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Pas moins de quatre ministres, autour de Jean Castex, ont présenté cette semaine le projet de loi "confortant les principes républicains".

Comme un air de campagne présidentielle...

4 min
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Le projet de loi contre les séparatismes, présenté cette semaine en conseil des ministres, marque-t-il le début de la campagne présidentielle ?

Pas moins de quatre ministres, autour de Jean Castex, ont présenté cette semaine le projet de loi "confortant les principes républicains".
Pas moins de quatre ministres, autour de Jean Castex, ont présenté cette semaine le projet de loi "confortant les principes républicains". Crédits : Charles Platiau - AFP

A quoi reconnaît-on une entrée en campagne ? A sa première victime : l’esprit de nuance. 

Celui-ci semble déjà loin, quand on écoute les réactions sur ce texte, officiellement appelé “loi confortant les principes républicains”.

D’entrée de jeu, Jean-Luc Mélenchon l’a décrite comme, je cite, la “loi Macron contre l’islam”. Ce n’est pas Al Jazeera, qui écrit ces mots sur Twitter, mais bien le candidat déclaré de la France Insoumise. Une loi “contre l’islam”. 

Du côté de l’opposition de droite, discrète pour l'instant, le reproche est inverse (mais pas plus fin) : la loi serait "faible et lâche", puisqu’elle ne nomme à aucun moment l’islamisme. 

Quant au Rassemblement national, il affirme que ce texte ne sert à rien, en cela qu’il "n’aborde pas la question de l’immigration". 

Alors, vous me direz, il est surprenant... que l’on soit surpris par le ton de ces premiers échanges. 

D’une part, parce que le sujet est l’un des plus clivants. De tout temps, un gouvernement qui ne l’aborde pas est accusé de naïveté et de faiblesse. Un gouvernement qui l’aborde est accusé de stigmatisation et d’instrumentalisation. 

D’où justement, le besoin de nuance et de mesure. 

Pas étonnant, non plus, que les différentes forces politiques veuillent ferrailler sur ce texte contre les séparatismes, dont les 51 articles seront examinés en début d’année prochaine à l’Assemblée.

La crise sanitaire est un moins bon terrain de bataille idéologique. Car dans la lutte contre le virus, les clivages droite-gauche s’émoussent. Ils existent mais ils sont moins évidents. La preuve : le président Macron, qui revendiquait la gestion exemplaire des comptes publics s’est converti au “quoi qu’il en coûte” et à la dette record. 

La pandémie est donc un terrain politique un peu mouvant, où il est difficile d’affirmer une opposition tranchée. Et même la certitude qu’on aurait soi-même fait beaucoup mieux dans la gestion de la crise. 

A l’inverse, la laïcité et la lutte contre les séparatismes, c’est un thème idéal de campagne électorale. Chacun parle à son camp, à son électorat, chacun se drape dans sa vertu. 

Et parmi les opposants les plus virulents à cette loi, donc, la France Insoumise…

Le texte est “inutile et liberticide” selon Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, les deux orateurs du mouvement sur cette loi.

Avec des questions de bons sens : les certificats de virginité et la polygamie ne sont-ils pas déjà interdits par la législation, s’interrogent-ils, en soulignant par ailleurs que ces pratiques sont marginales et intégristes ? 

Une argumentation qui trouve aussi sa limite… 

Car si ces pratiques sont marginales et seulement le fait d’intégristes, alors pourquoi la France insoumise décrit-elle ce texte comme globalement hostile à l’islam en entier ? N’y a-t-il pas le risque d’essentialiser, d’identifier tous les croyants à ces pratiques intégristes ? 

Le risque, aussi, parfois de se contredire. Sur un autre thème, l’organisation des cultes, Alexis Corbière regrette que cette loi permette une trop grande intrusion de l’Etat :   

"Ca n'est pas son rôle ! Quand on est un républicain et un laïc, on ne se mêle pas de l’organisation du culte !”

Mais quelques minutes plus tard, sur cette question de l’organisation du culte, Jean-Luc Mélenchon semble au contraire se féliciter que l’Etat ait été ferme en 1905 face à la religion catholique :  

“Quand la loi de 1905 décide que les cultes sont administrés par des associations - et qu'on vote dans ces associations, eh bien l'Eglise [à l'époque] explique que ce n'est pas possible. [...] C'est pour vous dire, on sort pas de l’œuf. Tout ça a une longue histoire !”

Une longue histoire, et de longs débats en perspective. Sur un thème qui recouvre en fait énormément de sujets : la religion et les coutumes, la scolarité et la foi, le financement public et privé, le spirituel et le temporel. 

Autant d’occasions pour le législateur - c’est-à-dire le parlement -, d’approfondir ces sujets passionnants. 

Mais également autant d’occasions de s’écharper… Avec, hélas, la crainte d’un débat qui se résume à une question de “mauvaise foi”... dans les deux sens du terme. 

Chroniques
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