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Le Palais de l'Elysée à Paris.

L'Elysée est-il une marque comme les autres ?

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La marque "Élysée - présidence de la République" vient d'être déposée.

Le Palais de l'Elysée à Paris.
Le Palais de l'Elysée à Paris. Crédits : Franck Guiziou - AFP

La présidence de la République compte lancer une gamme de produits dérivés. Le nom "Élysée - présidence de la République" vient d'être déposé à l'INPI, l'institut national de la propriété intellectuelle. Une démarche très officielle, puisque c'est le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, qui s'en est chargé. Voilà donc la porte ouverte à des tasses aux couleurs de l’Élysée, à des boules-à-neige avec le Palais présidentiel, à des portes-clés avec les armes de la République. Et pourquoi pas des figurines à l'effigie du chef de l'Etat ? Aux Etats-Unis, la boutique officielle de la Maison-Blanche vous propose une déclinaison des présidents actuels et passés. 

Est-ce vraiment nouveauté ?

Pas tant que cela : l'Assemblée nationale et le Sénat disposent déjà de leur propre "merchandising". Si vous rendez visite aux sénateurs, vous pourrez repartir avec votre calepin, votre montre ou votre parapluie à l'effigie de la chambre haute. 

Mais ce qui est nouveau, c'est que la magistrature suprême puisse se lancer sur ce marché. Jusqu'ici, les produits dérivés étaient réservés à la période de campagne électorale. Dans toutes les salles de meeting, les militants pouvaient acquérir des tasses, des portes-clés, des clés USB au nom des candidats. Il y avait même, en 2017, des formules 1 miniatures siglées François Fillon (c'était avant le calage).

On se souvient aussi des t-shirts à l'effigie d'Edouard Balladur dans la campagne de 1995. Bref : jusqu'ici les produits dérivés appartenaient à cette zone parfois interlope de la campagne électorale. Le candidat devenu président se coulait dans l'institution. Et délaissait ces outils marchands.

Cela dit, la démarche est facile à justifier, d'un point de vue "macronien". Il s'agit de : 

- valoriser une communication moderne, "disruptive", "sans tabous".  

- ne pas tout attendre de l'argent public. 

Car c'est l'argument avancé : les bénéfices tirés de ces produits dérivés seront exclusivement affectés à la réfection du Palais présidentiel. Une forme de souscription nationale 2.0. Dans la lignée du nouveau loto organisé par Stéphane Bern pour financer le patrimoine français en péril. Un appel à la bonne volonté en mode Kennedy : "demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ?" Eh bien d'abord, acheter une cravate "Élysée" pour refaire le papier peint qui se décolle.    

On en arrive là au cœur du sujet. Tous les visiteurs en conviennent : certaines parties de l’Élysée sont en triste état... 

Sous François Hollande, les journalistes ont même vu pleuvoir à l'intérieur de la salle des fêtes du Palais. 

Triste état, effectivement. Pourquoi ? D'abord parce que les présidents successifs ont tous reporté les chantiers massifs par crainte de la polémique. Imaginez un article du Canard enchaîné sur le "coût exorbitant des travaux du monarque" en période de disette budgétaire. Voilà une casserole qui vous suit pendant tout le quinquennat. 

Avec les produits dérivés, la stratégie de la présidence est donc celle-ci : éviter les critiques au moment où la Cour des comptes publiera le budget (en hausse) de l’Élysée.  Il ne sera pas dit que seul le contribuable a payé. 

Une démarche sans doute louable, mais qui tient aussi du rideau de fumée : les travaux à l’Élysée représentent un coût de  100 millions d'euros sur sept ans. A ce prix-là, il va falloir en vendre, des cravates et des tasses.

Frédéric Says

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