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Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, assure qu'"il n'y a pas de cagnotte".

Qui va toucher la cagnotte fiscale ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le surplus de recettes de l’État doit-il être redistribué ?

Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, assure qu'"il n'y a pas de cagnotte".
Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, assure qu'"il n'y a pas de cagnotte". Crédits : Ludovic Marin - AFP

C’est le débat qui va monter dans les prochains jours, dans les prochaines semaines : que faire de la "cagnotte fiscale" ? Un dilemme de riche : la croissance est meilleure que prévue, l’État engrange donc davantage de recettes. Doit-il redistribuer ce pécule inattendu ? Oui, répondent déjà certains députés En Marche, comme Joël Giraud. Ce matin, dans le journal Les Echos, il appelle à réserver une partie  cette manne à des secteurs "dans l'urgence" : les EHPAD ou les territoires fragilisés par la désindustrialisation. En janvier, la députée LREM Brigitte Bourguignon avait déjà demandé la relance des heures supplémentaires défiscalisées.

Mais ce n'est pas si simple. Pour une fois, il semble y avoir un peu de friture sur la ligne entre ces députés de la République en Marche et le gouvernement. Devant la commission des finances de l'Assemblée, le ministre Gérald Darmanin a martelé

"Notre pays a 2200 milliards de dette et perd 2115 euros par seconde. On ne peut pas considérer qu'il y a une cagnotte cachée". Avant d'ajouter, sous les rires des députés : "Il n'y a pas de cagnotte, il n'y a pas de cagnotte, il n'y a pas de cagnotte."

Le surplus de recettes ira donc uniquement au désendettement.

Pourtant, pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait un avis différent sur cette question. La controverse sur la cagnotte m’a fait penser à ce moment du débat face à Marine Le Pen. Et voici à l’époque ce que le candidat En Marche en disait :

"Si la croissance se porte mieux que ce que j'ai prévu (je suis très prudent dans mes hypothèses dans les années à venir, je ne fais jamais dépasser les 1,8%)... Alors je réaffecterai ce qu'on gagnera sur la baisse de l'impôt sur le revenu, et donc sur les ménages". (à 53'20")

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Une croissance supérieure à 1,8% se traduira par des baisses d'impôts sur le revenu, promettait donc le candidat Macron. Or, la croissance a finalement atteint 2% en 2017.  Reste à savoir si Gérald Darmanin, converti récent au macronisme, était ce soir-là devant sa télévision. Et s’il tiendra l’engagement du candidat. 

L'exemple Jospin

Cela dit, cette cagnotte pose un problème politique. Si le gouvernement choisit d’en rétrocéder une partie ; à qui la distribuer ? Aux Ehpad, comme le suggère le député Giraud ? Mais dès lors, pourquoi ne pas penser aussi aux hôpitaux publics, dont on connait les carences ? Et aux policiers et gendarmes, qui dénoncent eux aussi régulièrement leur sous-équipement ? Oui, mais comment faire un geste pour la police sans penser aussi à la justice, notoirement sous-dotée ? Et pourquoi pas les agriculteurs ? Et ainsi de suite. Faut-il contenter quelques catégories au risque de mécontenter toutes les autres ?

Le casse-tête de la cagnotte n’est pas neuf. En l’an 2000, Lionel Jospin hérite lui aussi de cette divine surprise, grâce à la croissance portée par la bulle internet. Une manne de 50 milliards de francs. Le premier ministre socialiste décide alors d’une série de mesures en faveur des ménages. Il s'invite au 20 heures de TF1, le 16 mars 2000, pour détailler ses choix : 

"Les trois choix que nous faisons c'est : diminution de la taxe d'habitation, diminution de l'impôt sur le revenu, diminution de la TVA. (...) Moi, je préfère être responsable d'une cagnotte que d'un trou dans la caisse".

Ce geste du gouvernement ne fut manifestement d'aucun secours aux élections suivantes pour Lionel Jospin, un certain 21 avril 2002. C’est la preuve, paradoxale, qu’une bonne nouvelle économique n’est pas toujours une bonne nouvelle politique.

Frédéric Says

Chroniques

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