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Ces idées autrefois jugées saugrenues... que la crise sanitaire a rendues naturelles

3 min
À retrouver dans l'émission

Les crises sanitaire et économique ont eu pour effet de bousculer des certitudes. Tenez, les Etats-Unis lâchent le totem des brevets sur les vaccins. Et ce n'est pas le seul changement...

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- Crédits : Isabelle Pavia - AFP

Joe Biden, ce cryptocommuniste ! Les Etats-Unis soutiennent donc une levée des brevets sur les vaccins. Autrement dit, les laboratoires renonceraient à leur droit de propriété intellectuelle.  

C'est peu dire que cette annonce a pris par surprise les dirigeants du monde entier. Washington passe habituellement pour inflexible sur la défense des brevets industriels, technologiques, qui sont une arme essentielle dans la grande compétition économique mondiale.  

En France, cette annonce a quelque peu troublé le gouvernement. Depuis plusieurs semaines, les ministres s'opposaient à cette levée des brevets, réclamée notamment par Jean-Luc Mélenchon.  

En mars dernier, la ministre chargée de l'industrie, Agnès Pannier-Runacher, rejetait cette possibilité, au nom du financement de l'innovation. Une fausse bonne idée, disait-elle. De même, il y a un an, Emmanuel Macron insistait sur la nécessité que les « efforts de la recherche soient récompensés ».  

Hier pourtant, le président français s'est dit « tout à fait favorable » à l'initiative américaine, même s'il a appelé Washington à privilégier le don de dose de vaccin, comme le fait l'Europe, à ses yeux un moyen plus rapide et plus efficace d'aider les pays pauvres.  

Voilà qui démontre une époque mouvante : cette idée - la levée des brevets - semblait une utopie pour opposants en mal de lumière, jusqu'à ce que la première puissance du monde l'impose avec la force de l'évidence.  

Une idée qui paraît saugrenue et qui devient presque naturelle... Vous avez un autre exemple ?

Hier la Commission européenne a annoncé qu'elle allait mieux contrôler les investissements étrangers en Europe. Cela afin de lutter contre les pratiques déloyales. Cette initiative vise particulièrement la Chine, qui subventionne les entreprises nationales.  

Ces mêmes subventions d’État sont interdites en Europe, au nom de la libre concurrence.  

Dans la compétition économique, cela revenait donc à courir le 100 mètres avec un boulet au pied, pendant que votre concurrent est lui surchargé de produits dopants.

« C'est la fin de la naïveté européenne », s'est réjoui Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission.  

Une initiative de bon sens, sans doute, même si nombre d'entreprises européennes en difficulté ont été bien heureuses de bénéficier d'un renflouement, fût-il de capitaux chinois...

Néanmoins, ce type de décisions était absolument inenvisageable il y a encore cinq ans.  

L'Union européenne, au nom de la libre activité et de l'attractivité, rejetait tous les projets visant à réguler, à contrôler, à dompter le jeu économique.  

Seuls quelques souverainistes à droite et à gauche, comme l'eurodéputé Emmanuel Maurel, bataillaient sur ces thèmes dans l'indifférence quasi-générale.  

L'heure est donc au retournement de paradigmes...

Fin des brevets sur les vaccins, contrôle des investissements étrangers, sans oublier la création massive de dette et de déficits publics face à la crise sanitaire... En somme, la période est une machine à décomplexer les keynésiens et les étatistes.  

Elle favorise la reprise en main du marché, le retour du primat du politique sur l'économie. De l'intérêt national sur le laissez-faire économique.

Même si cela ne va sans risque. Comme nous vous en parlions dans le journal de 8 heures, le conflit des pêcheurs autour de Jersey et l'envoi par Boris Johnson de deux navires de guerre se joue aussi sur cette trame-là. Celle du politique qui prend la main.  

Néanmoins, cette grande transhumance des idées, où les conceptions décriées hier sont plébiscitées aujourd'hui, dément une fois de plus les thèses sur la "fin de l'Histoire", chères au chercheur américain Francis Fukuyama.  

Selon le mot prêté à Victor Hugo, « rien n'est plus puissant qu'une idée dont l'heure est venue.

Frédéric Says

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