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Gérard Collomb appelle l'exécutif à se méfier de l'"hubris".

L'art du regret en politique

3 min
À retrouver dans l'émission

"Nous avons manqué d'humilité", a déploré Gérard Collomb. Le ministre de l'Intérieur contredit les éléments de langage du gouvernement, selon lesquels aucun changement de cap n'est nécessaire.

Gérard Collomb appelle l'exécutif à se méfier de l'"hubris".
Gérard Collomb appelle l'exécutif à se méfier de l'"hubris". Crédits : Ludovic Marin - AFP

Mais quelle mouche a donc piqué Gérard Collomb, hier sur BFM TV ? Le ministre de l'Intérieur, interrogé sur le trou d'air de l'exécutif, commence à répondre. On s'attend aux éléments de langage classique : du type "nous sommes à la tâche, nous ne regardons pas les sondages ; nous sommes dans le temps long, pas dans l'anecdote, merci, au revoir"... Mais ce ne fut pas vraiment la réponse de Gérard Collomb : 

"Pour ma part, je pense qu’aujourd’hui peut-être les uns et les autres, nous avons manqué d’humilité. (...) En Grec, il y a un mot qui s'appelle l'"hubris". L’hubris, c’est la malédiction des dieux. Quand à un moment donné vous devenez trop sûr de vous, que vous pensez que vous allez tout emporter... il y a une phrase qui disait : ‘les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent  perdre’, donc il ne faut pas que nous soyons dans la cécité".

Alors comment comprendre cette déclaration de Gérard Collomb, n°2 du gouvernement ? 

S'agit-il d'un petit mouvement d'humeur adressé au président ou au chef du gouvernement ? Vous savez que nous sommes dans la période des derniers arbitrages budgétaires, et cela explique parfois la mauvaise humeur des ministres au mois de septembre. 

S'agit-il d'une forme de mise en garde, celle du vieux sage qui a compris que le fameux "nouveau monde" risquait de se banaliser et de s'user ?

Souvenez-vous, le jour de l'investiture d'Emmanuel Macron, Gérard Collomb avait écrasé une larme dans l'assistance, comme un père serait fier de voir sa progéniture remporter le plus difficile des concours. Le paternel a visiblement envie cette fois de donner quelques coups de règles sur les doigts. 

Précaution

C'est un exercice risqué auquel s'est livré Gérard Collomb. Pas seulement parce qu'il contredit le discours officiel depuis le décrochage de cet été, c'est-à-dire : "notre cap est bon... et si ça va mal, c'est la faute aux oppositions". En politique, le regret doit être manié avec précaution, beaucoup de précaution. 

Côté pile, il démontre, c'est vrai une capacité d'auto-critique et de lucidité bienvenue. Côté face, il offre des arguments en or massif à l'opposition. On imagine sans mal Eric Ciotti ou Jean-Luc Mélenchon reprendre cette reconnaissance d'un manque d'humilité de l'exécutif. Barack Obama avait tenté de montrer ses regrets. A propos de la nomination d'un ministre soupçonné de fraude fiscale, il avait dit ceci :   

"I think this was a mistake. I think I screwed up."

"Screwed up", c'est un vocabulaire peu académique, qui peut se traduire par "j'ai merdé" ou "j'ai foiré". Certes, nous ne sommes pas au niveau de ce député japonais, soupçonné de détournement de fond, et qui avait imploré le pardon lors d'une conférence de presse :

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Pour revenir à Gérard Collomb, pourquoi l'expression d'un regret, d'un remord nous semble si iconoclaste ? C'est aussi parce qu'elle détonne. Pourtant, si l'on y réfléchit, dans un régime démocratique sain, il est naturel que des dirigeants reconnaissent leurs failles, leurs manquements, leurs erreurs. Mais au moment où partout dans le monde, les démocraties succombent à la tentation de l'"homme fort", cette auto-critique semble presque insolite. Imagine-t-on Donald Trump ou Viktor Orban déplorer leur manque d'humilité et leur hubris surdimensionné ? 

Frédéric Says

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