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"HALLUCINANT !", a réagi Marine Le Pen sur Twitter.

Marine Le Pen doit-elle subir une expertise psychiatrique ?

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La présidente du Rassemblement national proteste contre une demande d'expertise ordonnée par la justice, suite à sa mise en examen pour "diffusion de message violent".

"HALLUCINANT !", a réagi Marine Le Pen sur Twitter.
"HALLUCINANT !", a réagi Marine Le Pen sur Twitter. Crédits : Yann Coatsaliou - AFP

Dit comme ça, la question peut dérouter. Et pourtant, elle se pose. La justice demande à la présidente du Rassemblement national de se soumettre à une "expertise psychiatrique". C'est Marine Le Pen elle-même, ulcérée, qui l'a annoncé hier. Elle a publié sur Twitter l'ordonnance qui la convoque - en oubliant d'ailleurs de masquer son adresse personnelle et les coordonnées téléphoniques de la juge, mais c'est une autre question. 

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« Je croyais avoir eu droit à tout, se lamente Marine Le Pen, eh bien non. (...) Jusqu'où vont-ils aller ? » 

De quoi s'agit-il ? La justice lui ordonne cette expertise psychiatrique dans le cadre de l'enquête sur la diffusion par Marine Le Pen de photos d'atrocités commises par Daesh. Cela se passe fin 2015. A l'époque, elle veut protester contre un "parallèle" établi par le journaliste Jean-Jacques Bourdin, entre l’État islamique et le Front national. « Daesh c'est ça », tweete alors rageusement Marine Le Pen, en publiant ces photos où l'on voit des prisonniers de l'Etat islamique ; l'un brûlé vif dans une cage, l'autre décapité, un troisième écrasé par un char. 

La dirigeante du Rassemblement national a depuis été mise en examen pour « diffusion de message violent » (et non "apologie du terrorisme"), après que l'Assemblée nationale a levé son immunité parlementaire

Alors Marine Le Pen doit-elle aller voir un psychiatre ? Chez ses partisans, l'ordonnance de la justice a choqué. Louis Aliot et Nicolas Dupont-Aignant la comparent au traitement réservé aux dissidents sous l'Union soviétique : c'est un peu le point Godwin version Sibérie. 

Plus surprenant : Jean-Luc Mélenchon dénonce aussi cette convocation. Le dirigeant de la France Insoumise exprime son « désaccord total avec la psychiatrisation de la décision politique ». Peut-être Jean-Luc Mélenchon veut-il se faire pardonner cet échange un peu rugueux face à Marine Le Pen, en 2012, sur France 2 :

M. Le Pen : - Lors d'un point presse à Metz, vous m'avez traité de semi-démente...
J-L Mélenchon : - Ça vous laisse une bonne moitié !

Toujours est-il que cette fois-ci, Jean-Luc Mélenchon proteste : « tous les moyens ne sont ni bons ni acceptables pour combattre madame Le Pen ». 

Marine Le Pen est-elle victime d'un acharnement ? Cette procédure est-elle exceptionnelle ? 

Eh bien non. Elle n'est pas exceptionnelle, mais elle est même obligatoire dans ce type d'enquête. L'article 706 - 47 - 1 du code de procédure pénale précise que les personnes poursuivies pour ce type de faits « doivent être soumises, avant tout jugement au fond, à une expertise médicale ». La juge respecte les procédures classiques, sans faire d'exception pour Marine Le Pen. Il n'y a donc pas de scandale d'un pouvoir, d'un "régime Macron", comme le dit son ex-opposante du 2ème tour, qui psychiatriserait ses adversaires. Celle-ci a tort de dénoncer un traitement particulier ("acharnement"), alors qu'il s'agit d'un traitement commun.

Pour autant, est-il interdit d'en revenir au début de l'affaire et de s'interroger sur le déclenchement de toute cette procédure ? Si l'on s'en tient aux faits et que l'on dépersonnalise, de quoi s'agit-il ?

Résumons : une responsable politique veut illustrer la cruauté d'un groupe terroriste. Elle utilise pour cela des photos qui sont dures, certes, abjectes même. Mais qui ont, pour certaines d'entre elles, largement circulé. D'ailleurs, le grand public a pu voir dans les médias des images violentes de Daesh, notamment lors de la phase d’expansion de l'Etat islamique ; lorsque la presse n'avait pas encore forgé de doctrine claire quant à la diffusion de ces images (elle est depuis beaucoup plus prudente). Et on passe sur les réseaux sociaux où ces photos surgissaient en deux clics. 

Dénoncer une violence en la relayant, est-ce s'en faire le complice ? Si l'on étend cette logique, accusera-t-on demain les médias qui diffusent des vidéos d'enfants mourant d'attaques chimiques en Syrie de faire le jeu du régime de Bachar Al Assad ? Pour pousser l'absurdité jusqu'au bout - et puisque le contexte semble une notion "has been" -, imagine-t-on traîner en justice ceux qui relaient la célèbre photo de la petite fille brûlée au napalm au Vietnam, image dure mais emblématique, qui montre l'horreur de la guerre sur des civils ? 

Entendons bien la situation : le parti de Marine Le Pen est aux abois financièrement ; il est plongé dans le doute idéologiquement ; il est en stagnation électoralement. Face à cette panne générale, l'un des seuls carburant du Rassemblement national, c'est la victimisation. Faut-il lui en offrir de telles occasions ? Somme toute, il est moins question de psychiatrie clinique que de psychodrame politico-médiatique. Et les adversaires de Marine Le Pen auraient sûrement tort de s'en réjouir.

Frédéric Says

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