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Bal populaire

A gauche, le bal des prétendants

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À retrouver dans l'émission

On a pu assister, hier, à l'Assemblée nationale, à un exercice assez inédit de rassemblement des forces de gauche.

Bal populaire
Bal populaire Crédits : Jean-Philippe Ksiazek - AFP

Les trois groupes politiques représentants la gauche au Palais Bourbon avaient concomitamment déposé une motion de censure dont le but ultime, si elle avait abouti, était de mettre en minorité le gouvernement et de le forcer à démissionner. Ce n'est pas ce qui s'est passé. On est arrivé très loin du compte ce jeudi. 70 députés ont voté cette motion. Il eût fallu qu'ils soient 289 pour renverser Edouard Philippe et ses ministres. 

Mais on a quand même pu voir et surtout entendre la France Insoumise, le Parti Communiste et le Parti Socialiste à l'unisson dans leur concert de protestation. Jean Luc Mélenchon a réclamé le retour de l'ISF :

Pourquoi refusez-vous de rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune ? Pourquoi avoir demandé à ceux qui avaient le moins d'en acquitter la contrepartie ?

André Chassaigne, pour les communistes, a fait valoir la soif de justice sociale de la population française :

La soif de justice contre les boulimiques de l'argent volé. Ce 0,1% de la population qui augmente en 1 an son revenu de 86 000 euros en moyenne et sniffe la plus-value comme de la poudre blanche

Olivier Faure, pour le PS, a dénoncé une politique favorisant les catégories sociales les moins à plaindre :

Vous avez dilapidé les marges financières acquises par les efforts de tous au profit des 1% les plus riches et plus encore les 0,1% d'ultra-riches grands gagnants de votre jackpot fiscal 

Tous les trois ont donc tenu, peu ou prou, le même discours. S'ils étaient là, à défendre cette motion de censure, c'était pour dénoncer la politique inégalitaire du gouvernement et réclamer la prise en compte des aspirations populaires. 

Faut-il pour autant imaginer une réagrégation des forces politiques de gauche ? Absolument pas. 

Déjà, on a pu voir qu'ils n'étaient pas d'accord entre eux sur l'organisation du débat. Les socialistes demandaient que les discussions soient repousser de quelques jours pour tenir compte de ce qui s'est passé à Strasbourg. Les communistes ont fait semblant d'être d'accord mais ils n'ont pas déclenché la procédure pour demander ce report. Et la France Insoumise a balayé tout ça d'un revers de manche, l'air de dire : "ça n'a pas beaucoup d'importance". 

Et pourtant, ça en a, de l'importance.  

Cela témoigne que des forces centrifuges sont plus que jamais à l'oeuvre à gauche

Depuis que le Parti Socialiste n'est plus la grande force politique à laquelle peuvent s'agréger toutes les autres, on assiste à un extraordinaire bal des prétendants. Le premier qui a cru pouvoir récupérer le bâton de maréchal, c'est Jean Luc Mélenchon. Il y a cru. Vraiment. Et depuis il ne s'en est pas remis. On a vu il y a quelques semaines, à l'occasion de la perquisition dans ses bureaux, à quel point le narcissisme dont il était emprunt semblait contredire son discours collectiviste :

La République, c'est moi

Mais la République, ce n'est pas seulement Jean Luc Mélenchon. Ceux qui prétendent incarner la figure républicaine et les aspirations populaires se bousculent à gauche. 

Le Parti Communiste vient de changer de secrétaire général dans l'idée de présenter un candidat à la prochaine élection présidentielle, ce qu'il n'avait pas fait la dernière fois. 

Benoit Hamon continue d'essayer d'exister en dehors du Parti Socialiste avec son mouvement Génération.s. Mais on a vu à quel point c'est difficile à l'occasion de la dernière législative partielle dans l'Essonne, au mois de novembre. Il s'est allié avec les communistes et a présenté un candidat qui postulait à une modeste place de suppléant. 

Yannock Jadot, avec les Verts, est plein d'espoir. Vous avez vu ce qui s'est passé en Allemagne ? L'écologie est de retour. Seulement les Verts, en France, ont énormément de mal à décider s'ils sont avant tout écologistes ou avant tout de gauche. Et ils continuent à errer dans une zone pas bien définie du combat politique en ayant beaucoup de mal à se faire entendre. 

Et puis il y a le petit nouveau, Raphael Glucksman, avec sa formation "Place Publique". Il claironne qu'avec lui, la gauche est de retour, et il est allé faire son premier meeting à Montreuil, là où s'installent depuis quelques années tout ceux que la gauche compte d'intellectuels "bourgeois bohème". 

Pendant ce temps là, de nombreuses enquêtes montrent que les classes populaires sont de moins en moins représentées à l'Assemblée Nationale. Et ces classes populaires descendent, non plus dans la rue mais sur les routes, en se mettant un gilet jaune sur le dos et en revendiquant, dans une aspiration consumériste, des mesures en faveur du pouvoir d'achat. 

Tout ça nous montre que le combat collectif, aujourd'hui, semble avant tout être un combat individuel.

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