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Emmanuel Macron, le 15 janvier 2020.

Emmanuel Macron, soyez plus libéral !

3 min
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La promesse de 2017 était celle d'une philosophie libérale. Or, dans le champ des libertés publiques, ce libéralisme n'a pas inspiré l'action gouvernementale.

Emmanuel Macron, le 15 janvier 2020.
Emmanuel Macron, le 15 janvier 2020. Crédits : Yoan Valat - AFP

Durant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron n'avait pas rejeté l'étiquette de libéral dont la gauche l'affublait. Mais il avait le choix d'en modifier l'acception, la définition généralement admise en France, c'est à dire que le libéral est un partisan de la dérégulation économique. 

Pour le candidat Macron, le libéralisme se voulait une philosophie plus large, qui promeut les libertés économiques, mais aussi les libertés politiques, civiques et individuelles. D'où, d'ailleurs, un anti-modèle régulièrement cité par Emmanuel Macron que seraient les « démocraties illibérales », c'est-à-dire les régimes qui restreignent les libertés individuelles autant qu'économiques. 

Un positionnement intéressant - la mode était alors de dire « disruptif » - positionnement qui présentait l'avantage pour le candidat de ne pas se voir cantonné au rôle de libéral de service, une étiquette fort peu électorale en France. 

Cependant, après une moitié de mandat, peut-on dire que cette promesse est tenue ? 

Sur le plan économique, sans doute. La refonte du code du travail et celle de l'assurance-chômage ont été fort décriées, mais elles correspondent à la philosophie qui était annoncée. 

En revanche, en dehors du champ économique, où en est le libéralisme ? La situation est plus contrastée. 

Le vote de la PMA pour toutes les femmes répond à cette doctrine d'étendre les droits individuels. L'autorisation du cannabis thérapeutique marque aussi un pas mesuré dans cette direction. Mais sur le plan des libertés individuelles, le bilan semble nettement moins conforme à ce qui était promis. 

Un exemple : cette semaine, le vote de la loi dite « contre la haine en ligne » est passé relativement inaperçu.   Le texte vise à prévenir les harcèlements et les diffamations sur le web. Mais au dernier moment, un amendement gouvernemental a très fortement musclé ce projet de loi. 

Il prévoit désormais que la police pourra faire interdire un contenu en une heure, s'il est signalé comme terroriste, et ce sans l'avis d'un juge judiciaire. Ce blocage pourra s'appliquer à tous les types de sites. 

Bien sûr, l'on comprend la nécessité de lutter contre les contenus haineux, avec cette loi portée avec abnégation par la députée LREM Lætitia Avia... mais comme le remarque l'association La Quadrature du Net, comment éviter que ce dispositif ne soit dévoyé ?

Comment s'assurer qu'il ne servira pas, demain ou après-demain, au gré des majorités politiques, à faire disparaître des contenus jugés indésirables par l'administration et par le pouvoir politique ? 

La même question se pose sur un autre champ relatif aux libertés individuelles : celui de la reconnaissance faciale. 

Le gouvernement entend avancer vers cette méthode automatique d'identification des visages. Y compris via la vidéosurveillance. Le secrétaire d’État Cédric O souhaite une "expérimentation entre six mois et un an". 

Est-on, là encore, dans le libéralisme politique ? Pas sûr... 

Certes, il serait naïf de focaliser ses craintes sur l'autorité politique. Les grandes sociétés du numérique disposent déjà d'un luxe de données sur nous, et exercent une forme de contrôle grâce à elle. Cette semaine, la société Uber a ainsi annoncé qu'elle pourrait désormais interdire à certains clients de se servir de l'application. Les clients qui seront mal notés seront bannis. Jusqu'ici, seuls les chauffeurs étaient eux-mêmes soumis à cette pression de l'évaluation sur 5 étoiles. 

Mais l'action publique doit-elle imiter... ou limiter cette fuite en avant ? On penche bien sûr pour la deuxième option... 

Voilà pourquoi, dans ce domaine des libertés publiques, l'on pourrait demander à Emmanuel Macron de retrouver la tonalité de sa campagne : monsieur le président, soyez libéral !

Frédéric Says

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