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Emmanuel Macron, juste avant sa participation au grand débat national à Gargilesse-Dampierre (Indre), le 14 février 2019.

Avec les grands débats, Emmanuel Macron mène-t-il une campagne déguisée ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Les oppositions craignent une inégalité dans les temps de parole médiatiques.

Emmanuel Macron, juste avant sa participation au grand débat national à Gargilesse-Dampierre (Indre), le 14 février 2019.
Emmanuel Macron, juste avant sa participation au grand débat national à Gargilesse-Dampierre (Indre), le 14 février 2019. Crédits : Guillaume Souvent - AFP

Pour le dire directement : le chef de l’État est-il en train de faire campagne au travers des grands débats ? L'accusation émane de l'opposition. Laurent Wauquiez, chez les Républicains, a saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Alexis Corbière de la France insoumise, a lui soulevé la question hier à l'Assemblée nationale : 

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Dans cette interpellation, Alexis Corbière commet deux erreurs. D'abord, quand Emmanuel Macron participe à un débat pendant six heures, il ne parle pas lui-même pendant six heures. Ceux qui ont regardé ces échanges ont constaté les longs tunnels de questions, au cours desquels le chef de l’État reste coi. On ne peut donc pas lui imputer l'ensemble des mots prononcés pendant ces réunions. Sinon, il faudrait considérer cette intervention, hier, du socialiste André Laignel comme du temps de parole... favorable à Emmanuel Macron. Or ce n'est pas exactement le cas : 

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Deuxième imprécision, quand Alexis Corbière évoque les comptes de campagne. Les comptes de campagne n'ont rien à voir avec le temps de parole. Les premiers sont contrôlés par la Commission nationale des comptes de campagne et du financement politique (CNCCFP). Le temps de parole, lui, est examiné par le CSA. On mélange donc deux choses différentes. 

Noyer médiatiquement l'opposition ? 

Pour autant, la question d'Alexis Corbière est juste. Comment garantir l'équité entre les différents courants politiques à la radio, à la télévision, si le chef de l’État déverse chaque jour ou presque son flot de paroles ? N'y a-t-il pas un risque de noyer médiatiquement l'opposition ? 

Cette interrogation concerne d'abord les chaînes de télévision en continu. Elles ont fait le choix de retransmettre quasi-intégralement les débats auxquels Emmanuel Macron a pris part. La règle du CSA veut que la parole de l'Exécutif (c'est-à-dire Élysée et Gouvernement) représente 1/3 du temps de parole politique diffusé sur les antennes. Cela par période de 3 mois. En l'occurrence, du 1er janvier au 31 mars. On peut donc imaginer la difficulté qu'auront les chaînes d'info continue à rétablir les équilibres d'ici un mois et demi. 

Par ailleurs, le décompte pour les élections européennes n'est pas encore ouvert, pour la bonne raison qu'on ne connaît pas formellement toutes les listes en présence. La campagne officielle commencera à la mi-avril. 

Boomerang

Mais l'omniprésence présidentielle pose deux autres interrogations, médiatique et politique. 

D'abord, les "gilets jaunes" ne sont pas un parti (en tout cas ne l'étaient pas jusqu'ici). Par conséquent, leur temps d'antenne n'a pas été comptabilisé, et encore moins limité. Voilà peut-être pourquoi certains médias, avec une forme de culpabilité (et même de regret d'en avoir trop fait pour les gilets jaunes ?), cherchent à ré-équilibrer, en diffusant les discours présidentiels. 

Cette question posée par l'opposition est aussi un boomerang qui lui revient en pleine face. 

Souvenez-vous : en décembre, les opposants, à gauche et à droite, dénonçaient un président "silencieux", "muré dans son bunker de l’Élysée". Bref, il ne parlait pas assez !

Quand le chef de l’État a commencé à participer à des débats avec les maires, l'opposition a crié à "l'opération de communication sans risques", et l'a exhorté à aller "à la rencontre des citoyens". 

Puis quand Emmanuel Macron s'est rendu dans des débats avec des citoyens, changement de registre : l'opposition a dénoncé ses prises de parole "incessantes", sa "campagne déguisée", ses "monologues" : bref, il parle trop !

Ce piège, l'opposition se l'est donc tendu elle-même. Elle fustigeait un muet du sérail, elle se retrouve avec des digressions à la Castro (sans le soleil). 

La campagne électorale ne devrait pas exclure un peu de bonne foi. Campagne et bonne foi : il n'est pas impossible qu'un oxymore se cache dans cette dernière phrase.

Frédéric Says

Chroniques
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