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Eric Zemmour dispose désormais d'une association de financement pour recueillir les dons. Une campagne présidentielle qui ne dit pas son nom ?

Quelle est la différence entre Eric Zemmour et un homme politique ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Aucune, selon le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

Eric Zemmour dispose désormais d'une association de financement pour recueillir les dons. Une campagne présidentielle qui ne dit pas son nom ?
Eric Zemmour dispose désormais d'une association de financement pour recueillir les dons. Une campagne présidentielle qui ne dit pas son nom ? Crédits : Ludovic Marin - AFP

C'est fait ! Le Conseil supérieur de l'audiovisuel impose désormais aux chaînes de décompter le temps de parole d'Eric Zemmour, comme c'est le cas pour tous les responsables politiques. Cette obligation a pris effet hier.

Pourtant, le polémiste n'a pas fait acte de candidature, ni pris sa carte dans un parti. Oui mais, explique le CSA, Eric Zemmour a organisé - ou laissé organiser - une campagne d'affichage à sa gloire. Il dispose aussi d'une association de financement pour recueillir les dons en vue d'une éventuelle campagne. Et il se lance sur les routes, ces prochaines semaines, pour la promotion de son livre. Ce tour de France l'oblige d'ailleurs à se mettre en retrait du Figaro Magazine, où il tient chronique.

Mais la décision du CSA menace surtout une autre de ses expositions médiatiques : l'émission quotidienne où apparaît Eric Zemmour sur la chaîne Cnews. 

Plongeoir

Désormais, chacun de ses propos portant sur la politique nationale sera donc chronométré. Son temps de parole sera de facto limité, au nom du pluralisme politique. Jusqu'ici, dans le costume du polémiste non encarté, il n'avait aucune contrainte de ce type.

C'était d'ailleurs tout le calcul. Commencer une campagne tout en conservant une tribune. Se jeter dans le grand bain de la présidentielle, tout en faisant mine de rester sur le plongeoir.  

« On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment » : cette maxime prêtée au cardinal de Retz est un peu cliché, mais elle s'applique bien ici. Le CSA oblige Eric Zemmour à sortir de l'ambiguïté.  

Lui utilise un autre mot. Celui de « censure », hier soir sur la chaîne C8 :  

« Vous l'avez compris, l'objectif est de me faire taire, mais je ne me tairai pas ».  

On devine le quasi-candidat à la fois furieux d'être contraint et ravi de pouvoir se présenter en victime.

Cela dit, cette affaire est passionnante parce que ses enjeux dépassent de beaucoup le seul cas Zemmour.

Elle pose une question plus large : quelle est la frontière entre le journalisme et la politique ?

La réponse s'est brouillée, ces dernières années. Pas uniquement parce que des militants se disent journalistes et des journalistes se disent militants.

C'est aussi tout un meccano médiatique qui a fait la part belle aux "Opinions".

D'abord pour des raisons financières : c'est beaucoup plus rentable de réunir trois polémistes sur un plateau pendant deux heures, que d'envoyer des équipes en reportage à l'autre bout du pays. La première option remplit les écrans, la seconde vide les caisses.

Résultat : le débat y gagne en vigueur ce qu'il perd en rigueur.

Parmi les polémistes et les débatteurs, les ex-responsables politiques sont très prisés. Quelques exemples : Raquel Garrido (La France insoumise) chez Cyril Hanouna, tout comme l'ex cadre de LR Laurence Saillet ; depuis cette rentrée, l'ancien communicant de François Hollande, Gaspard Gantzer, est sur France Info ; Manuel Valls tient une chronique régulière sur BFM TV, etc.  

C'est dans l'air du temps. Ni vraiment acteur, ni seulement commentateur, on a choisi ici le néologisme de « Comment'acteurs » pour les définir.  

Cette évolution a contribué à brouiller les pistes : qui parle ? Avec quelle expérience ? Quelles intentions ?

Bien sûr, ceux qui veulent abréger cette réflexion répondront que "de toute façon l'objectivité n'existe pas".

La belle affaire ! Voilà un poncif qui permet de faire passer par-dessus bord l'exigence intellectuelle du contradictoire, de la nuance, du doute, de la précision. La nécessité de penser contre soi-même. Celle de varier les angles et les cibles. A la poubelle, tout cela, comme un fatras trop encombrant, quand il faut se glisser agilement d'un plateau télé à une estrade de meeting.  

Et si le CSA venait d'ouvrir une boîte de Pandore ?  

Frédéric Says

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