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François Fillon fut le plus jeune député de France en 1981.

Les jeunes premiers en politique

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Depuis cette semaine, le record du plus jeune ministre est détenu par Gabriel Attal, 29 ans. Mais les jeunes pousses d'aujourd'hui font-elles les dirigeants de demain ? Pas si sûr...

François Fillon fut le plus jeune député de France en 1981.
François Fillon fut le plus jeune député de France en 1981. Crédits : Capture d'écran - INA

29 ans et 7 mois : voici l'âge du plus jeune ministre de la Vème république. Il s'appelle Gabriel Attal, et vient d'être nommé à la faveur du remaniement de cette semaine. Jusqu'ici député En Marche, il sera précisément secrétaire d'Etat à l'Education nationale et à la jeunesse. Alors j'ai eu envie de regarder, dans l'Histoire politique, qui sont ces jeunes premiers, ces nouvelles pousses. Si elles ont ensuite éclos - et à quelle vitesse elles ont fané. 

"Je leur apporte mon inexpérience"

1981 : le benjamin de l'Assemblée nationale a 27 ans et il est élu de la Sarthe. Il fait profil bas, et paraît gêné par les projecteurs médiatiques.

La liste des benjamins de l'Assemblée nationale est impressionnante : on y croise Jaurès, élu à 26 ans ; Pierre Mendès-France à 25. 

On y lit aussi l'histoire des forces politiques en dynamique. En 1995, le plus jeune député est bien sûr un chiraquien, un certain Jean-François Copé. En 2004, c'est un dénommé Laurent Wauquiez. Et puis signe des temps : en 2012, et en 2017, les deux benjamins furent des élus Front national. 

Les éternels jeunes premiers

Question : le titre de plus jeune député de France est-il une boule de cristal dans laquelle on voit ceux qui dirigeront la France 30 ans plus tard ? Pas forcément, le cimetière politique regorge aussi de ces précoces élus. Des Césars du meilleur espoir, en quelque sorte, mais un espoir déçu. Il y a aussi ceux qui restent les éternels jeunes prometteurs : Benoît Hamon (51 ans désormais), ou François Baroin (53 ans). Et puis le plus jeune premier ministre de France, nommé à 37 ans : Laurent Fabius, en 1985. Il ne le sait pas encore, mais ce sera en fait le sommet de sa carrière. Car il arrive que le train ne repasse plus. 

La presse raffole de ces jeunes talents...

Dans les portraits qu'elle leur consacre, les impétrants, à droite, sont qualifiés de « jeunes loups » ; à gauche, d’éléphanteaux. Nicolas Sarkozy a 20 ans quand il monte à la tribune d'un meeting RPR. On lui a accordé 5 minutes de discours, il en prend 15.

"Ce qui nous intéresse, c'est d'aider Jacques Chirac à accomplir le destin qui est le sien... et qui est grand, tellement grand !"

Et l'on observe ici l'un des risques pour les "jeunes premiers". Être précocement dans la lumière médiatique, c'est être poursuivi toute la vie par les déclarations des jeunes années, au risque de les démentir ensuite. La passion chiraquienne de Nicolas Sarkozy s'est un peu estompée... 

En 2007, le plus jeune député de France est le socialiste Olivier Dussopt. Dans un portrait que Libération lui consacre, il déclare alors ceci : « renoncer à nos valeurs pour aller vers une conversion forcée au social libéralisme, je refuse ». Olivier Dussopt est désormais... ministre d'Emmanuel Macron. Il est à Bercy et s'occupe de la fonction publique. 

Tiens, pour faire transition avec la littérature, savez-vous qui est le plus jeune lauréat du prix Goncourt ? Ils sont en fait deux, récompensés à 26 ans : Adrien Bertrand, 1914, et Jean-Louis Bory, en 1945. On a retrouvé dans les archives une interview de ce dernier, qui pourrait s'appliquer à la politique : 

"Un prix littéraire, ça peut être mortel pour un jeune écrivain. Vous avez immédiatement un énorme tirage qui entoure ce premier livre. Votre second livre ne jouit pas de cette publicité monumentale, vous le tirez votre second livre à un tirage normal, si tout va bien à 2000 exemplaires. C'est une catastrophe, ça peut vous briser les pattes. Ce n'est pas tout d'avoir le prix Goncourt. Le tout, c'est de se le faire pardonner. Et je vous assure que c'est assez coton". 

« C'est assez coton ».  Il faudrait toujours adjoindre cette citation de Jean-Louis Bory à ce classique vers de Corneille : « aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années ».

Frédéric Says

Chroniques

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