LE DIRECT
Cartouches éjectées d'un fusil

Le ball-trap des municipales

5 min
À retrouver dans l'émission

Depuis le 26 mai dernier, la chasse est ouverte. Une chasse à laquelle s'adonne le président de la République, Emmanuel Macron, ainsi qu'une partie de son gouvernement. Avec en gibier de prédilection, les maires de droite. Et depuis quelques jours, ça tombe comme à Gravelotte.

Cartouches éjectées d'un fusil
Cartouches éjectées d'un fusil Crédits : Ben Stansall - AFP

Le Journal Le Parisien nous annonce ce matin qu'une tribune sera publiée dans quelques jours. 

Une tribune de soutien à la politique menée par Emmanuel Macron cosignée par une quarantaine de maires jusqu'ici étiquetés à droite parmi lesquels on trouve les maires d'Angers, d'Orléans, de Tours, de Vannes, de la Roche-sur-Yon, entre autres.  

Tous répondent à l'appel au ralliement lancé, parfois sous forme de menace, par les ministres issus des rangs de la droite qui avaient déjà rejoints Emmanuel Macron en 2017, Edouard Philippe, Bruno Le Maire, Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin.  

"Messieurs, maintenant, il faut choisir - leur disent-ils en substance - soit c'est avec nous, sois c'est contre nous."  Et beaucoup de maires sont en train de choisir de rallier le camp du gouvernement à l'image du maire de Chaville près de Paris, Jean Jacques Guillet : 

Le problème des Républicains aujourd'hui : Il n'y a pas de vrai leader. Il n'y a pas véritablement de ligne politique qui soit définie. Et il n'y a pas une stratégie qui soit clairement rassembleuse. Donc je ne peux me reconnaître dans "Les Républicains".

Si le phénomène s’accélère depuis le 26 mai, depuis les européennes, il n'est pas nouveau.  Beaucoup avaient plus ou moins anticipé ce qui est en train de se passer mais ne savaient pas trop s'ils devaient rallier la majorité, rester prudents, tout en donnant quand même quelques signes encourageants.  

Le plus bel exemple de ces atermoiements, on le trouve avec Christian Estrosi, le maire de Nice.  

Au mois de janvier, Christian Estrosi n'était plus vraiment en phase avec sa famille politique, "Les Républicains", et il l'a fait savoir en déclarant toute l'inimitié qu'il portait à la tête de liste François Xavier Bellamy :  

Je ne peux pas dire qu'il me satisfasse. (C'est) quelqu'un d’extrêmement conservateur, quelqu'un qui a des positions que je ne partage pas du tout, à la fois sur l'IVG, sur le mariage pour tous, sur la PMA.

Et puis quelques jours avant les élections européennes à l'occasion desquelles on pensait que la droite pouvait redresser la tête, Christian Estrosi avait changé d'avis :  

La campagne que mène François-Xavier Bellamy répond aux aspirations qui sont les miennes.

Oui mais voilà, aux européennes, la droite républicaine s'est effondrée. Bellamy a fait 8,5%. 

Ce qui a entrainé une nouvelle circonvolution de Christian Estrosi.   Il a de nouveau pris ses distances avec son parti politique en expliquant à quel point il apprécie l'actuel Premier ministre, Edouard Philippe, ainsi que le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin :  

J'ai partie de ceux qui, au Bureau Politique des "Républicains", au lendemain de l'élection présidentielle, (depuis je ne fais plus partie du Bureau Politique, mais) j'ai fait partie de ceux, avec Jean-Pierre Raffarin, avec Dominique Bussereau qui se sont opposés à l'exclusion d'Edouard Philippe et de Gérald Darmanin.

La politique, parfois, c'est comme le tennis. Un coup à gauche, un coup à droite, un coup au centre et vous avez une chance de remporter le point.  

Au lendemain des européennes, on est déjà dans les municipales  

Ces ralliements s'expliquent à la fois par les récents résultats électoraux au niveau local et par le mode de scrutin des municipales qui veut qu'une liste qui fait 10% au premier tour peut se maintenir au second tour (elle a en quelque sorte un pouvoir de nuisance).  

Prenez Chaville, par exemple, avec le maire Jean Jacques Guillet. Aux précédentes municipales, en 2014, il avait été élu au premier tour avec 53% des voix. En face, la gauche était divisée, il y avait trois candidats, mais à eux trois, ils avaient réuni 47% des suffrages.  

Or que s'est-il passé 5 ans plus tard, le 26 mai 2019 ? 

La liste de la majorité La République En Marche a fait 34%, les Verts 19% et les Républicains 12.  

Toutes les cartes sont rebattues. Certes le maire fera valoir son implantation locale et réunira sur son nom un certain nombre de voix. Mais si En Marche présente un candidat face à lui, attention danger. Le marcheur fait 10%. Il se maintient. Et patatras. C'est la Bérézina.  Et donc, il est urgent de négocier avec En Marche au minimum un pacte de non agression.   

Pour Nice, c'est différent, le Rassemblement National, aux européennes, y a fait 28% et la République En Marche 22.  

Seulement, à Nice, une guerre fratricide s'annonce entre les deux barons locaux : le maire actuel, Christian Estrosi, et le "Monsieur Sécurité" de la droite républicaine, Eric Ciotti.  

Ciotti devrait agréger sur son nom une partie des voix du Rassemblement National. Estrosi a donc besoin, pour sauver son siège, de faire alliance avec les "Marcheurs".  

Et vous avez comme ça de très nombreuses situations locales où les maires se retrouvent en danger en raison de la volatilité de l'électorat qu'ont dévoilé les élections européennes.  

Et du coup, "En Marche !" est en position de réclamer des alliances. Pas nécessairement pour conquérir des villes mais pour faire élire des conseillers municipaux.  Ceux-ci seront des relais locaux et deviendront ce qu'on appelle de "grands électeurs" qui pourront eux mêmes élire des sénateurs l'année suivante, en 2021.  

Vous voyez là l'effet domino. Le résultat des européennes donne le coup d'envoi à une potentielle implantation locale du parti présidentiel. Et en vue de 2022, pour Emmanuel Macron, c'est capital.  C'est la raison pour laquelle on assiste depuis quelques jours au grand ball-trap des municipales.

Chroniques

8H19
25 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Comment chroniquer l’époque ?
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......