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Gilet jaune recouvrant la tête d'une statue de l'Opéra Garnier à Paris

Le Gilet Jaune ne se représente pas

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La décision de plusieurs "gilets jaunes" de créer une liste en vue des élections européennes de mai prochain est décriée par ceux qui entendent poursuivre la contestation.

Gilet jaune recouvrant la tête d'une statue de l'Opéra Garnier à Paris
Gilet jaune recouvrant la tête d'une statue de l'Opéra Garnier à Paris Crédits : Lucas Barioulet - AFP

Il y a deux jours, mercredi, des "gilets jaunes" ont annoncé leur intention de créer une liste en vue de se présenter aux élections européennes de mai prochain. 

Pour le moment, ils sont une dizaine. (Pour se présenter, il faut déposer une liste de 79 noms) Et ils se sont regroupés autour d'une des figures médiatiques apparues à l'occasion de la contestation. Une aide soignante, normande, dotée d'une chevelure d'un roux flamboyant qui se remarque instantanément dans les reportages et sur les plateaux de télévision, et qui porte le nom d'Ingrid Levavasseur. 

Cette jeune femme de 31 ans était l'une des invités du débat organisé, hier soir, sur la chaîne de télévision France 2, dans le cadre de "L'Emission Politique" présentée par Léa Salamé et Thomas Sotto. 

Et elle avait face à elle une autre femme invitée en tant que Gilet Jaune et présentée comme une auto-entrepreneure du Pas-de-Calais, Evelyne Libérale, qui lui a déclaré dans une colère à peine contenue qu'elle ne votera pour cette liste, soi-disant Gilets Jaunes, aux européennes.  

Vous êtes une vraie femme politisée et puis c'est tout. Vous pouvez enlever votre gilet...  

Ingrid Levavasseur est accusée de n'être plus une "Gilet Jaune" car elle poursuivrait des intérêts et des ambitions personnelles. Elle est également sopupçonnée d'avoir passé un pacte avec Emmanuel Macron et le pouvoir exécutif.  

Et ça en raison du fait que sur sa liste se trouve un directeur commercial âgé de 53 ans, Marc Doyer, qui, il y a peu encore, figurait parmi les représentants du mouvement d'Emmanuel Macron, En Marche, dans le département de l'Oise et qui se dit aujourd'hui déçu par le président. 

Les soupçons de récupération ont évidemment fleuri au sein de la sphère des "Gilets Jaunes" très sensible aux théories complotismes. 

Et pour ne rien arranger, la ministre à l'égalité homme femme, Marlène Schiappa, a félicité, hier soir, sur France 2, Ingrid Levavasseur, pour son initiative : 

Bienvenue à Mme Levavasseur dans le débat politique; Je trouve qu'elle est très courageuse de se lancer ainsi...

Dès lors, depuis deux jours, Ingrid Levavasseur subit les foudres de très nombreux "Gilets Jaunes".  Tout le monde, ou presque, lui dénie le droit de représenter la contestation, ce qui lui permettrait à elle de se présenter aux élections.  

Parce que tout engagement politique serait à proscrire selon les plus ultras et notamment selon l'une des figures médiatiques du mouvement, Maxime Nicolle, qui se fait appeler Fly Rider et qui a posté une vidéo sur les réseaux pour expliquer ce qu'il pense de cette initiative :

Les européennes, c'est rester dans le système... les gens qui sont dans la rue en ont (assez des) politiques qui nous mentent tous les jours

Si faire de la politique et accepter de désigner des représentants est inacceptable, c'est parce que le "Gilet Jaune" ne se représente pas. 

Pourquoi ? Parce que ce mouvement ne peut pas accepter que des individus émergent et puissent exister par eux-même. Ca lui est consubstantiel.  

Les gilets jaunes, ce sont pour beaucoup des individus qui auparavant n'existaient pas en tant qu'individus.  

Car ils subissaient en silence et en souffrance les contraintes qui leur étaient imposés : petits salaires petites retraites, vitesse à 90 puis à 80 km/h sur les routes, avec le radar au coin du virage qui les guettait pour les contraindre à payer une taxe supplémentaire sur le droit de vivre dans le silence et l'indignité. 

Résultat, ils se sont révoltés.  

Pas en tant qu'individus mais en prenant tous un seul et même patronyme : le "Gilet Jaune".  Et c'est de cette manière qu'ils ont retrouvé leur dignité et leur identité. Dans une négation de leur individualité. 

Dès lors, il ne peut y avoir de revendication acceptable par tous que l'expression d'une volonté collective. 

C'est sans doute pour ça que la principale revendication qui s'est imposée est le référendum d'initiative citoyenne, le RIC. Pour ça aussi que ceux qui prétendent représenter le mouvement sont aussitôt vilipendés et bannis. 

Car les gilets jaunes ne peuvent être représentés que par cet ustensile qui les a fait apparaître dans le champ médiatique : le gilet jaune...

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