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Olivier Faure (premier secrétaire du PS) et Jean-Luc Mélenchon (président du groupe parlementaire LFI) à l'Assemblée nationale le 28 avril 2020

L'improbable rassemblement de la gauche

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Une quinzaine de représentants des forces politiques de gauche se réunissent demain à Paris à l'invitation du député européen écologiste, Yannick Jadot, pour discuter de l'élection présidentielle de 2022. Il est très probable que les discussions sur un projet d'alliance achoppent.

Olivier Faure (premier secrétaire du PS) et Jean-Luc Mélenchon (président du groupe parlementaire LFI) à l'Assemblée nationale le 28 avril 2020
Olivier Faure (premier secrétaire du PS) et Jean-Luc Mélenchon (président du groupe parlementaire LFI) à l'Assemblée nationale le 28 avril 2020 Crédits : David NIVIERE - AFP

Les représentants d’une grande majorité des forces politiques de gauche vont se retrouver, demain, samedi, dans le 19ème arrondissement de Paris, pour discuter de ce qui les sépare et de ce qui les rassemble. On parle là d’une quinzaine de personnes, socialistes, communistes, insoumis, écologistes.

Ils ont tous lus avec stupeur et inquiétude le sondage publié le week-end dernier par le Journal du Dimanche. Cette enquête d’opinion réalisée par l’IFOP en vue de l’élection présidentielle de 2022 attribuent des scores très faibles aux potentiels candidats de gauche. Yannick Jadot ne dépasse jamais les 10%, quelque soit le scénario. L’actuelle maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, non plus. Et Jean Luc-Mélenchon franchit tout juste ce seuil avec 11, 12 ou 13% d’intentions de vote selon les cas de figure.

Ces scores sont sans appel et confirment l’élimination systématique des candidats étiquetés à gauche au premier tour de scrutin. Tous ont donc répondu favorablement à l’invitation que leur a lancée l’écologiste Yannick Jadot à se réunir pour évoquer, leur a-t-il proposé, l’éventualité de présenter un candidat commun.

Il s’en est expliqué, hier soir, dans l’Emission Politique, sur France 2, dont il était l’un des deux invités :

Divisés, nous sommes incapables de porter une espérance, nous sommes incapables de gagner cette élection présidentielle. Et donc, si nous capables, déjà samedi, de nous mettre autour de la table, petit à petit, vous verrez qu'on avancera vers une candidature commune, c'est ma conviction. Déjà, réfléchissons à un contrat de gouvernement.

Ce scénario s’annonce tout de même très improbable. Déjà parce que les différents protagonistes à gauche n’ont pas les même agendas.

Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat. Il s’est déclaré en novembre dernier. “J’ai un programme et j’ai une équipe prête à gouverner” avait-il alors déclaré. On ne voit pas bien comment il renoncerait à se présenter et il fait valoir qu’il est à ce stade le mieux placé à gauche.

D’ailleurs, il ne participera pas à la réunion prévue demain. Il est actuellement en Amérique latine et se fait représenter. Mais il a déjà énoncé ce sur quoi il acceptait de discuter et ce n’est ni d’un programme commun, ni d’un candidat unique. Son représentant est chargé de négocier un pacte de non-agression avec les autres formations politiques de gauche.

C’est la même chose pour le secrétaire national du Parti Communiste, Fabien Roussel. Lui non plus ne sera pas présent demain. Il se fait également représenter. Parce que lui aussi est d’ores et déjà candidat. Il a été désigné par la conférence national de son parti le week-end dernier et il attend d’être confirmé par un vote des militants communistes prévus le 9 mai.

Et donc, lui non plus ne vient pas discuter de programme ou de candidat commun. Pour lui, l’important, ce sont les élections législatives qui suivront la présidentielle. C’est de ça qu’il veut bien discuter. Ou plutôt son représentant puisqu’il a mandaté le communiste parisien Ian Brossat pour participer à cette réunion.

Les écologistes en voie d'autonomisation

Ils sont en voie d’autonomisation parce qu’ils estiment que c’est leur tour, que l’écologie est la matrice autour de laquelle la gauche doit se réorganiser. 

Ils ont été galvanisés par le score des Verts aux élections européennes, 13,47%, et par le résultat aux municipales avec la conquête de plusieurs grandes villes. Et donc, pour les écologistes, il ne peut y avoir de candidat qu’un écologiste ! La marge de discussion et de négociation s’annonce donc, avec eux également, très étroite.

Et en plus, ils sont divisés. Le parti Europe Ecologie Les Verts a annoncé il y a quelques jours qu’il organisera une primaire au mois de septembre. Primaire de laquelle doit sortir un candidat labellisé "écologiste".

Mais Yannick Jadot n’en veut pas de cette primaire. D’ailleurs, hier soir, il est resté très évasif sur son éventuelle participation à ce scrutin. "On verra" a-t-il éludé. Si ça sert le rassemblement de la gauche, pourquoi pas, mais si ce n’est pas le cas, il n’en sera pas. Yannick Jadot a des ambitions et il estime être le candidat écologiste légitime.

Reste les socialistes, qui viennent demain avec celle qui pourrait porter leurs couleurs, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo. Elle pense, elle aussi, à se présenter. Mais elle hésite. Car son score ne décolle pas dans les enquêtes d’opinion.

Pour ne rien arranger, il y a de vraies divergences de fond entre les différentes formations. Ces divergences se sont exprimées, parfois violemment ces derniers mois, notamment sur la laïcité, la religion, le communautarisme. Au vu de ce tableau, on voit mal comment pourrait déboucher les discussions, demain.

Le problème de la gauche, aujourd’hui, est sans doute qu’elle vit, comme l’ensemble de la société française, ce que le politologue Jérôme Fourquet appelle une "archipellisation". 

Chacun se retrouve sur son îlot et il n’y a plus de logiciel commun. Le communisme et la social-démocratie ne fédèrent plus et l’écologie politique reste à construire. On ne trouve par conséquent que des ambitions qui s’expriment et des formations politiques qui essaient de sauver ce qui peut encore l’être.

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