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Hier soir sur France 2, Xavier Bertrand a envisagé une candidature à la présidentielle de 2022... à condition d'être réélu en 2021 à la tête de la région Hauts-de-France.

Xavier Bertrand, le bavard du sérail

4 min
À retrouver dans l'émission

Longtemps muet sur la scène nationale, le président de la région Hauts-de-France a fait hier soir son retour. Il tente de trouver un espace politique entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Hier soir sur France 2, Xavier Bertrand a envisagé une candidature à la présidentielle de 2022... à condition d'être réélu en 2021 à la tête de la région Hauts-de-France.
Hier soir sur France 2, Xavier Bertrand a envisagé une candidature à la présidentielle de 2022... à condition d'être réélu en 2021 à la tête de la région Hauts-de-France. Crédits : François Lo Presti - AFP

Il n'est pas venu pour rien. Invité de la nouvelle émission politique de France 2 hier soir, face à Léa Salamé et Thomas Sotto,  le président de la région Hauts-de-France a fait un pas explicite vers une candidature à la présidentielle : "J'y pense" (sans préciser si c'est en se rasant). 

On l'avait laissé il y a quatre ans, avec ce soupir de soulagement au moment des régionales, miraculé, élu d'un cheveu face au Front national et avec l'appui de la gauche. Voilà le mythe fondateur du "Bertrandisme", si un jour ce néologisme était appelé à s'imposer. 

Il dit avoir perdu à cette occasion toute arrogance, tout hubris du jeune loup qu'il était. Xavier Bertrand se veut maintenant paré de sagesse, de la sagesse populaire, du bon sens local. Emmanuel Macron dirait "bottom up", lui préfère l'expression « proche des gens », dans une pose à peine affectée. 

Manifestement, le fameux bon sens autorise même à enfoncer allégrement quelques portes ouvertes : "le débat, il n'appartient pas aux politiques, pas aux journalistes, il appartient aux Français", lance Bertrand, les yeux plissés. 

Et comme chacun sait, "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras". Et "tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise". Xavier Bertrand, toujours : les politiques, "le jour ils sont élus, ils pensent uniquement à leur réélection !"

Hier soir, les portes ouvertes ont donc un peu souffert. Surtout que cette sentence n'empêche pas le même Xavier Bertrand, quelques secondes plus tard, de lui-même se porter candidat à sa propre succession à la tête de la région Hauts de France en 2021.  

Sur le fond, cet ancien de LR cherche l'interstice entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. 

Pas évident : le premier emprunte à la droite ses thèmes et les électeurs, la seconde essaye de se normaliser. Quel espace reste-t-il ? 

Alors, Bertrand tente le chaud et le froid : plus à droite que le gouvernement sur l'immigration et la sécurité, plus à gauche sur le sujet des retraites. Il plaide ainsi pour une réforme qui allonge certes la durée de travail, mais qui favorise les retraites anticipées pour les métiers pénibles physiquement. Au risque de recréer des régimes spéciaux dont il disait ne plus vouloir. C'est la prose de monsieur Jourdain appliqué aux retraites. Xavier Bertrand tente de remplacer le clivage gauche-droite par une opposition Paris-Province.

A-t-il ses chances ? 

A vrai dire, cet ancien de LR profite surtout de la pénurie de poids lourds à droite. Presque tous et toutes éliminés par les affaires (Fillon), les primaires (Juppé, Sarkozy) ou les contre-performances électorales (Wauquiez). 

Xavier Bertrand, lui, a quitté la scène nationale et le parti Les Républicains juste à temps. En quelque sorte, il est sorti du saloon juste avant que ça commence à flinguer. Le voici l'un des rares survivants. Qui l'eut cru il y a dix ans ? 

Mais le Picard se sent porté par un contexte favorable. Face à un pouvoir accusé d'être trop technocrate, trop parisien, et après un mouvement des gilets venu des entrailles du pays, Xavier Bertrand se dit que c'est son moment, lui que se décrit en "provincial à portée d'engueulade de l'électeur". 

Qu'importe si son CV d'ancien ministre, ex-dirigeant de l'UMP, n'en fait le candidat anti-système le plus évident. 

Il a pour lui son passé de self made man - là non plus un terme qu'il n'utilisera pas, ça fait trop quartier de la Défense dans les années 80 -, mais disons un bâtisseur, ancien assureur à Saint-Quentin dans l'Aisne, devenu poids lourd de la politique sans passer par l'ENA ni Sciences Po. De cette génération qui a vu le langage politique devenir une langue morte. 

Ce qui est intéressant dans ce parcours, c'est qu'il est justement l'incarnation de l'ancien monde. Celui qui passait d'un ministère à l'autre, d'une ambition à la suivante. Des postes attribués au trébuchet du poids politique plus qu'à la compétence intrinsèque. Le week-end à flatter l'électeur et à cajoler le militant pour affermir son courant et peser sur la vie du parti. 

Xavier Bertrand a compris, avant d'autres, que ce modèle était périmé. Son équivalent à gauche est peut-être Arnaud Montebourg. Lui aussi ancien expert des batailles d'appareils, reconverti depuis 2017 dans les ruches et la production de miel Made in France. Le boulot d'entrepreneur au plus près de la vie concrète, en Cincinnatus version Saone-et-Loire, l'ancien général romain parti labourer ses champs. 

Comme si l'ancien monde, pour espérer jouer un rôle dans le futur, devait passer par un sas de décontamination - ou plutôt de reconnexion à la terre, au terrain, aux terrils, loin de la politique d'en haut. 

Le général de Gaulle se voulait au-dessus des partis. Xavier Bertrand, lui, se veut... en dessous des partis.

Frédéric Says

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