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Un argentin porte un masque aux couleurs de son pays - 22/04/2020

La nation constitue-t-elle un horizon politique indépassable ?

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L'essentiel de la réponse à la crise sanitaire déclenchée par la pandémie de Covid-19 a été apporté dans le cadre national

Un argentin porte un masque aux couleurs de son pays - 22/04/2020
Un argentin porte un masque aux couleurs de son pays - 22/04/2020 Crédits : Juan Mabromata - AFP

Le sommet européen qui s’est tenu, hier après-midi, par visioconférence, entre chefs d’Etat et de gouvernements, n’a rien donné.

Emmanuel Macron en a fait lui-même le constat, hier soir, lors d’une brève allocution d’une quinzaine de minutes au cours de laquelle il a rendu compte des discussions.

« Il reste des désaccords » a dit le chef de l’Etat dans une formule diplomatique et polie pour dire que les négociations n’avaient pas abouties.

Il s’agissait au cours de ce sommet d’essayer de se mettre d’accord sur une mutualisation d’une partie des dettes de chaque pays.

Ça ne concernait pas les dettes existantes. Celles-là, chacun les garde et les rembourse comme il peut.

Non, il s’agissait de discuter d’une possible mutualisation des dettes nouvelles, celles que chaque pays est en train de contracter pour faire face à la crise sanitaire qui va prochainement se transformer en crise économique.

Certains pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie vont lourdement s’endetter. On parle d’une dette qui pourrait se creuser jusqu’à 170% du PIB pour l’Italie et qui va dangereusement fragiliser son économie.

Sauf si on mutualise les nouveaux endettements qui ne seraient, dès lors, plus à la charge d’un seul pays mais de l’Europe toute entière.

Seulement, pour le moment, il est difficile de dire si un accord est susceptible d’être trouvé. 

Parce qu’encore une fois, le même clivage s’est exprimé entre les pays du nord de l’Europe qui refusent de payer pour les pays du Sud considérés par les premiers comme beaucoup trop dépensiers.

Et les appels à la mise en œuvre, face à la crise économique à venir, d’une solidarité européenne se sont une nouvelle fois dilués dans des promesses de discussions qui pourraient bien s’éterniser.

Le résultat est une défiance croissante des citoyens vis-à-vis de l’Europe, notamment en Italie où plusieurs sondages montre que 67% de la population, soit deux italiens sur trois, estimeraient qu’appartenir à l’Union Européenne est aujourd’hui un désavantage.

L’essentiel de la réponse à la crise sanitaire déclenchée par le Covid-19 a été apportée dans un cadre national

C’est le système de santé de chaque pays qui a pris en charge ses malades et qui s’est retrouvé saturé ou pas.

Et Emmanuel Macron a beau vanter la solidarité dont ont su faire preuve, envers la France, l’Autriche, le Luxembourg ou l’Allemagne, les malades que nos voisins ont généreusement accueillis dans leurs hôpitaux se limitent à quelques dizaines. On est assez loin d’un vaste mouvement de solidarité entre nations. 

C’est plutôt à l’intérieur des frontières nationales que la solidarité s’est pleinement exprimée avec, notamment, en France, des transferts de malades entre régions.

De la même manière, c’est dans le cadre national que s’est décidé le confinement de la population, la limitation des échanges aux stricts besoins essentiels, la prise en charge de millions de salariés via le dispositif de chômage partiel.

Ce qui conduit la France à gonfler sa dette d’un budget supplémentaire de 110 milliards d’euros. C’est plus de 15 points de PIB, c’est considérable.

Pour comparaison, souvenons-nous qu’il y a un peu plus d’un an, les mesures destinées à apaiser la crise des gilets jaunes avaient coûté 13 milliards d’euros. On est aujourd’hui à pratiquement 10 fois plus.

Il est aussi question de relocaliser une partie des productions qu’on avait externalisées et de nationaliser certaines grandes entreprises en difficulté.

On voit donc que la nation retrouve une forme de cohésion face à cette crise et la population s’en remet à son bras armé qu’est l’Etat pour réclamer assistance et protection.

La Nation resurgit comme notre principal horizon politique, économique, sociétal

Emmanuel Macron semble avoir d’ailleurs pleinement pris la mesure de cette aspiration. 

Le 31 mars dernier, à l’occasion d’un déplacement à Angers, il annonçait vouloir rebâtir une souveraineté nationale en même temps qu’européenne.

Le 13 avril, dans une nouvelle allocution, il n’était là quasiment plus question d’Europe. Le président de la République s’est érigé en chef d’une nation qu’il semblait vouloir régénérer.

« Il y a dans cette crise une chance », avait-il alors déclaré, elle doit permettre de nous « ressouder, de bâtir un « projet français » et une « raison de vivre ensemble ».

Il n’est pas question, ici, d’essayer de savoir si Emmanuel Macron a sincèrement évolué dans ses convictions ou s’il a prononcé là un discours d’opportunité. Ça, c’est l’avenir qui le dira.

Mais le simple fait qu’il enfourche la fibre nationaliste et souverainiste dit beaucoup de la puissance du courant qui replace la nation comme le cadre privilégié de l’action publique.

Dès lors peut se poser cette question : la nation est-elle un horizon politique indépassable ?

C’est ce qu’affirme, avec quelques arguments, un jeune essayiste, David Djaiz, qui fût il y a quelques années l’un des collaborateurs d’Arnaud Montebourg.

Dans un livre publié l’an dernier, Slow Démocratie (Allary), il assimile les nations à des « écluses de la mondialisation », seules capables d’amortir les chocs susceptibles d’être provoqués par une économie sans frontière. 

Elles sont aussi, dit-il, des matrices centrales dans la construction de nos identités.

En tout cas, ce qui est en train de nous arriver avec la pandémie de coronavirus à laquelle nous tentons de faire face montre que la nation demeure un cadre essentiel, incontournable, à travers lequel les populations aspirent à se protéger et à se projeter.

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