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Loi asile-immigration : quand la "machine Macron" se grippe

4 min
À retrouver dans l'émission

L'examen houleux de ce texte révèle des failles dans la méthode de l'Exécutif.

Que l’on soit opposant ou partisan d’Emmanuel Macron, si l’on examine cette première année au pouvoir, on ne peut que constater la concrétisation rapide de nombreux engagements présidentiels - de la loi travail à la loi de moralisation de la vie publique, de l’augmentation du minimum vieillesse à la réduction de l’impôt sur la fortune...     Pourtant, quelque chose semble s’être grippé, avec cette loi asile et immigration, examinée depuis lundi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Son adoption est laborieuse. Et tout se passe comme si les atouts de la méthode Macron s’étaient volatilisés. Détaillons cette méthode. 

Il y avait d’abord la rapidité. Des textes votés à la vitesse de l’éclair, qui laissaient à peine le temps aux oppositions de s’opposer, qui empêchaient les débats de s’éterniser - et les polémiques de cristalliser. Cette fois-ci, l’Assemblée nationale a dû étirer le calendrier prévu. Le vote solennel de la loi était annoncé pour ce soir. Finalement, les députés siègeront demain matin, midi et soir, et peut-être même dimanche... Voilà donc l'Exécutif contraint à regarder tourner les horloges, alors qu’il se voulait maître du temps. 

Autre accroc à la mécanique macroniste : la déstabilisation parlementaire a changé de camp. Jusqu’ici, la position centrale du mouvement En Marche lui permettait de tenter de grapiller quelques voix au centre-gauche et au centre-droit. Et en tout cas de semer le doute chez ses adversaires. Cette fois-ci la centralité s’est retournée. En Marche est sous le feu croisé de ses opposants LR et PS, France Insoumise et FN. Le gouvernement est contraint de subir les coups de boutoir à sa gauche et à sa droite, alors qu’il se voulait maître du jeu. 

Une autre marque de fabrique du macronisme a été mise à mal pendant l’examen de cette loi asile et immigration. Cette marque de fabrique, c’est celle de l’écoute souriante face à la contradiction, la courtoisie dont se prévaut Emmanuel Macron chaque fois qu’il rencontre un interlocuteur un peu véhément. Cette fois, point de stoïcisme bienveillant. A l'image de ce coup de colère de la ministre Jacqueline Gourault dans l’hémicycle il y a un peu plus de 24 heures. 

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La ministre pressée de répondre par la droite sur "je cite", un plan caché de régularisation des clandestins. Le gouvernement apparaît sur la défensive, agacé et nerveux, alors qu’il se voulait maître de lui-même. 

Et puis c’est peut-être le fait politique le plus spectaculaire : l’apparition d’une fronde à l’intérieur du groupe En Marche, pour la première fois à l’occasion de ce texte asile-immigration.  Alors le mot « fronde » est peut être un peu excessif : on est loin du quinquennat précédent, avec le groupe de députés socialistes qui voulaient faire tomber le gouvernement. Mais enfin, il va se trouver au moins une demi-douzaine de députés En Marche qui voteront contre ou s’abstiendront sur ce texte. Malgré les mises en garde de Richard Ferrand. Le patron du groupe est contraint de brandir le bâton. Lui qui se voulait maître de ses troupes. 

Alors pourquoi, pourquoi est-ce sur cette loi asile immigration que la machine macron se grippe ?  D’abord parce que c’est le sujet propice pour cela. Essayer de parler droit d’asile ou immigration dans un repas de famille, vous connaissez le résultat. Il serait curieux qu’il n’en soit pas de même à l’intérieur d’un hémicycle. Le sujet passionne, divise et parfois hystérise. Il est incandescant, il renvoie aux craintes sur l’identité. Mais l’explication ne s’arrête pas là. 

Si le projet gouvernement sur l’asile et l’immigration suscite cet effet, c’est aussi parce que le thème fut un grand absent de la campagne d’Emmanuel Macron. Le candidat avait bien promis de réduire les délais d’instruction des dossiers ; il avait aussi salué le courage d’Angela Merkel dans l’accueil des migrants, mais pas beaucoup plus. Ce ne fut pas l’un des grands thèmes mis en avant. D'ailleurs, aucun des 312 députés En Marche n’a rejoint Emmanuel Macron au motif de la justesse de ses vues sur l’asile et l’immigration. Pour être un député en marche, il était clair dès la campagne qu’il fallait se situer dans une perspective libérale sur l’économie, libérale aussi sur les mœurs. Mais l’immigration et l’asile, mystère ! Jusqu’ici, les projets de loi du gouvernement avaient paru chloroformer la gauche et la droite. Ce projet de loi asile et immigration semble les réveiller. La suite nous dira si ce fut un fugace accident de parcours ou un tournant du quinquennat.

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