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Les principaux candidats se sont affrontés lors d'un dernier débat télévisé, hier soir sur BFM TV.

Européennes : et si les gagnants n'étaient pas ceux que l'on croit ?

3 min
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Prenons garde à l'instantanéité.

Les principaux candidats se sont affrontés lors d'un dernier débat télévisé, hier soir sur BFM TV.
Les principaux candidats se sont affrontés lors d'un dernier débat télévisé, hier soir sur BFM TV. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Tentons ce matin le contre-pied... Je vous rassure, on ne va pas reparler de football et de Kylian Mbappé, mais plutôt de ce dernier jour de campagne européenne, des ultimes sondages et de l'analyse communément admise.

Que dit-elle, cette petite musique entendue ça et là ? 

Trois choses : 

- Que La République en marche serait au bord de l'apoplexie
- Que le parti Les Républicains serait en bonne dynamique
- Que la gauche, jadis la "gauche plurielle", serait aujourd'hui la "gauche plus rien". 

Certes, il y a des éléments qui semblent accréditer ces thèses. D'abord, la campagne de l'ancienne ministre, Nathalie Loiseau, a ressemblé à une longue course d'obstacles - avec un athlète qui ferait tomber les haies une à une. 

Ensuite, François-Xavier Bellamy, le candidat LR, a révélé une aptitude certaine à encaisser les coups, voire à les rendre (sans se départir de son calme et de ses phrases avec trois subordonnées). Il a d'ailleurs réussi à rassembler sa famille politique, dont plusieurs membres étaient au départ très sceptiques. 

Quant à la gauche, il n'est pas besoin d'épiloguer sur sa division façon puzzle. 

Tout cela est vrai, mais ces observations pêchent par leur instantanéité. 

Si l'on s'abstrait des micro-mouvements des sondages, des questions de forme, et que l'on s'attache à la tendance longue, le diagnostic est bien différent. 

A droite, d'abord. Derrière la soi-disant bonne dynamique de campagne, c'est un mauvais score qui se profile. Avec 13% selon les études d'opinion - et même s'il monte à 15% - François-Xavier Bellamy est tout de même loin du résultat obtenu par la droite au dernier scrutin européen (21%). Il est aussi largement derrière le score de François Fillon (20% en 2017), pourtant accablé d'affaires.

Tournons-nous vers la République en Marche. Mauvaise campagne ? En réalité, pour un parti au pouvoir depuis deux ans, un score autour de 22 à 24% est presque inespéré. 

Normalement, dans ces élections intermédiaires, le vote-sanction joue à plein. En 2014, la liste soutenue par le président François Hollande avait plafonné à... 14%. 

Sous Mitterrand, le PS est distancé à 20% aux européennes de 1984, et même à 14% en 1994 (il est vrai que la liste socialiste de Rocard était alors concurrencée par les radicaux de gauche menée par un certain Bernard Tapie). 

Sous Chirac, le RPR est à 12% aux européennes de 1999, l'UMP à 16% en 2004. 

Bref, la liste soutenue par le président est toujours dans les cordes, à deux exceptions près : 1979 et 2009, où les giscardiens et les sarkozystes, respectivement, ont remporté le scrutin. 

Avec du recul, un score supérieur à 20% pour le parti présidentiel, c'est donc une assez bonne performance électorale. Encore plus après un mouvement social inédit comme celui des gilets jaunes. Cela dit, si le Rassemblement national arrive largement en tête, Emmanuel Macron ne pourra que constater l'échec de son implication personnelle dans cette campagne. 

Dernier point : à gauche. Certes, aucun des candidats n'est assuré de dépasser les 10%. Et le "total gauche" dans les sondages (en comptant Europe Écologie Les Verts), plafonne autour de 28 %. 

Mais il y a aussi un motif d'espoir pour ceux qui espèrent un sursaut. Dès que la poussière du combat sera retombée, il faudra s'interroger sur ce qui différencie, au fond, les principales listes. Franchement, après avoir regardé tous les débats télévisés et lu tous les programmes, on peine toujours à le dire. 

Qu'est-ce qui sépare Benoît Hamon, Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot ? (Mettons à part la France insoumise, qui propose un programme plus souverainiste). 

Mais pour le reste, ce sont des nuances de vert et de rose quasi identiques. Et il faut aimer la pratique du microscope pour identifier des points de clivage. A part, bien sûr, le choc des égos, qui lui s'observe à l’œil nu.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
37 min

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