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Forces de l'ordre et manifestants, dans le cortège parisien du 11 janvier 2020.

Le grand fossé

3 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion du conflit social sur les retraites, la fracture entre les deux camps ne cesse de s'élargir.

Forces de l'ordre et manifestants, dans le cortège parisien du 11 janvier 2020.
Forces de l'ordre et manifestants, dans le cortège parisien du 11 janvier 2020. Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

Ce n'est plus une faille, c'est un fossé béant. Fossé entre deux France à propos de la grève contre la réforme des retraites. 

Il y a les pour, il y a les contre, comme à chaque réforme... mais ce qui est frappant cette fois-ci, c'est que chaque camp se polarise. Et que le fossé s'élargit. 

Ainsi, le soutien au mouvement social reste élevé. Malgré la gêne dans les transports, les sondages continuent d'estimer entre 50 et 60% de la population les partisans de la grève. 

Dans le même temps, l'exécutif engrange aussi davantage de soutiens : 4 points de confiance depuis décembre, selon le baromètre Elabe pour le journal Les Echos. 

Mais il faut lire ce sondage jusqu'au bout. La part des sondés qui répondent "ne pas faire confiance du tout à Emmanuel Macron" a progressé de 7 points en trois mois. 

Qu'est-ce que cela signifie ?

D'abord que les indifférents, ceux qui n'ont pas d'avis, sont de moins en moins nombreux. Il faut être "pour" ou "contre". 

Ensuite, que cette opposition entre deux camps est de plus en plus radicale.

Si l'on schématise, les manifestants opposés à la réforme des retraites dénoncent une "répression", des "violences policières" voire un "état policier" ; ce qui rend légitime, dans leur esprit, la confrontation avec les forces de l'ordre à chaque manifestation. 

De l'autre côté, des opposants à la grève qui pressent le gouvernement d'en finir, de "mater la contestation" et de poursuivre les réformes. 

Dans cette veine, il suffit de regarder la une du magazine Le Point cette semaine : on y voit un Philippe Martinez, le visage déformé par la colère. Le titre ? "Comment la CGT ruine la France". 

Résumons : un camp estime que l'on ne peut plus manifester, l'autre camp estime que l'on ne peut plus gouverner. 

Au-dessus de ce fossé béant, Emmanuel Macron, le président de la République, censément le garant de l'unité de la nation. Il sait qu'il devra combler une partie de cette grande hostilité d'ici à 2022. 

Mais l'exécutif n'a-t-il pas participé à le creuser, ce fossé, et même à en faire une tranchée ? 

Que l'on pense aux propos humiliants sur les gaulois réfractaires et les fainéants, ou plus récemment à cette décision de réduire encore le rendement du Livret A, le produit d'épargne populaire par excellence. Tandis que la taxation des produits financiers a été allégée en début de quinquennat. 

Cela donne l'impression que le fameux acte II du quinquennat a été de courte durée, juste le temps de faire enlever leur chasuble jaune aux manifestants. 

Ce grand fossé qui cisaille le village France fait naître ou renaître des vocations. Ce n'est pas un hasard, si c'est dans cette ambiance, que plusieurs personnalités disent tout fort penser à 2022. 

Marine Le Pen a déclaré hier sa candidature. Ségolène Royal a aussi vers un pas vers la présidentielle, c'était hier soir sur BFM TV :  

"Si je suis la mieux placée, je serai prête !"

Voilà donc que le climat orageux fait pousser les ambitions présidentielles.  Sous-entendu, avec moi, le dialogue et l'apaisement, le raccommodage du tissu social déchiré. 

Ce sera aussi l'un des enjeux de la prochaine présidentielle. Le candidat Macron promettait la bienveillance et la réconciliation. Y est-il parvenu ?

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