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Meeting d'aviation à l'Ouest de Melbourne en Australie le 1er mars 2019

Faut-il systématiquement condamner le revirement en politique ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le revirement en politique est souvent perçu comme la marque d'un opportunisme et l'homme politique qui s'y adonne comme une girouette qui adapte son comportement au gré de l'intérêt du moment. Mais est-ce si simple que ça? N'existe-t-il pas des revirements salutaires ?

Meeting d'aviation à l'Ouest de Melbourne en Australie le 1er mars 2019
Meeting d'aviation à l'Ouest de Melbourne en Australie le 1er mars 2019 Crédits : William WEST - AFP

L’extrait d’une vidéo de Xavier Bertrand a beaucoup circulé, ces deux derniers jours, sur les réseaux sociaux, sur twitter en particulier. C’est un extrait qui date de décembre 2013. Xavier Bertrand, à l’époque encore maire de St Quentin et député, était l’invité de l’émission “Le Grand Jury” sur RTL et LCI.

A ce moment-là, il est question d’un éventuel retour de Nicolas Sarkozy après sa défaite en 2012 et Xavier Bertrand est interrogé sur les primaires que la droite envisage d’organiser :

- Vous êtes un partisan des primaires pour désigner le prochain candidat de la droite, ou de l'UMP, à la présidentielle. Est-ce que Nicolas Sarkozy, si d'aventure il décidait de revenir, est-ce qu'il devrait s'y soumettre ? - Pourquoi craindrait-il les primaires ? Pourquoi un candidat aujourd'hui craindrait les primaires ? Les primaires, c'est une formidable chose. D'ailleurs, j'ai toujours été un militant des primaires.

Cette déclaration suscite de nombreux commentaires sarcastiques sur les considérations changeantes de Xavier Bertrand. En effet, il déclare désormais qu’il n’a pas l’intention de se soumettre à la primaire que veulent organiser “Les Républicains". Elle serait selon lui devenue une machine à diviser et à perdre.

Il n’y a pas qu’en France que ce type de comportement suscite des railleries. En Angleterre, on s’en moque beaucoup et on appelle ça le "U-turn", le demi-tour. En Australie, c’est le "backflip", le saut périlleux arrière. Et aux Etats-Unis, le "flip flop", la volte-face.

Flip flop en américain, c’est aussi le nom employé pour les claquettes. Et du temps de Donald Trump, celui-ci se contredisait tellement souvent qu'on pouvait acheter des "flip-flop", des claquettes, avec sur le pied droit inscrit sa première déclaration et sur le pied gauche, la deuxième déclaration qui contredisait la première. Les flip-flop Donald Trump se vendaient apparemment très bien.

La marque d'un opportunisme politique

En France, on parle de revirement ou de virage à 180 degrés.  Et bien souvent, on y voit la marque d'un opportunisme qui veut qu'un responsable politique change de considération au gré de l'intérêt du moment présent.

Nicolas Sarkozy nous en fournit un bel exemple avec le mariage pour tous instauré par la loi Taubira. En novembre 2014, la loi vient d’être votée. Sarkozy est candidat pour redevenir président de l’UMP. Et à l’occasion d’un meeting organisé par Sens Commun, les anti-mariage gay, il affirme vouloir abroger la loi Taubira. "Ça ne coûte pas cher" lance-t-il à l’assistance avant de se faire acclamer.

Deux ans plus tard, en 2016, il est alors candidat à la primaire et opère un complet changement de pied. Il n'est plus question d’abroger la loi Taubira. On ne va "pas démariés les gens déjà mariés" justifie-t-il alors. L’opportunisme est avéré. Sarkozy s’adresse à ce moment-là à un public beaucoup plus large que deux ans plus tôt lorsqu’il devait convaincre les militants les plus radicaux de sa formation politique.

Ce n’est pas tout à fait la même chose aujourd’hui avec Xavier Bertrand. En tous cas, il est permis d’en douter. Car en 2013, la droite n’avait encore jamais organisé de primaire pour désigner son candidat à la présidentielle. Le contexte a donc changé. Et si l’on veut rester objectif… gardons-nous de juger une situation passée à l’aune des connaissances et des considérations du présent. La primaire de la droite n’a pas permis de remporter la présidentielle de 2017. Xavier Bertrand peut donc légitimement émettre un jugement critique sur un processus qui a échoué. 

Par ailleurs, l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 a consacré la perte d’influence considérable des partis politiques. Sont-ils aujourd’hui encore légitimes à sélectionner un candidat à la présidentielle ? On peut s’interroger. Le volte-face de Xavier Bertrand ne relève donc peut-être pas du simple opportunisme.

Il peut y avoir des revirements salutaires

Au-delà du cas Xavier Bertrand, notons qu’il peut y avoir des revirements positifs, salutaires. Par exemple concernant les masques avec la crise sanitaire. Au départ il ne fallait pas en porter, nous disait le gouvernement. Et puis finalement, quelques semaines plus tard, le discours a totalement changé et les masques se sont généralisés.

L’exécutif a été accusé de tenir ce discours sur l’inutilité des masques pour cacher le fait qu’on n’en avait pas assez. C’est sans doute vrai.     Mais ce qui est critiquable, c’est surtout l’aplomb avec lequel les ministres affirmaient qu’il ne fallait pas en porter alors qu’à l’époque, on ne savait pas grand-chose sur le Covid19.

Le revirement peut aussi être parfois le fruit d’un doute ou d’une interrogation sur les conséquences de ce qu’on peut décider. Jacques Chirac, par exemple, a changé 4 fois d’avis sur le quinquennat. En 1999, il déclarait encore que c’était une erreur et qu’il n’en voulait pas avant de le faire adopter par référendum l’année suivante. Aujourd’hui, on s’aperçoit que le quinquennat n’a pas que des avantages au point que certains proposent de revenir au septennat.

Enfin, est-il sain d’exiger d’un homme politique qu’il soit constant en toute chose et qu’il ne varie pas ? On peut certes y voir de la probité et un attachement à des convictions et à des valeurs. Mais aussi parfois de l’obstination et un manque d’intelligence quand il ne s’aperçoit pas qu’il est dans l’erreur.

Autrement dit, la constance n’est pas nécessairement une vertu et le revirement, pas obligatoirement un vice. Il peut y avoir du mérite à modifier son opinion. D’ailleurs, n'est-il pas souhaitable et n’est-ce pas le propre même de la démocratie que de débattre avec autrui, de parfois se laisser convaincre et, au bout du compte, de changer d’avis ?

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