sur le plan diplomatique, entre français et américains, c’est l’amour vache. 

Officiellement, nous nous aimons beaucoup et nous sommes d’éternels alliés. Les présidents américains qualifient les français de "oldest allies", c’est-à-dire de "plus vieux alliés". Les anglais sont qualifiés de "closest allies", les "plus proches". Nous, nous sommes "the oldest", "les plus vieux".

Ça vient du fait que le Marquis de Lafayette est allé, au nom d’une aspiration commune pour la liberté, donner un coup de main au moment de la guerre d’indépendance, à partir de 1777.

En réalité, tout ça est un mythe. Si les français ont aidé les américains, à l’époque, ce n’était pas du tout par idéalisme, c’était pour prendre leur revanche sur l’ennemi d’alors, l’ennemi anglais.

En retour, c’est la même chose, les américains nous aiment de loin. Si les Etats Unis sont entrés en guerre en 1917, ce n’est pas vraiment pour venir sauver l’ami français, c’est avant tout parce que les sous-marins allemands commençaient à couler leurs navires.

Et en 1941, l’entrée en guerre des américains se fait en réponse à l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, pas pour venir à la rescousse du "oldest allie", du "plus vieil allié". 

Voilà. Nos rapports avec les américains sont complexes, ambivalents, faits de haine et d’amour réciproques. Mais les liens sont réels et anciens. 

D’ailleurs, à ce propos, savez-vous que Joe Biden, le peut-être futur président, a des origines (certes irlandaises) mais aussi françaises ? Son deuxième nom, c’est "Robinette". Il s’appelle Joseph Robinette Biden. Et Robinette, "it’s french", avoue-t-il. Ça vient de sa "grand-mère" et il "serait arrivé avec Lafayette".

En fait, pas du tout. Robinette, c’est le nom d’un huguenot français qui aurait émigré aux Etats Unis en 1682. Joe Biden a donc du sang français dans les veines. "It’s family", c’est un cousin d’Amérique. Mais attention, il ne faut pas le crier trop fort. Là-bas, ça pourrait le desservir.

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