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Manifestation d'agriculteurs devant la préfecture de la Sarthe, au Mans, en octobre 2019

L'agriculture à l'épicentre du "en même temps" macronien

4 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron se rend une nouvelle fois au salon de l'agriculture, ce week-end, et va tenter de convaincre les agriculteurs qu'ils doivent à la fois rester concurrentiels et prendre en compte les exigences croissantes de la population en matière de préservation de l'environnement.

Manifestation d'agriculteurs devant la préfecture de la Sarthe, au Mans, en octobre 2019
Manifestation d'agriculteurs devant la préfecture de la Sarthe, au Mans, en octobre 2019 Crédits : Jean-François MONIER - AFP

Comme l'an passé et comme l'année auparavant, Emmanuel Macron ira cette année arpenter les allées du Salon de l'Agriculture. Il va même l'inaugurer après l'ouverture des portes demain matin. 

A la suite de quoi il sera nécessairement interpellé par les acteurs d'une profession en souffrance. Car les signaux du malaise paysan se multiplient. Le nombre de suicides proportionnellement plus élevé chez les agriculteurs que dans le reste de la population n'en est qu'un parmi d'autres.  

Ce contexte pourrait donner lieu, encore une fois, à des échanges musclés.  A l'image de celui-ci, à propos du glyphosate, en 2018.  Emmanuel Macron tentait d'expliquer qu'il faudra rapidement s'en passer :  

- Le glyphosate, il n'y a aucun rapport qui dit que c'est innocent. Moi, j'aurai à répondre de ce que je fais demain, après demain. Dans le passé, on a dit que l'amiante, ce n'était pas dangereux. Et après, les dirigeants qui ont laissé passer ont eu à répondre. Les ouvriers agricoles, les consommateurs qui demain diront : "Vous aviez le glyphosate, vous le saviez, vous n'avez rien fait, ils me regarderont les yeux dans les yeux. Ils n'iront pas vous chercher vous. - Oh la oh ! - Non mais d'accord. - nous on est calme, vous vous calmez s'il vous plaît. - Attendez, vous êtes calme ? Mais vous vous prenez p... - Oui je suis calme. - Non, non, non, vous m'avez sifflé dans le dos depuis tout à l'heure.

Anticipant cette visite demain et une nouvelle confrontation avec le monde agricole,  Emmanuel Macron s'exprime, ce matin, dans de nombreux journaux de la presse quotidienne régionale, Ouest France, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Sud Ouest, Le Progrès, La Voix du Nord...etc... 

Il essaie de rassurer les agriculteurs, de montrer qu'il est là pour les protéger, qu'il a l'intention de leur garantir des salaires décents et de meilleurs retraites. Tout en réaffirmant qu'ils vont devoir continuer à s'adapter aux évolutions du monde qui les entourent.  

Pour beaucoup, l'adaptation aux évolutions du monde est douloureuse 

L’adaptation est difficile et les garanties apportées ou promises par le chef de l'Etat ne permettent pas, à nombre d'entre eux, de vivre correctement de leur métier. 

La difficulté vient du fait que l'agriculture française est à l'épicentre du "en même temps" macronien. Les agriculteurs sont soumis à des pressions qui viennent de toute part. 

Prenons par exemple l'affaire des pesticides et des zones d'épandage pour lesquelles la réglementation a changé depuis le premier janvier. 

Suite aux arrêtés anti-pesticides prises par un certain nombre de maires, le pouvoir exécutif a signé un décret, le 27 décembre, qui interdit d'épandre des produits phytosanitaires autour des habitations à moins de 10 mètres ou 20 mètres selon leur dangerosité. Des distances qui peuvent être réduites à 3 mètres, 5 mètres, si l'exploitant est équipé d'un matériel d'épandage homologué (matériel qui évite la dispersion des produits dans l'atmosphère).  

Le résultat est que personne n'est content. Ni les agriculteurs qui doivent réduire leurs zones d'exploitations et affirment que leurs revenus vont diminuer. Ni les associations de défense de l'environnement qui estiment que les distances sanitaires sont insuffisantes.  

Les agriculteurs sont soumis à des exigences souvent difficilement conciliables

On voit bien là les contingences contradictoires, difficilement conciliables, auxquelles est soumis le monde agricole. 

D'un côté, on leur demande de rester compétitif dans un secteur où la concurrence est encouragée. La fin des quotas décidée par l'Union Européenne sur le lait et le sucre (en 2015 et 2017) en est un parfait exemple. 

Et d'un autre côté, on leur demande de s'adapter aux exigences de plus en plus fortes, de plus en plus intransigeantes même, de la population en matière de défense et de préservation de l'environnement. 

Pour prendre en compte les aspirations à une meilleure qualités des aliments, on les incite à se convertir à l'agriculture biologique. Mais parallèlement, on leur impose un cahier des charges plus contraignant que celui auquel sont soumis nos voisins européens. Les tomates bio, par exemple, ne peuvent plus, depuis peu, être produites en France en hiver alors que c'est permis au delà de nos frontières nationales.

Et Emmanuel Macron veut prendre en compte toutes ces exigences, toutes ces aspirations. 

D'un côté, il entend faire prospérer l'économie française dans un contexte de plus en plus mondialisé. Et donc il entérine le CETA, le traité de libre-échange avec le Canada, qui renforce la concurrence.  

Et d'un autre côté, il met en place une réglementation tatillonne, coûteuse et contraignante sur le bien être animal dans le cadre de la loi EGALIM votée en 2018.  

Les difficultés d'adaptation sont accentuées par le fait qu'il y a encore 60 ou 70 ans, la France était un pays de paysans. 30% des actifs travaillaient alors dans l'agriculture. 

Et le modèle consacré alors était l'exploitation familiale avec "deux UTH" disait-on alors, pour Unité de Travail Humain. C'est à dire qu'on travaillait en couple, en famille. 

Les agriculteurs d'aujourd'hui sont les héritiers désespérés de ce modèle en déliquescence. Beaucoup se retrouvent seuls, sans le sou et ont de plus en plus le sentiment d'être des mal-aimés. 

Malgré tout, on leur dit : c'est marche ou crève. 

Le récent succès du film aux plus de 2 millions d'entrée "Au nom de la terre" illustre le fait qu'un certain nombre d'entre eux ne sont pas en capacité de marcher.

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