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L'Exécutif a semblé réagir à contre-temps, en sous-estimant l'intensité du mouvement des gilets jaunes.

Pourquoi le gouvernement n'a-t-il rien vu venir ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le retard dans les réponses face aux gilets jaunes pose la question d'une déconnexion de l'Exécutif.

L'Exécutif a semblé réagir à contre-temps, en sous-estimant l'intensité du mouvement des gilets jaunes.
L'Exécutif a semblé réagir à contre-temps, en sous-estimant l'intensité du mouvement des gilets jaunes. Crédits : Loïc Venance - AFP

L'heure est à l'urgence, pas encore au bilan. Mais quoi qu'il se passe dans les jours à venir, l'exécutif devra tenter de comprendre comment il a pu ne pas sentir la colère monter. Bien sûr, nul n'est devin, et personne ne peut anticiper un mouvement d'ampleur nationale à partir de quelques pages facebook. Néanmoins, il faut revenir sur l'enchaînement des faits pour mieux mesurer le raté extraordinaire dans la perception du ras-le-bol.

Il y a eu en réalité trois phases. 

Première phase. Le déclenchement de la polémique à propos des taxes sur le carburant. Nous sommes avant le 17 novembre, la mobilisation est seulement virtuelle. Et même si les appels à manifester se multiplient déjà, l'exécutif n'a alors qu'un seul mot d'ordre : "j'assume".

Deuxième phase. Les ronds-points sont occupés, il est acquis que le mouvement est massif, mais on ne sait pas s'il va durer. Là le gouvernement change d'élément de langage. Le mot de cette deuxième phase, c'est "j'écoute".

Troisième phase. La poursuite du mouvement et l'apparition de violences. Cette fois, le gouvernement consent à faire un geste sur les taxes : modulation, suspension, puis... annulation : "cette taxe a cristallisé la colère des Français. Aucune taxe ne mérite de mettre en cause l'unité nationale. Et donc, elle est abandonnée". (Edouard Philippe, 6 décembre, 20h de TF1) 

"J'assume - j'écoute - je lâche". Voilà donc cette valse à trois temps, cette valse-hésitation, où l’Exécutif a toujours semblé avoir un temps de retard. Il a répondu en permanence avec une semaine de décalage, sans comprendre que le mouvement avait grossi et qu'il avait changé. 

Autrement dit, le gouvernement a assumé quand il fallait écouter ; il a écouté quand il fallait concéder ; et désormais il concède là où il faut tout changer. 

Capteurs

Que nous dit, au fond, la sous-estimation systématique de ce mouvement des gilets jaunes ? Elle révèle une forme de déconnexion. Ou au moins un déficit de capteurs au sein de la société française. Pourquoi ? On peut avancer plusieurs hypothèses.

D'abord, l’Exécutif n'a pas cru que cette colère passerait du virtuel au réel. Hors micro, un ministre nous en parlait il y a quelques jours : selon lui, cet appel à revêtir un gilet jaune ressemblait aux autres appels régulièrement partagés sur internet (sur le coût des élus, le refus des migrants, etc). Des cyber-indignations récurrentes qui ne se transforment pas en manifestations réelles. La machine de la République en Marche, familière des réseaux sociaux (autant par affinité générationnelle que culturelle) n'a pas envisagé que la baffe soit bien réelle.    

Une autre explication : le parti macroniste n'est pas suffisamment bien implanté dans le pays. Tout récent, tout jeune, tout neuf, il ne dispose pas des cohortes d'élus locaux qui peuvent lancer l'alerte, prévenir à temps que la coupe est pleine. Les députés En Marche, élus l'an dernier, étaient pour la plupart dépourvus d'expérience élective. Sans relais solides dans les territoires qu'ils représentent. On pourrait parler d'un parti-nénuphar, qui flotte mais n'a pas de racines. Et les rares personnalités qui ont tiré le signal d'alarme ont été priés de se taire. Pensez à Gérard Collomb, rapatrié à Lyon peu après cette mise en garde visionnaire : "Les provinciaux, et j’en suis, ont déjà une tendance naturelle à  considérer que les Parisiens ont la grosse tête et les snobent. Or des expressions comme "la nouvelle grammaire de la politique" ou la "start-up nation", ils ne s’y reconnaissent pas…".

CSP

Troisième hypothèse : le parti est sociologiquement coupé des gilets jaunes. Les députés macronistes, dans l'immense majorité des CSP diplômés et urbains, n'ont pas expérimenté eux-même, dans leur entourage, dans leur famille, chez leurs amis, le ras-le-bol des automobilistes, l'urticaire provoqué par la hausse des taxes et la limitation à 80 kilomètres/heure. 

Quatrième hypothèse : l'orgueil. Un orgueil qui a réussi, jusqu'à présent, au chef de l’État. La campagne présidentielle a consacré son talent et sa formidable intuition politique. La première année de mandat, sans nuages, a confirmé son leadership. Dès lors, la crainte, la peur, l'humilité étaient peut-être considérées comme des poids dispensables, superflus pour le "marcheur" vaillant et intrépide. Si cette dernière explication est la bonne, les événements actuels auront été une leçon. Une leçon mais à quel prix ?

Frédéric Says

Chroniques
8H19
46 min
L'Invité(e) des Matins
Comment naît la violence dans les mouvements sociaux ?
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