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Déboussolé

L'engagement politique intermittent

4 min
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On ne vote plus pour des hommes, on ne s'engage plus pour des projets de société. On s'engage et on vote pour des causes ponctuelles, fugaces, de façon désordonnée et inconstante.

Déboussolé
Déboussolé Crédits : erhui1979 - Getty

Vous avez sans doute remarqué que la droite est divisée sur la privatisation d'Aéroports de Paris. Je parle de la droite dite "républicaine" et plus précisément du "Les Républicains" face au processus qui vient d'être lancé et qui consiste à recueillir 4 millions 700 000 signatures avec pour objectif, s'il aboutit, d'organiser un référendum autour de la question : "faut-il privatiser ADP ?". 

Un certain nombre de parlementaires "Les Républicains" se sont engagés dans ce processus. Ils ont apporté leur signature pour son déclenchement et ils ont participé, mercredi soir, au lancement de la campagne qui vise à inciter les français à se prononcer en faveur du  référendum d'initiative partagé (RIP). 

C'est notamment le cas du député du Val-de-Marne, Gilles Carrez, contre la privatisation et pour le référendum, quitte à se retrouver aux côtés de la gauche pour défendre cette position. Aux côtés des insoumis, des communistes et des socialistes :  

Nous travaillons ensemble, heureusement. Nous avons toujours su avec les collègues de gauche, et notamment avec les collègues communistes, quand l'intérêt général l'exigeait, nous mettre d'accord sur des projets. Mais il n'en demeure pas moins que nous avons des différences plus générales. Par exemple, eux sont totalement opposés aux privatisations. Moi, j'ai défendu les privatisations dans le secteur concurrentiel. Aujourd'hui, c'est plus une question de parti politique, c'est une question de rapport avec nos concitoyens.

D'autres à droite sont contre la privatisation mais sont aussi contre le référendum qui vise à l'empêcher.  Ceux-là, on les retrouve beaucoup au Sénat, derrière le président "Les Républicains" du Sénat, Gérard Larcher. Parce que, dit-il, ce référendum qui vise à consulter les français met en danger la démocratie représentative :  

Pour moi, très clairement, c'est un détournement de démocratie représentative. Est-ce que le référendum d'initative partagé, c'est pour faire, en quelque sorte, un troisième tour après le choix de la majorité ?

D'autres encore sont contre la privatisation et contre le référendum mais pas pour les mêmes raisons. Le député de l'Oise, Eric Woerth, a refusé de s'engager dans le processus référendaire pour une question de cohérence politique vis à vis d'un supposé électorat de droite :  

Non, pas moi. Je pense qu'on ne doit pas faire ça. Ça crée de la confusion politique, donc c'est pas bon en ce moment. Et puis dans l'ADN des "Républicains" et de la droite, il y a les privatisations.

On a donc une droite complètement divisée sur ce qu'elle considère être le plus important dans cette affaire. 

Pour certains, le plus important, c'est d'empêcher une privatisation qu'ils réprouvent. Pour d'autres, même s'ils s'opposent à la privatisation, c'est de respecter le bon fonctionnement des institutions. Et pour d'autres encore, c'est d'être fidèle à une ligne partisane et d'être cohérent vis à vis de son électorat. 

Il y a là de quoi singulièrement dérouter les militants, les électeurs, les citoyens.  

Le comportement des militants, des électeurs, des citoyens est de plus en plus déroutant  

Au regard des récents scrutins, et plus particulièrement au regard du scrutin européen du 26 mai dernier, on s'interroge : Pour qui et pour quoi votent les électeurs ? Pour qui et pour quoi les militants s'engagent-ils ? 

Pas pour des personnes. C'est ce que certains ont pu constater avec une certaine surprise. François Xavier Bellamy, à droite, et Ian Brossat, à gauche, ont fait une bonne campagne mais ils ont tous deux pris une raclée électorale. A contrario, Nathalie Loiseau a fait une mauvaise campagne et malgré tout, elle a fait un score tout à fait honorable. Ce ne sont donc pas des questions de personnes qui ont fait le vote. 

Les électeurs se sont beaucoup plus engagés pour une cause.  C'est ce que montre le score assez élevé des écologistes. Ce ne sont pas les beaux yeux de Yannick Jadot qui ont séduit, les jeunes notamment, mais la défense de la cause environnementale face aux signes avérés du dérèglement climatique. 

On a aussi beaucoup voté pour ce qu'on ne souhaite pas plus que pour ce qu'on souhaite. De nombreux électeurs se sont prononcés contre. Contre Emmanuel Macron d'un côté ou contre Marine Le Pen de l'autre. 

On a pu voir aussi que les électeurs sont infidèles. Toute une partie de l'électorat qu'on pensait acquis à la droite a finalement considéré que l'ordre et la sécurité auxquels il aspire étaient tout aussi bien défendus par le pouvoir en place et par Emmanuel Macron. 

On constate donc que le vote et l'engagement militant est de plus en plus insaisissable, de plus en plus fugace, de plus en plus intermittent. 

C'est dû à quoi ? Sans doute, pour une part, au discrédit des responsables politiques perçus comme des professionnels qui font fructifier une rente électorale et qui s'accrochent à leurs privilèges. 

Les idéologies sont également discréditées. Le communisme et le socialisme ont vécu, le libéralisme a montré ses limites. 

On ne vote donc plus pour des hommes. On ne s'engage plus pour des projets de société. On s'engage et on vote pour des causes ponctuelles, fugaces, de façon désordonnée. Le militantisme, l'engagement politique sont de plus en plus intermittents. 

Ce qui a pour effet de désorienter les responsables politiques qui ne savent plus à quel saint se vouer. Qui ne savent plus ce qui pour l'électeur, pour le citoyen, est important.

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