LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La taxe d'habitation sera finalement supprimée pour tous les ménages d'ici 2021.

La suppression de la taxe d'habitation sera-t-elle le boulet d'Emmanuel Macron ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Utile pour se distinguer pendant la campagne, cette promesse pose désormais plusieurs difficultés.

La taxe d'habitation sera finalement supprimée pour tous les ménages d'ici 2021.
La taxe d'habitation sera finalement supprimée pour tous les ménages d'ici 2021. Crédits : Philippe Huguen - AFP

Souvenez-vous, c'était une promesse de campagne marquante, concrète, sonnante et trébuchante. La fin de la taxe d'habitation pour 80% des ménages les plus modestes. La proposition "cochait toutes les cases" : une mesure de justice sociale, favorable au pouvoir d'achat, innovante. Parmi les promesses d'Emmanuel Macron, elle fut la plus identifiée, la plus mémorisée. Et pourtant, à l'épreuve du pouvoir, cette promesse est devenu un boulet. 

En cela, elle fait penser à la taxe à 75% sous François Hollande, ou au bouclier fiscal sous Nicolas Sarkozy. Un coup de génie pendant la campagne, qui polarise les débats autour de vous. Un coup de mou une fois à l’Élysée, quand il faut passer des paroles aux actes. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient été contraints, avant la fin de leur mandat, à renoncer à leur mesure. En ira-t-il de même pour la taxe d'habitation ?

Déjà, après seulement un an de présidentielle, on peut s'apercevoir que la mesure n'est plus tout à fait celle qui avait été "vendue" pendant la campagne. Le 12 avril 2018, le chef de l’État a confirmé que les 20% des ménages les plus riches seraient également exonérés de la "TH" : 

"Oui. C'est l'objectif que je remplis. Parce que si un impôt n'est pas bon pour 80% des Français, il n'est pas bon pour tous". 

Alors cela fera sans doute des heureux autour de vous, Guillaume Erner, au Festival de Cannes. Il n'empêche : la mesure, conçue comme un modèle de justice fiscale, n'est plus conforme à cette idée originelle. Par ailleurs, cette exonération pour les foyers les plus aisés coûte cher. Au moins 10 milliards d'euros non prévus. Ce qui porte la facture totale de la réforme à 26 milliards par an, selon les chiffres du rapport Richard-Bur présenté cette semaine au gouvernement. Soit la moitié du budget de l'éducation nationale. D'où la question : où trouver l'argent et qui va payer ? 

Pour l'instant, le gouvernement assure qu'il fera "davantage d'économies", sans vraiment préciser lesquelles. Dans le journal le Parisien, il y a deux semaines, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin mentionnait sans plus de précisions le "champ social". En lisant Les Echos cette semaine, on en apprend un peu plus. Il est question, nous dit-on, de "simplifier", d'"harmoniser" les règles des prestations sociales. En termes plus clairs, les conditions pour toucher des aides vont parfois changer. Par exemple, le revenu de référence sera celui de l'année en cours, et non celui d'il y a deux ans. L’État espère économiser 1 milliard d'euros. Au risque du bonneteau fiscal, où ce qui entre par une poche sortira par l'autre. 

Mikado

Une promesse-boulet, enfin, vis à vis des collectivités locales. Comment dédommager les communes qui percevaient jusqu'ici le produit de la taxe d'habitation ? On entre ici dans le maquis de la fiscalité locale, et mieux vaut avoir une bonne boussole. Par exemple, la taxe foncière sur le bâti est perçue par les communes et les départements. La taxe sur la valeur ajoutée des entreprises, elle, va aux communes, aux départements et aux régions. Comment boucher un trou sans en creuser d'autres ? Autrement dit, tout se tient. Cela fait penser au jeu de mikado, où vous devez enlever une petite baguette sans faire bouger le reste du tas. Les prochains mois montreront si le gouvernement est un joueur habile. 

Frédéric Says

Chroniques
8H19
39 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
Les Matins de France Culture au Festival de Cannes avec Julie Gayet
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......