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Dans son allocution de 27 minutes en direct, le président de la République a appelé à une "mobilisation nationale" contre la propagation du virus.

Emmanuel Macron et le coronavirus : un discours de guerre en temps de paix

3 min
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Face à l'épidémie, le chef de l'Etat a tenté de susciter l'unité du pays, appelant à une "mobilisation nationale".

Dans son allocution de 27 minutes en direct, le président de la République a appelé à une "mobilisation nationale" contre la propagation du virus.
Dans son allocution de 27 minutes en direct, le président de la République a appelé à une "mobilisation nationale" contre la propagation du virus. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Après presque trois ans d'un quinquennat perclus de clivages durs, de tensions récurrentes, de polémiques éphémères, Emmanuel Macron a tenté de se couler dans ce personnage : le "père de la Nation". Fini le capitaine d'une équipe, ou plutôt d'un "camp", il s'est posé en arbitre de la République. 

Son champ lexical vise à dépasser les oppositions. Il est dans le registre du collectif, de la possession, avec l'usage répété des mots "nous", "nos", "notre" (pas moins de 151 occurrences en 27 minutes !). 

Il célèbre la "cohésion", la "solidarité", les "gestes-barrières" pour freiner l'épidémie. Sous-entendu : ces gestes ne sont pas "ni de gauche ni de droite", mais "ils sauvent des vies". 

Autrement dit, tousser dans son coude, c'est protéger son concitoyen. Rester chez soi, c'est faire un pas vers l'autre. 

France unie

Chaque président a eu son grand discours d'appel à l'unité dans les heures graves. Pour François Hollande, ce fut le jour de Charlie Hebdo; pour Nicolas Sarkozy; la crise financière de 2008; pour Jacques Chirac la guerre en Irak. 

Emmanuel Macron tient son discours de référence. Il exhorte d'ailleurs à la "mobilisation nationale" de la "France unie", face à la menace. Hier soir, il a prononcé un discours de guerre en temps de paix. 

Le président de la République en a aussi profité pour corriger certains des défauts qui lui étaient reprochés... 

Accusé ces derniers mois de décider seul (au mieux) ou de verser dans l'autocratie (au pire), le chef de l’État a voulu montrer qu'il savait aussi écouter : 

- Ecouter l'opposition, qui réclamait le maintien des élections municipales, ce scrutin qui s'annonce mauvais pour les candidats macronistes. 

- Ecouter les scientifiques, surtout, qu'il a cité une demi-douzaine de fois. 

C'est un point intéressant car la figure du scientifique est utilisée comme pare-feu à la défiance qui touche la parole politique. 

Et puis il a aussi esquissé une inflexion politique sur le fond. 

Une partie du discours semblait extraite d'un colloque des "économistes atterrés" ou d'une Assemblée générale d'Attac. "Certains biens et services doivent être placés en dehors des lois du marché", a tonné le président, ajoutant que "la santé gratuite et l’État-providence ne sont pas des coûts mais des biens précieux". 

De la sorte, Emmanuel Macron a tenté de corriger son image de gestionnaire rigide. Il promet des moyens financiers contre l'épidémie, "quoi qu'il en coûte" (répété trois fois), tandis que le mantra du quinquennat, jusqu'ici, c'était plutôt : "combien ça coûte" ? 

Équilibre

"Quoi qu'il en coûte" : arrêtons-nous un instant sur cette formule car elle est riche de significations. 

Cette phrase à l'avantage de parler à deux publics. 

D'abord, à la gauche - et plus généralement à ceux qui veulent un Etat interventionniste. 

Mais aussi aux marchés financiers. "Quoi qu'il en coûte" : c'est la traduction, mot pour mot, de la phrase d'un grand banquier central, Mario Draghi. En pleine crise de l'euro, en 2012, le président de la BCE avait promis de sauver la monnaie unique "whatever it takes" ("quoi qu'il en coûte"). Cette déclaration, en rassurant les acteurs financiers, avait fait baisser la spéculation contre les dettes européennes. 

Voilà donc pourquoi le chef de l’État est parvenu hier soir à trouver un certain équilibre, entre deux extrêmes :

l'optimisme, qui passerait du déni; et le pessimisme, qui inciterait à la panique. Puisque l'esprit critique doit fonctionner dans les deux sens, soulignons-le : c'était une intervention réussie, bien dosée. 

Sera-t-elle efficace, suivie d'effets ? Elle sera en tout cas évaluée à plusieurs échéances. 

A très court terme : à la Bourse de Paris, dès ce matin à 9h. 

A court terme : le taux d'abstention dimanche soir. 

A moyen terme : les sondages de confiance la semaine prochaine. 

Puis dans les mois à venir, bien sûr, avec l'évolution de l'épidémie. 

Et à plus long terme, ce virage de fond, ce changement de système : ira-t-il au-delà des mots ? Il faut lui souhaiter une contagion entre les paroles et les actes.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
40 min

L'Invité des Matins

Pandémie de Coronavirus : que retenir du discours d'Emmanuel Macron ?
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