LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Emmanuel Macron et Gisueppe Conte, le 15 juin au sommet du G7 à Charlevoix (Canada).

Pourquoi il est trop facile d’accuser l’Italie

4 min
À retrouver dans l'émission

En début d'après-midi, Emmanuel Macron reçoit Giuseppe Conte, le chef du gouvernement italien. Sur fond de tensions diplomatiques ouvertes.

Emmanuel Macron et Gisueppe Conte, le 15 juin au sommet du G7 à Charlevoix (Canada).
Emmanuel Macron et Gisueppe Conte, le 15 juin au sommet du G7 à Charlevoix (Canada). Crédits : Ian Langsdon - AFP

Quelqu’un a dit un jour : "les Italiens sont des Français de bonne humeur". La définition se vérifie assez peu, par les temps qui courent. La bonne humeur n’est guère prévue aujourd'hui à Paris, pour la venue du chef du gouvernement italien. 

Giuseppe Conte ne digère pas les critiques formulées par Emmanuel Macron dans l’affaire de l’Aquarius, ce bateau de SOS Méditerranée refoulé par l’Italie. "Cynisme et irresponsabilité", avait dénoncé le président français. Résultat : l’ambassadeur de France a été convoqué par le gouvernement italien. 

Certes, Paris tente de dédramatiser. Selon la ministre des affaires Européennes, Nathalie Loiseau, Emmanuel Macron et Giuseppe Conte ont eu un échange téléphonique avant-hier, qualifié de « cordial ».  En l’occurrence, on ne peut s’empêcher d’entendre le mot « cordial » comme une anti-phrase. Un peu comme la signature d'un e-mail avec la formule « cordialement », qui traduit en général tout sauf la cordialité de l’échange. 

Comment en est-on arrivé là ? 

Il y a bien sûr les différences politiques entre les dirigeants français et italiens. A Rome, l’alliance de la Ligue et du mouvement 5 étoiles (c’est-à-dire de la droite dure conservatrice et des anti-élites) donne quasiment une photographie en négatif du macronisme pro-européen et libéral. Mais la rancœur est plus ancienne. Elle se nourrit du sentiment d’isolement de l’Italie face aux flux migratoires. Le conflit transalpin se joue moins à Paris ou à Rome, qu’à Vintimille ou à Menton. Cette frontière où la police française fait du zèle - au moins - selon les italiens. En avril dernier, un incident avait déjà failli provoquer une crise ouverte. 

"Au lieu d'expulser des diplomates russes, il vaudrait mieux éloigner d'ici les diplomates français", avait tonné un certain Matteo Salvini, devenu depuis ministre de l’Intérieur. 

Cette tension autour des flux migratoires empoisonne la relation franco-italienne depuis plusieurs années… 

Et déjà du temps de Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi. Ce dernier avait d’ailleurs offert aux migrants des laisser-passer pour transiter vers la France. Colère de Paris. Incompréhension de Rome face à l"’arrogance française". 

Un autre symbole a marqué les Italiens : le sourire narquois entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel au moment où une journaliste leur demande si le gouvernement italien présente des garanties de sérieux économique (à 0'16'') :  

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Symbole d'une certaine arrogance économique ressentie, par ailleurs,  dans le dossier des chantiers navals de Saint-Nazaire, où le groupe italien Fincantieri s'estime malmené par l'exécutif français. Voilà le passif, les frustrations qui pèseront sur la rencontre d’aujourd’hui. On ne parle donc pas d’une brouille passagère, mais d’un malaise grandissant entre deux pays fondateurs de l’Union européenne.

Comment en sortir ? D’abord en reconnaissant l’abandon général de l’Europe envers l’Italie, en particulier l'abandon de la France. Ensuite en se gardant de tout sentiment d'orgueil et de mépris. 

Dans ce conflit, la posture facile serait de rejeter la faute sur nos voisins - qui seraient mal lunés, qui auraient mal voté ; ces intolérants qui ne veulent plus accueillir la misère du monde. Et qui, en plus, osent le clamer haut et fort. 

Il serait aisé de dénoncer la dérive populiste dont les migrants font les frais. De renvoyer à leurs turpitudes ces dirigeants autoritaires. Ces vilains petits canards, indignes de l'Union européenne, forcément démocrate et tolérante.

Reste une réalité politique, que l’on préfère ne pas regarder face. Faisons un rapide tour d’Europe :  

Italie, Autriche, Hongrie, Grande-Bretagne, Pologne, Slovénie - et dans une moindre mesure Belgique, Bulgarie, Danemark, Finlande : les partis anti-immigration prennent le pouvoir, ou y participent un peu partout. Les minoritaires, les vilains petits canards ne sont plus forcément ceux qu’on croit. Voilà la réalité du rapport de force européen. Qui n’incite ni à l’arrogance, ni à la forfanterie.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
24 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
Le sport, une arme politique et diplomatique comme les autres ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......