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Flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris (avril 2019)

La politique est dans la flèche

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On se demandait où était passé le débat public. Il s'est niché dans la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris (avril 2019)
Flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris (avril 2019) Crédits : Bertrand Guay - AFP

On se demandait où était passé la politique ? Depuis quelques jours, il n'y avait plus de débat public. Une trêve s'était imposée. 

Une trêve décrétée par Emmanuel Macron qui avait renoncé lundi soir à exposer aux français ses propositions censées répondre au Grand Débat National. Trêve également acceptée par les formations politiques d'opposition suite à l'émotion suscitée par l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. 

Et finalement, la politique resurgit en un endroit assez inattendu : dans la flèche de la cathédrale !

Tout est parti des déclarations du premier ministre, Edouard Philippe, à l'issue du Conseil des Ministres, mercredi, lorsqu'il a évoqué son intention de lancer un concours international pour restaurer cette flèche :  

Le concours international permettra de trancher la question de savoir s'il faut reconstruire la flèche qui avait été pensée et construite par Viollet-le-Duc à l'identique ou s'il faut, comme c'est souvent le cas dans l’évolution du patrimoine, doter la cathédrale Notre-Dame de Paris d'une nouvelle flèche adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque  

Le soir même, Emmanuel Macron lui a emboîté le pas en indiquant dans un communiqué transmis à la presse que cette flèche "ne faisant pas partie de la cathédrale d'origine, (il) souhaite qu'une réflexion soit menée et qu'un geste architectural soit envisagé". 

Le lendemain matin, branle-bas de combat : "Qu'est-ce qu'il a voulu dire par là ? Il veut quoi ? Une flèche en verre aux courbes futuristes ? Sur ce monument pluricentenaire ?" Les experts, les architectes, les acteurs du milieu du patrimoine se sont emparés du débat. 

Et on a vu resurgir la querelle "des anciens et des modernes". Avec d'un côté, les défenseurs de l'orthodoxie patrimoniale comme l'ancienne directrice du patrimoine au ministère de la culture, Maryvonne de Saint-Pulgent : 

Les procédures patrimoniales ne sont pas des procédures de constructions neuves. Moi, je suis tout à fait d'accord pour faire ce qu'on veut dans les constructions neuves mais c'est pas le cas ici. On n'est pas dans le cadre d'une construction neuve.

Et du côté des modernes, l'architecte Jean Michel Wilmotte notamment, a émis l'idée, avec quelques circonvolutions, qu'on pouvait peut-être envisager un projet plus contemporain :  

C'est important aussi que les architectes s'expriment sur un sujet comme celui-là. C’est hyper intéressant. Ça peut être un "côté" conservateur ou un "côté" futuriste. Les deux sont intéressants.  

Ensuite, la sphère politique s'est emparée du débat  

On est passé d'un débat entre les anciens et les modernes à un affrontement entre conservateurs et progressistes. Un hashtag est né sur twitter : #TouchePasANotreDame. 

Ça ressemble un peu au slogan contre le racisme inventé par la gauche dans les années 80 : "Touche pas à mon pote". Mais ce slogan là est plutôt porté par la droite comme s'il disait : "touche pas à ma cathédrale", le monument étant érigé en un symbole de l'identité nationale. 

Ce hashtag a été relayée par Marine Le Pen. 

"Les Républicains" se sont également saisis du débat avec Laurent Wauquiez qui a invité le chef de l'Etat à ne pas "défigurer" la cathédrale. 

Le candidat "tête de liste LR" aux européennes, François-Xavier Bellamy, a, lui, convié Emmanuel Macron à faire preuve d'un peu d'humilité : 

Il ne faut pas que nos gouvernants soient pris d'un excès d'orgueil. Nous ne sommes pas là, comme politiques, pour apporter notre touche à cet héritage mais d'abord pour faire en sorte ceux qui sauront le restaurer puissent mener à bien leur mission.  

La gauche également s'est emparée de la question. De façon beaucoup plus modeste, moins affirmée, moins tonitruante (la défense de l'identité, ce n'est pas vraiment son créneau). Mais quand même...

Le candidat "tête de liste de l'alliance entre le Parti Socialiste et Place Publique", Raphael Glucksmann, a fait connaître ses réserves sur la chaine "Public Senat" :  

Moi, je ne suis pas du tout un philosophe conservateur. J'essaie de voir que l'identité, dans une nation, peut évoluer; Mais je ferais attention, en fait. Attention à ne pas trop cultiver le culte de la modernité dans un édifice qui est quand même censé nous transmettre quelque chose de notre passé.

Vous aurez noté que les deux philosophes que l'on vient d'entendre sont tous deux têtes de liste pour les élections européennes et qu'ils ne sont pas interrogés sur les enjeux européens. La campagne est complètement occultée alors qu'on est à un tout petit plus d'un mois de l'échéance (on vote, je vous le rappelle, le 26 mai prochain). 

Et le pouvoir exécutif n'est peut-être pas complètement étranger à ce phénomène. 

Avant l'incendie de la cathédrale, Emmanuel Macron donnait le sentiment de vouloir faire durer plus que de raison le Grand Débat qu'il avait lancé début janvier et qui lui a permis de retrouver quelques couleurs dans l'opinion. 

Il a été privé, en début de semaine, du "moment" politique qu'il avait soigneusement préparé pour exposer ses premières conclusions et ses solutions. Dès lors, il empoigne, il lance même, le débat sur la restauration de la flèche et instaure un affrontement entre conservateurs et progressistes. Entre ceux qui regardent vers le passé et ceux qui se tournent vers l'avenir. 

Peut-être parce qu'il n'a rien à gagner à ce que démarre la campagne pour les européennes. 

Car la frange de la population qui n'est pas encore politisée et qui est susceptible de se politiser tardivement, à l'approche de l'échéance, n'est sans doute pas très favorable à une Europe débridée telle que la promeut le chef de l'Etat. Ce sont plutôt les ruraux, ceux qui craignent la mondialisation et qui, pour exprimer cette crainte, ne vont pas voter Macron. 

C'est donc peut être la crainte de voir baisser le score que lui prêtent aujourd'hui les enquêtes d'opinion qui incitent Emmanuel Macron à essayer d'éviter que ne démarre véritablement la campagne électorale.

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