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Le dépouillement de votes par courrier aux Etats-Unis, à Pomona, en Californie.

Pourra-t-on voter par La Poste aux prochaines élections ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Une partie du gouvernement souhaite instaurer le vote par correspondance. Mais les réticences et les obstacles sont nombreux.

Le dépouillement de votes par courrier aux Etats-Unis, à Pomona, en Californie.
Le dépouillement de votes par courrier aux Etats-Unis, à Pomona, en Californie. Crédits : Robyn Beck - AFP

Hier soir, les autorités électorales américaines ont indiqué qu'il n'y avait « pas de preuve de fraude » dans l'élection de Joe Biden – vous savez que Donald Trump avait mis en cause le système de vote par correspondance.

Pendant ce temps, la France s'interroge : doit-on permettre d'envoyer son bulletin par courrier postal ?  

C'est l'une des interrogations qui va peupler les débats ces prochaines semaines. 

Bien sûr, cette question ne sort pas de nulle part. Elle est liée à la crise sanitaire : est-il bien raisonnable d'inciter les électeurs à faire la queue, à se rassembler dans des salles communales, alors qu'on ne sait pas encore si l'épidémie sera éradiquée ou non ?

Il s'agit ici des élections départementales et régionales, qui devaient se tenir en mars prochain.  

Renseignement pris auprès du gouvernement et de l'opposition, un consensus semble se dégager autour d'un report de quelques mois, un report au mois de juin.

Ce qui laisserait le temps de modifier la loi, pour permettre, justement, le vote par correspondance.

Mais pourquoi ce vote par correspondance était-il jusqu'ici banni en France ?  

Il ne l'a pas toujours été. Figurez-vous qu'il était autorisé jusqu'à 1975. Mais cette année-là, le gouvernement dit stop, il estime que cette méthode laisse la part belle aux fraudes.  

Et ce n'est pas entièrement infondé. Écoutez cette archive de France 3 Marseille, en 1975, lors d'une élection municipale [extrait sonore]. 

En 1975 donc, le gouvernement met fin au vote par correspondance et le remplace par le vote par procuration.  

C'est-à-dire que vous confiez votre pouvoir électoral à une personne de confiance qui vote pour vous, dans l'urne, le jour du scrutin.  

Alors le sujet peut sembler un peu technique. Après tout, ce qui compte, c'est le bulletin qu'il y a dans l'enveloppe, et non pas la manière dont celle-ci est acheminée.  

Sauf que le vote par courrier a des implications politiques. Il n'est pas neutre électoralement.  

D'abord, si vous l'autorisez, mécaniquement, vous faites monter le taux de participation. Toutes les personnes qui ont peur de se rendre aux urnes pourront tout de même se prononcer.

Et si vous augmentez la participation, notamment des personnes âgées (les électeurs les plus fragiles face au virus), alors vous faites plutôt progresser les partis de gouvernement. Et vous faites plutôt régresser le Rassemblement national, qui obtient chez les retraités des moins bons scores que chez les actifs.  

Est-ce pour cela que Marine Le Pen est contre le vote par correspondance ?  

En tout cas, le gouvernement, lui, est divisé. Les ministres issus du Modem de François Bayrou sont pour. Les députés Modem vont d'ailleurs déposer une loi, fin janvier, pour légaliser cette méthode.   

Le ministre de l'Intérieur - qui organise les élections - y est lui défavorable. Gérald Darmanin ne veut pas en entendre parler. Il l'a signifié assez sèchement il y a quelques jours à l'Assemblée :  

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Si l'on prend du recul, derrière le vote par correspondance, il y a en fait deux risques démocratiques.

Si vous ne l'autorisez pas, il y aura moins de participation électorale, et les élus risquent donc d'être moins légitimes, plus contestés .  

Mais si vous l'autorisez, alors cela peut nourrir la machine à fantasmes, voire l'usine à complot, qui se porte bien, ces temps-ci (merci pour elle).  

Même si les procédures sont extrêmement sécurisées - supposons-le -, cela soulèvera toujours beaucoup plus de doutes que le bon vieux décompte public de l'urne transparente. Sans compter les risques de pertes ou de vol de bulletins, réels ou allégués...  

La politique, c'est aussi de la psychologie collective.  

Par les temps qui courent, la défiance s'accroche, telle une tique, partout où elle le peut sur le corps démocratique. Faut-il vraiment lui offrir une occasion supplémentaire de s'épanouir ?

Frédéric Says

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