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Déclaration de guerre franco-prussienne au Sénat, à Paris. Tirée de l'Illustration, Journal Universel, n°1430, volume LVI, 23 juillet 1870.

Le Sénat, enfant terrible de la République

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L'existence de la Haute Assemblée est régulièrement contestée depuis la fin du XIXème siècle. Mais elle a montré qu'elle savait défendre son rôle et sa place au sein des institutions.

Déclaration de guerre franco-prussienne au Sénat, à Paris. Tirée de l'Illustration, Journal Universel, n°1430, volume LVI, 23 juillet 1870.
Déclaration de guerre franco-prussienne au Sénat, à Paris. Tirée de l'Illustration, Journal Universel, n°1430, volume LVI, 23 juillet 1870. Crédits : Getty

Cette fois, c'est la guerre. 

Le Sénat est entré en rébellion contre Emmanuel Macron. 

Il a décidé de renvoyer devant la justice, pour suspicion de faux témoignage, Alexandre Benalla et Vincent Crase, mais aussi le directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda. 

Et puis si le procureur le souhaite, il pourra aussi s'occuper des cas d'Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée, et de Lionel Lavergne, chef de la sécurité du chef de l'Etat, dont les déclarations sont qualifiées d'incohérentes et de contradictoires. 

La réaction indignée du pouvoir exécutif, actant qu'il s'agit là d'un crime de lèse-majesté à l'égard du président, ne s'est pas fait attendre.

C'est un "complot politique" a crié le porte parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, dans tous les micros qui passaient à sa portée. 

Le président de l'Assemblée Nationale, Richard Ferrand, a annulé le déplacement qu'il devait effectué aujourd'hui, à Lille, en compagnie du président du Sénat Gérard Larcher. 

Et le premier ministre, Edouard Philippe, a refusé d'assister aux questions au gouvernement qui se tenaient, hier après-midi, au Palais du Luxembourg.  

Que s'est-il passé pour qu'on en arrive à ce point de rupture entre les sénateurs et Emmanuel Macron ?  

Il faut bien voir que derrière l'affaire Benalla, il y a la réforme des institutions

C'est parce qu'on commençait à examiner cette réforme, l'été dernier, que le Sénat s'est constitué en commission d'enquête, ce qui eût pour effet de la reporter. 

Mais les sénateurs ont perçu que le président a aujourd'hui l'intention de la remettre à l'agenda à l'occasion du grand débat. Et qu'il entend jouer de cette mesure, populaire dans l'opinion, qu'est la réduction du nombre du parlementaires. 

Déjà, en mai 2018, le président de la commission des lois, devenu par la suite président de la commission Benalla, le sénateur Philippe Bas, dénonçait cette réforme des institutions qui devait s'accompagner d'un renouvellement de l'ensemble du Sénat, en 2021 :  

L'idée, c'est :"je remplace tous les sénateurs d'un seul coup après les élections municipales que j'espère que je vais gagner. Pour mettre par terre la majorité sénatoriale parce que dans la République, il y a un pouvoir qui me résiste, c'est le Sénat. Je ne veux pas de contre-pouvoir. Je veux être tout puissant. Je suis président de la République, j'ai un gouvernement soumis, j'ai une Assemblée Nationale déférente, ce n'est pas assez. Je veux que les territoires soient à la botte et je veux que le Sénat s'incline et se soumette.

A ce stade, on en était encore à l'indignation. 

Mais depuis, ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la lettre aux français qu'Emmanuel Macron a publiée, mi-janvier. Lettre dans laquelle il pose cette question : "Quel rôle nos assemblées (dont le Sénat et le Conseil Economique Social et Environnemental) doivent-elles jouer ? Faut-il les transformer et comment ?". 

Pour les sénateurs, cette question est aussitôt apparue comme une menace et comme une nouvelle remise en cause de son rôle et de sa place au sein des institutions de la République. 

Car cette interrogation : "faut-il supprimer le Sénat ?", revient régulièrement. 

En 2015, c'est Claude Bartolone, alors président de l'Assemblée Nationale, qui s'en emparait :  

-...le rapprochement entre le Conseil économique et social et le Sénat, pour avoir un bundesrat à l'allemande qui s'intéresserait beaucoup plus au long terme... - Donc suppression du Sénat en tant que Sénat ? - En tant que Sénat, sous la forme telle qu'on le connaît aujourd'hui, oui... 

L'idée de supprimer le Sénat n'est pas nouvelle

Ségolène Royal, en 2005, qualifiait le Sénat "d’anachronisme démocratique". Lionel Jospin, en 1998, parlait d'une "anomalie parmi les démocraties". 

Et on peut remonter, comme ça, dans l'histoire. 

C'est déjà sur cette question de la fusion du Sénat et du Conseil Economique et Social que le général de Gaulle, en 1969, avait organisé un référendum :  

Si je reçois la preuve de votre confiance, j'achèverai, grâce à vous, par la création des régions et la rénovation du Sénat, l'oeuvre entreprise il y a dix années pour doter notre pays d'institutions démocratiques adaptées au peuple que nous sommes et à l'époque où nous vivons

On sait ce qu'il advint. Le "Grand Charles" fût désavoué et s'en retournât ruminer son échec à Colombey. 

Sous la troisième République, Léon Blum lui aussi perdît le bras de fer qu'il avait engagé. En 1920, il présentât un programme où il était question de supprimer le Sénat. Dix-sept ans plus tard, les sénateurs lui refusèrent les pleins pouvoir financiers. Il fût contraint de démissionner et ce fût la fin du Front Populaire. 

Clémenceau, lui aussi, annoncât dès 1880 qu'il voulait supprimer la Haute Assemblée. Mais lui, en revanche, ne s'y est jamais risqué. 

Depuis près de 150 ans, le Sénat est l'enfant terrible et mal-aimé de la République. 

Il est considéré comme un vestige de l'aristocratie, creuset qui concentre les conservatismes. Inutile, inadapté, poussiéreux, comme un enfant difforme dont on se serait bien passé et qu'on tolère pour peu qu'il reste caché. 

Mais il s'accroche à ses privilèges comme à son existence honteuse.  

Et lorsqu'on s'y attaque, il geint, il griffe, il mord, il se rebiffe.

Chroniques
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